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En outre-mer, l’insatisfaction perdureDix mois après la crise sociale en outre-mer, Nicolas Sarkozy préside vendredi 6 novembre un conseil interministériel sur l’avenir de ces territoires, qui attendent beaucoup, comme en témoignent 12 personnalitésCommencée
en novembre 2008 en Guyane, la crise sociale de l’outre-mer s’est
propagée
début 2009 aux Antilles, où elle a été particulièrement longue (44
jours de
grève générale en Guadeloupe et 38 en Martinique), ainsi qu’à La
Réunion. Christiane
Gaspard-Méride, « Les avancées face à la dégradation des
conditions de vie ont été timides et de nombreuses insatisfactions
demeurent.
L’aspiration identitaire reste vive. Consistant en la volonté de
s’affranchir
des effets pervers d’une organisation sociale basée sur le profit, elle
a mûri
depuis. Elle s’est muée en une réflexion sur des formes concrètes de
comportement citoyen. C’est d’abord de la modification de notre rapport
à
nous-mêmes, aux autres et au monde que viendra le changement tant
désiré.
L’estime de soi doit être valorisée dans notre société, de même que le
sens du
dialogue. » Julien Mérion, « Le collectif intersyndical LKP a dû
gérer
l’après-crise sociale dans un contexte fortement marqué par le contexte
économique mondial, les difficultés des entreprises et l’attente d’une
alternative sociétale et politique. Il a joué la partition du respect
de la
parole donnée en tentant de remobiliser l’opinion sur ce qu’il
considère comme
une forme de trahison de l’accord du 4 mars entre les partenaires
sociaux. Il a
récemment fait la preuve de son enracinement revendicatif et de sa
capacité à
drainer une bonne partie de l’opinion sur ce terrain.» Jean-Michel Palin, « La revendication identitaire a
progressé :
on se sent plus guadeloupéen que jamais. Sur le plan social, en
revanche, il
n’y a pas d’amélioration. De plus en plus de personnes sont en
difficulté. Très
attendue, la baisse des prix des produits alimentaires ne s’est pas
réellement
produite. Le nombre de chômeurs augmente. » Patricia Chonville, « Les dépenses des ménages ne baissent
pas,
et le chômage reste très important chez les jeunes. Les populations en
situation de grande exclusion recourent à des moyens à la marge pour
subvenir à
leurs besoins. On constate chez elles, quels que soient l’âge et
l’origine, une
augmentation inquiétante de l’alcoolisme. » Patrick Lingibé, « Un fossé existe entre les aspirations
des
populations et les outils pour y répondre. La question du prix de
l’essence a,
ainsi, révélé un environnement juridique inadapté pour régler une crise
majeure
: les contraintes normatives sont telles que des solutions moins
coûteuses ne
peuvent être trouvées, comme s’approvisionner dans les pays voisins. » Serge Mam Lam Fouck, « Le courant politique nationaliste fait
entendre sa voix depuis la crise sociale. Le sentiment d’être des
laissés-pour-compte du développement de la République française s’est
répandu.
La question de fond reste l’absence de production locale et de tissu
d’entreprises compétitives. La crise a contribué à révéler la précarité
économique et la nature des problèmes de la Guyane tout autant que la
difficulté à les résoudre. Elle n’a pas encore débouché sur des
changements
significatifs. » Raphaël Confiant, « La Martinique est, en réalité, en
crise
depuis près de trente ans, sur les plans économique, identitaire,
moral. Se
trouve en question l’existence même du peuple martiniquais, menacé de
dilution
dans le grand ensemble franco-européen. Seule une prise en charge par
les
Martiniquais de leurs propres affaires peut, à terme, provoquer une
éclaircie.
» Roger de Jaham, « Beaucoup de choses ont changé, mais
certainement pas dans le bon sens. Aujourd’hui, notre île est entrée
dans une
phase de récession économique sans précédent, qui voit la disparition
de
centaines d’entreprises et la destruction de milliers d’emplois. » Marcette
Louis-Joseph, « Le climat social a empiré. Nous
l’avons
constaté au travers de l’activité des centres du Secours catholique,
qui sont
traditionnellement sollicités pour apporter un soutien aux familles de
travailleurs pauvres. En effet, un nouveau public vient désormais
frapper aussi
à leur porte. Il est constitué, pour une partie, de personnes qui se
sont
récemment trouvées au chômage ou contraintes à des temps partiels et,
pour une
autre partie, de personnes qui croulent sous les dettes qu’elles ont
notamment
contractées pour pallier le manque à gagner de la grève générale de
février. » Mgr Gilbert Aubry, « Le surendettement des ménages croît :
il
est dû, dans plus de la moitié des cas, à des revers dramatiques de
situation.
La diminution des emplois et la pénurie de logements entraînent un
excès de
cohabitation dans les familles et ne présagent rien de bon pour
l’avenir. Les
états généraux pour l’outre-mer n’ont pas suscité un intérêt massif.
Depuis la
crise, une nouvelle gestion des conflits se fait jour avec la recherche
d’un
réel dialogue social. » Jacqueline Farreyrol,
« Une importante partie de la population
qui
travaille dans le domaine public n’a pas connu de baisse de salaire et
a donc
gardé son pouvoir d’achat. Malgré cela, l’inquiétude s’est installée et
la
prudence est de mise. Les médias, à tort ou à raison, entretiennent
bien ce
sentiment d’insécurité. Il faut adapter le capitalisme effréné à
quelque chose
de plus humain. » Jean-Raymond Mondon, « La situation ne s’est pas améliorée,
elle
s’est même dégradée. La remise en cause de la loi de défiscalisation
Girardin
de 2003, le retard dans la mise en application de la loi de
développement de
l’outre-mer du 28 mai 2009 (décrets non parus), le report de certains
chantiers
relevant de la commande publique ont des conséquences désastreuses. » Receuilli par Antoine FOUCHET,
Frédéric FARINE (Guyane) et Jean-Marc PULVAR
(Martinique)
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