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Solde migratoire : la grande fuiteLes
chiffres du recensement 2006 de l'INSEE indiquent que le solde
migratoire au
cours des cinq années précédentes est déficitaire. En clair, la
Martinique a
connu plus de départs que d'arrivées.
« En Guadeloupe, Martinique et Guyane, les départs vers la métropole sont plus nombreux que les arrivées en provenance de la métropole » . L'INSEE est formel. En épluchant dans le détail son dernier recensement complet (celui de 2006) l'Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques en arrive à une certitude : il y a plus de personnes qui quittent la Martinique pour aller vivre en métropole que de personnes qui font le chemin inverse. Les statisticiens s'appuient sur la comparaison entre le lieu de domicile actuel et celui déclaré 5 ans plus tôt. Selon
les chiffres du recensement 2006, lors des 5 années précédentes, 22 280
personnes avaient rejoint la métropole en provenance de la Martinique.
Sur la
route, ils n'avaient croisé que 18 560 personnes faisant le chemin
inverse. 22
280 qui partent, 18 560 qui arrivent : le calcul est simple. En cinq
ans, la
balance est déficitaire de 3 720 personnes. Un
chiffre qui n'a rien d'anecdotique quand on le rapproche de celui des «
personnes stables » (celles qui habitaient déjà la Martinique en 2001)
: 348
780. La Martinique a perdu plus de 1% de ses habitants en 5 ans. Evidemment,
l'Hexagone reste le plus gros fournisseur de nouvelles têtes. 80% des
nouveaux
venus (ou des revenus) dans l'île en arrivent. Notons cependant que
presque 10%
des « nouveaux » arrivent d'autres départements d'outre-mer et 8%
débarquent de
l'étranger. Au
global, l'île affiche un « taux annuel de migration » de -20,1
personnes pour
10 000 habitants. « Toutefois l'ampleur de ce déficit est trois fois
moins
important qu'entre 1990 et 1999 » , précise l'INSEE. À
titre de comparaison, la Guadeloupe déplore un exode une fois et demi
plus
soutenu (-31,3 par an pour 10 000 habitants) et la Guyane tutoie la
Martinique
(- 22,5 par an pour 10 000 habitants). À
ce petit jeu là, seule la Réunion affiche un taux positif. Tous les
ans, l'île
de l'Océan Indien compte 0,6 personnes supplémentaires pour 10 000
habitants. - Y a-t-il eu un exode après la
grève du début
d'année ?
Depuis le mois de février, la grève
aurait fait
fuir des familles. À cause de la sinistrose économique, du climat
social ou des
dérives racistes, il y aurait un exode massif...Pas si sûr. « Ça fait 24 ans que je travaille dans
l'immobilier
et je n'ai jamais vu ça! » Exhumant son agenda de sa sacoche, une
spécialiste
des « Etats des lieux » invite d'un coup d'oeil d'observer le
phénomène. Entre
mars et juillet, elle a fait trois à quatre fois plus « d'états des
lieux » de
sortie que « d'états des lieux » d'entrée. La grève aurait causé un « exode »
massif ? Les
hordes rouges auraient fait peur aux uns et mis sur la paille les
autres ?
C'est une rengaine qui a alimenté pas mal de conversations depuis le
mois de
février. À cause d'un raz-le-bol généralisé lié au climat social et aux
épisodes de tensions raciales, la Martinique se viderait. Côté agences immobilières, c'est partout
ou presque
le même son de cloche : « Oui, il y a eu beaucoup de départs. Nettement
plus
que lors d'une année normale » , promet une agence foyalaise. « La grève n'a fait qu'accélérer...
»
Dans le sud, plusieurs agences
confirment avoir
noté le même phénomène avec plus ou moins d'amplitude. Certains
évoquent 10% de
départs en plus, d'autres placent la barre à 20%. Tout le monde
s'accorde en
revanche sur le portrait type du partant : ce sont des métropolitains
ou des
négropolitains installés depuis peu. « Il faut aussi préciser qu'à mon
sens
pour la plupart des partants, quitter la Martinique était déjà
envisagé. La
grève n'a fait qu'accélérer le phénomène » , temporise un agent
immobilier des
Trois-Ilets. Logiquement, pour déménager, il vaut
mieux faire
appel à un déménageur. Et du côté de cette profession aussi on confirme
un
frémissement post-grève sur le front des départs, « mais franchement on
s'attendait à plus » , avoue Fabien Gumel, gérant de Martinique
Déménagements.
« On a assisté à quelques départs en urgence, mais il n'est pas évident
de
déterminer une tendance car le marché n'est pas très régulier d'une
année sur
l'autre. » « On a presque été obligé de refuser des
prestations » , lâche de son côté Bertrand Chelim, directeur d'AGS
Martinique,
le poids lourd du secteur. « En juin, on comptait une dizaine de
départs par
jour mais tous les clients ne nous disent pas pourquoi ils partent. Sur
dix
clients, deux vont en parler seulement, mais ces deux-là, à tous les
coups,
c'est à cause de la grève. Les gens nous expliquent qu'ils craquent
parce
qu'ils en ont marre ou parce que la conjoncture économique les oblige à
partir.
» Une rumeur
La difficulté avec toutes ces sources,
c'est que,
si elles se croisent et semblent indiquer une tendance, elles ne
permettent pas
d'en mesurer l'amplitude réelle. Pire, les rares chiffres qui pourraient
être
révélateurs indiquent que la « tendance » n'est qu'une rumeur. Du côté d'EDF par exemple, le nombre de
résiliations de contrats prend tout le monde à contre-pied. Si on
quitte son
logement et la Martinique, il faut bien penser à couper le compteur
électrique!
Et bien, alors qu'entre février et fin juillet 2008, EDF avait
enregistré 1858
résiliations, elle n'a a connu que 1729 entre février et fin juillet
2009! Attention cependant, si sur 6 mois, la
tendance a
été à une diminution des fermetures de compteurs, elle a marqué une
nette
augmentation sur les mois de juin et juillet. EDF a fermé 20% de
compteurs en
plus en juin (296 au lieu de 245) et 14% en juillet (449 au lieu de
393). - Un cadre sur six
Si au global, environ 5% de la
population
Martiniquaise vivait en métropole il y a 5 ans (une personne sur 20),
il est
intéressant de constater à quel point le découpage socio-professionnel
de ce
chiffre fait apparaître des différences. Ceux qui vivaient de l'autre côté de
l'Atlantique
il y a cinq ans ne composent par exemple que 0,36% des ouvriers
agricoles,
0,88% des agriculteurs exploitants et 2% des ouvriers non qualifiés
mais 10,65%
des professions libérales, 16,1% des cadres de la fonction publique et
16,81%
des cadres d'entreprise. - Pas de raccourci hâtif
Ne comptez pas les pourcentages en les
traduisant
systématiquement en terme de « métro » et « antillais » . L'INSEE
s'intéresse
aux migrations en traquant ceux qui « ont changé de département dans
les 5 ans
» . Il peut donc aussi bien s'agir d'un Antillais qui revient au pays
après ses
études que d'un cadre métropolitain qui arrive. Un métro qui d'ailleurs
est
évidemment comptabilisé du côté des « stables » s'il est installé ici
depuis
plus de 5 ans. |
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