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Polynésie
française: le ras-le-bol d’un habitant
Îles lointaines
Vivre sur des îles lointaines au XXIème siècle : Le ras-le-bol
d’un jeune citoyen de la Polynésie française. De nombreux
internautes ont réagi au billet publié par « îles
lointaines » sur
Papeete, la capitale de la Polynésie française. Le billet cherchait à
subjectivement montrer que Papeete décevait les touristes
« moyens »
et pressés, notamment ceux qui voyagent dans des paquebots de croisière
et qui
n’ont guère le temps de prolonger leur séjour sur l’île de Tahiti. Certains
étaient d’accord avec le billet. D’autres, pas du tout. Certains y ont
vu une
attaque superficielle et en règle contre Tahiti, la Polynésie française
et les
Polynésiens. Ce qui, à notre avis, était hors-sujet. Le billet ne
parlait que
de Papeete, et non pas de Tahiti, ni des îles de ce superbe archipel.
Et encore
moins de ses habitants. Suite à la
parution de ce billet, un jeune homme de 23 ans, « Anthony »,
nous a
envoyé deux longs messages par email. Les commentaires étant fermés,
ils n’ont
pas été publiés. Son message ne cherchait pas seulement à commenter le
billet
sur Papeete, mais à donner son point de vue, plutôt un coup de gueule,
sur sa
frustration quant aux « affaires » secouant la Polynésie
française. Avec son
accord, nous avons décidé de le publier en partie (lire ci-dessous).
Nous
sommes conscients que ce billet est provoquant. A bien y
réfléchir, il nous semble refléter assez bien le sentiment
d’une
partie de la population de l’archipel. Un sentiment de colère et de
frustration
face à la dégradation d’un style de vie de leur archipel, de leur pays.
Un pays
que cette population aime. Il suffit de lire les forums de discussion,
les
commentaires dans les journaux locaux pour s’en rendre compte. Dernier
point. Dans son dernier message, Anthony déclare qu’il aime son pays et
sa
ville : « Je préciserai aussi que j’adore ce pays et cette ville
dans
laquelle j’ai passé mon enfance, ne pas vous méprendre sur mes
sentiments à cet
égard. Merci. » (Note :
les titres sont de la rédaction, ainsi que les notes de la rédaction en
italique). « Je te contacte
non pas pour t’insulter ou quoi que ce soit à propos de tes mots sur
Tahiti [En
fait, un billet sur Papeete], mais au contraire, pour te dire que tu
fais bien
de l’écrire. Je suis né à
Tahiti, j’ai grandi là bas et j’ai 23 ans. Je suis fou de rage en
voyant les
politiciens se disputer la part du gâteau que nous donne la métropole
et en se
balançant des mots qu’ils ne comprennent même pas comme
« indépendance »… Tahiti est dans une m…noire, les gens
croient qu’en
faisant comme d’habitude, la situation va se stabiliser. Mais c’est
faux! Sur la
politique et les politiciens
— Avant Tahiti profitait du CEP (Centre d’Essai de Polynésie) et des
« subventions » de l’Etat Français. Maintenant que tout cela
touche à
sa fin, ils [les politiciens] cherchent où prendre de
l’argent.
L’argent, l’argent, ce n’est qu’une solution de courte durée. Si
quelqu’un a
faim, ne lui donne pas un poisson mais apprend-lui plutôt à pêcher!
Beaucoup de
promesses, mais rien n’est fait dans ce pays. Ils font une ou deux
choses bien,
et tout le reste de travers, et ensuite ils se cachent derrière le peu
qui a
été fait. Les politiciens sont cupides, mais ce sont des cupides
idiots! Ils
ont plus intérêt que n’importe qui à voir Tahiti prospérer. Au lieu de ça,
ils profitent du système en prenant l’argent là où il en reste, en
mettant les
cousins du neveu de la tante du copain dans l’administration en tant
que
fonctionnaire, lequel ne pourra même plus être viré pour incompétence.
Si
Tahiti prospérait, si la ville de Papeete était la première étape de la
reconstruction, on irait beaucoup plus loin! Aucune
industrie n’est créée. Les prix sont exorbitants car tout le monde
s’accorde à
dire que ça a toujours été comme ça. Nous ne payons même pas d’impôts,
j’en suis
très heureux….. Mais le fait de ne pas payer d’impôts se retrouve dans
les
trous de la caisse de l’Etat. Ont-ils vraiment tenté de trouver une
solution?
Ou bien, essaient-ils juste de changer un petit truc par-ci, par-là en
espérant
que ça marche? La folie les
guette. Oscar [Temaru] a voulu censurer le reportage de M6 sur
Tahiti
qui montrait sa « bêtise » et les pires facettes de Tahiti. Il suffit de
regarder par exemple le Ministère de l’artisanat : six personnes
qui
bossent là-bas! Six! Il y a du boulot pour une personne, donc à six ils
ne
bossent pas du tout! Ils passent leurs journées dans une cafétéria
toute
équipée! Inconcevable! Sur
Papeete, la capitale de la Polynésie française — Les quartiers de Papeete ne sont pas
sûrs, les
jeunes deviennent violent par « fierté » mais surtout avec
l’alcool
(…) Regardez le marché de Tahiti [de Papeete]. Les rues sont
dans le
même état qu’il y a vingt ans! C’est un exemple flagrant du « je
m’enfoutisme » de Tahiti. L’une des rues les plus fréquentées
n’est même pas
entretenue. Sans compter les façades des immeubles et la propreté des
trottoirs. Si ces trois points étaient obligatoire, l’image de Tahiti
serait
cent fois meilleure qu’actuellement! De plus ça ne
coûterait pas énormément à l’Etat, comparé aux travaux gargantuesques
qu’ils
effectuent un peu partout inutilement. Avez vous été dans les rues de
Faa’a ou
sur la RDO vers 3h du matin? Faa’a est devenu le pire quartier de
Tahiti à
cause des dealers de drogue mais aussi à cause de la propreté du
quartier. ![]() Sur le
tourisme en Polynésie française
– Moi, je dis aux touristes de ne pas venir sur mon île parce que tant
qu’il y
a encore des touristes, les choses ne bougeront pas. Ils [les
politiciens]
ne voient pas à long terme, ils pensent qu’en cachant un maximum de
choses
laides aux touristes, en les faisant venir avec des offres, ça fera
tourner
l’économie. Au contraire, ça fait circuler l’information que Tahiti =
une fois,
mais plus jamais. Il reste
tellement de choses à critiquer, mais les seules choses positives que
je peux
dire de Tahiti, c’est que dès qu’on s’éloigne de la ville et qu’on se
trouve
dans la nature, c’est magnifique. La chaleur humaine est aussi un
aspect
appréciable là bas. Je suis révolté
depuis des années en assistant au déclin du pays et en écoutant parler
les
« locaux » qui disent qu’il faut arrêter de parler de nos
problèmes
aux touristes parce que ça les fait fuir. Moi je suis plutôt d’avis
d’éviter
aux touristes de venir maintenant plutôt que de venir et de repartir
furieux ou
complètement déçus… Ceci dit il est
vrai que dans les îles la situation est « moins alarmante »,
si on
peut dire. Mais là encore ce n’est qu’une illusion, car Tahiti est le
cœur de
la Polynésie [française], même si elle n’est pas sa plus belle
pièce.
Si le cœur s’arrête je ne donne pas cher du tourisme dans les îles. Par moment, il
faut savoir admettre plutôt que de décevoir quand les autres
s’apercevront de
la supercherie. Un touriste qui vient maintenant à Papeete est un
touriste qui
ne revient plus. Je préfère freiner le tourisme jusqu’à ce que le pays
soit
« viable » pour qu’il reparte, plutôt que de nous enliser. Préférez les
îles et les pensions de famille, on ne les valorise pas assez mais
c’est
beaucoup mieux que les hôtels de luxe, et ça fait mieux tourner
l’économie
locale plutôt que d’enfler le porte-monnaie des plus riches… L’avenir — Je pourrai en parler des heures,
j’aime ce pays
et c’est pour cette raison que je suis autant révolté. Arrêtons nos c…à
vouloir
le beurre et l’argent du beurre. La corruption, les monopoles
contrôlés, les
accords entre l’Etat et le Privé, le pistonnage et le « fiu »
local
amèneront le pays à sa perte. Dans vingt ans
j’entre en politique et j’espère sauver ce pays. » Anthony
http://voyages.ideoz.fr/polynesie-francaise-le-ras-le-bol-dun-habitant/ |
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