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Le
revirement du 74 au 73 a-t-il un sens ?
Quel
peut être le sens du revirement de ceux qui se sont d’abord engagés pour le 74,
et aujourd’hui se trouvent obligés d’opérer comme une sorte de
rétractation ? Dans
un premier temps, il faut comprendre que c’est la volonté d’assumer nos
responsabilités dans divers domaines, comme le foncier, l’éducation et la
culture, le transport etc.… que c’est la volonté de rendre plus efficace la
gestion politique de notre pays, en regroupant toutes les expertises dans une structure
unique, la volonté de mettre en œuvre
un plan ambitieux pour notre développement économique, à travers une prospective
suffisamment maîtrisée pour mettre en cohérence la formation, l’emploi et
l’insertion, que c’est la volonté de mieux organiser notre intégration dans
notre environnement caribéen, que c’est tout cela qui a fondé le choix de ces
élus ou personnalités. Et personne ne peut nier qu’il s’agit là de valeurs
essentielles et fondamentales. Dans
un deuxième temps, il faut reconnaître que certaines tendances politiques, pour
des motifs divers, ont mis en œuvre, avec un acharnement quasiment sans
précédent, une campagne pour élever au rang de vertus cardinales la peur (on a particulièrement mis en avant la menace que des avantages et
des acquis sociaux seraient irrémédiablement perdus), l’irrationnel (on a
développé sous toutes les formes l’idée que la Martinique sera livrée à la
dictature sans partage de sinistres individus qui feront disparaître toutes les
libertés individuelles), et l’attentisme
(on a répété avec insistance que le
gouvernement français, dans sa grande bonté envers nos populations sait mieux
que quiconque quelles sont les mesures à prendre). Avec le relais tous azimuts
qui a été donné par la plupart des média à cette campagne, on comprend comment
on a abouti au point de vue général qui a cours dans le
public : « on ne comprend
rien à tout cela ». Et
donc, dans un troisième temps, certains élus qui avaient pris position pour le
74, ayant à faire face à la question de leur réélection, ou de leur maintien
dans telle ou telle structure, se sont trouvés contraints d’opérer un
revirement, et le seul argument possible pour se justifier a généralement été
le suivant : Le peuple martiniquais
n’est pas prêt. On
peut traduire ainsi ce que cela sous entend : Ce peuple est habitué à une certaine forme d’assistance fondée sur le
principe de la solidarité de l’ensemble national français, ce qui le rend
systématiquement méfiant et hostile chaque fois qu’on lui parle d’assumer des
responsabilités, (il entend qu’on va le
dépouiller de quelque chose qui lui est mesuré à proportion de sa fidélité au
grand ensemble), ce qui lui fait éprouver la plus grande méfiance envers tous
ceux qui, dans son histoire, ont cherché à promouvoir les valeurs et la
responsabilité martiniquaises. Malgré
tout, il se trouve que notre attention est retenue par un certain nombre de
choses, comme le progrès de la conscience martiniquaise à travers la culture et
les arts, l’augmentation de notre niveau d’expertise dans quasiment tous les
domaines qui nous concernent, la capacité de lutte et de mobilisation du peuple
martiniquais exprimée lors du mouvement de février 2009, le développement du
débat social, politique, économique dans toutes les couches de la population.
C’est tout cela qui nous amène à dire avec force et conviction, qu’aujourd’hui
cette représentation du peuple martiniquais va se renverser au fur et à mesure,
inévitablement. Car le sens profond de l’histoire du peuple martiniquais, c’est le cheminement qui l’amène
progressivement, du moment de la dépossession de soi que fut l’esclavage, au
moment de la maîtrise de soi, à travers ses avancées culturelles, sociales,
économiques et politiques. Notre
espoir, c’est que dans le temps qui reste avant la consultation du 10 Janvier,
il se produise, au sein du peuple qui réfléchit, un renversement de position en
faveur du sens de la responsabilité que représente le OUI à l’article 74. Ce
serait là une grande fierté pour le peuple martiniquais aux yeux du monde. Mais
c’est vrai, cela on le saura après le verdict des urnes. Edmond Mondésir
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