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Escapade florentine![]() Le
paysage toscan était magnifique en cette saison, les couleurs tout
autant et les arbres ceints de leur jaunissement ou rougeoyance égayaient l’automne. Après
trois jours passés au milieu des vignes du Chianti, mon époux et moi-même, nous
décidâmes de nous arrêter quelques heures à Florence pour la visiter et prendre
quelques photographies à partager. Nous arrivons du sud et tout d’un coup nous aperçûmes la ville
de Florence dans le lointain, elle nous
est apparue en bas des collines,
cernée par une légère brume. Depuis
ma dernière visite, plus de vingt ans s’étaient écoulés, Florence est encore la
même, la ville a peu changé, elle conserve le même aura, presque le même décor,
rémanence d’une histoire qui semblerait la figer dans ses monuments et son
glorieux passé.
Nous
remarquons, contrairement à jadis, aujourd’hui autour des monuments il n’y a
presque plus de voitures, l’espace est réservé aux hommes et nous remarquons
que la plupart des monuments ont été restaurés et nettoyés, on a le sentiment
qu’ils sont aussi neuf qu’à leur construction. Nous
entreprîmes notre promenade dans les venelles de la cité historique et depuis
la place «Piazzale di Michelangelo»
nous reconnûmes les principaux sites historiques : le dôme avec le
fameux clocher de Giotto, Palazzo Vecchio, Ponte vecchio et l’Arno, le fleuve
qui traverse la ville Florence et qui a inspiré une des plus belles chansons
italiennes : Florence
sogna.
Nous
marchions dans les pas de tant de ceux
qui nous ont précédés et en tournant le regard, nous vîmes une douce colline
surmontée par des palais et ornée entre autres par de beaux oliviers. Nous
prîmes le temps de contempler la beauté du cadre avant que nous plongeâmes dans
la ville satisfaire notre curiosité. La
pluie tombait doucement dans les ruelles, les gens vaquaient à leur besognes,
quelques touristes cherchaient des sites plus intéressants, nous étions
grandement avantagés, car nous pouvions demander des indications et des informations aux Florentins dans leur
idiome, qui est aussi le nôtre (Tessinois), même si notre vocabulaire est
terriblement plus réduit et notre prononciation autre.
L’italien
moderne dérive du toscan parlé à Florence déjà au temps de Dante Alighieri.
L’auteur de «I promessi sposi», Alessandro Manzoni, dit avoir été à Florence
pour «risciacquare i panni sporchi nell’Arno» (laver les linges sales dans
l’Arno), il voulait dire que pour amender la langue de son roman, il avait séjourné à Florence. Après
une longue marche sous cette légère
pluie, le dôme et le clocher de Giotto nous apparûmes avec leurs marbres
polychromes, tissés de dessins comme s’ils étaient brodés : le marbre
blanc vient de Carrare, le rose de
Maremme, le rouge de Sienne et le vert
de Prato. Giotto donna lui ou la prospérité son nom au clocher, qu’il commença en 1334, en 1337 Andrea Pisano continua le travail après la mort du maître, mais en 1348, lors de l’épidémie de peste noire qui sévit à ce moment, Pisano mourut. Francesco Talenti termina enfin la construction en 1359.
Le
clocher de 84,75 m est richement orné de statues et de bas-reliefs, on pourrait rester des heures à étudier leurs représentations et symbolisme, il y a
des sujets religieux, mais aussi ceux
qui concernent la vie de tous les jours et le quotidien des habitants. À
côté du clocher, le dôme qui par sa taille est la quatrième église d’Europe,
semble envahir la place, sa surprenante coupole en briques bâties par
Brunelleschi a une base de 90 m de diamètre, c’est un exploit du génie humain
qui laisse incrédule.
Brunelleschi
dû projeter aussi des machines pour soulever les tonnes de matériaux nécessaires
au bâtiment de la coupole, qui furent ensuite dessinées et étudiées avec grande
attention par nombreux artistes dont Léonard de Vinci. Entrer
dans une église aux dimensions du dôme, procure une émotion difficile à
décrire, tout est immense et équilibré. Je respire les lieux, son histoire
m’emplit et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’ici, le 26 avril 1478,
Lorenzo il Magnifico risqua d’être assassiné avec son frère, j’ai l’impression
d’entendre Girolamo Savonarola, dégoûté par la décadence des coutumes, prêcher
avec véhémence l’absolue rigueur morale, en reprochant aux Medici d’être
corrompus.
Sortant
de l’église, nous nous dirigeâmes vers la Piazza della Signoria où Savonarola
accusé d’être hérétique fut brûlé. Il avait été pendant quatre années le Gouvernant
de Florence. Le jour de sa mort, il déclara: «Je me rétracte. J'ai menti de
peur de la torture et je veux que cela soit su publiquement : « Que
les abysses de mes péchés se dissolvent dans les abysses de votre merci.»
Cette triste histoire m’a toujours bouleversée, elle fait partie de mon
inconscient, souvent je l’ai rêvée. La
Piazza est dominée par le Palazzo Vecchio, il s’agit d’un palais-forteresse
construit en 1299 comme siège du gouvernement de Florence, aujourd’hui c’est
l’hôtel de ville et l’un de ses plus beaux bâtiments, il donne un sens de
légèreté malgré son rôle de forteresse. Deux
répliques des statues du Davide de Michelangelo et de Cacus de Baccio semblent
protéger l’entrée du Palazzo et nous vîmes des touristes asiatiques s’amusant
devant la fontana del Nettuno. Côtoyant
les Uffizi, nous prîmes la direction du Ponte Vecchio, où se trouve une série
de vieilles boutiques qui vendent des bijoux en argent et or ciselés selon la
tradition italienne. Nous
longions l'Arno, aux abords du pont le lierre rouge poussant sur des
travées ou des renforts, nous émouvèrent, et nous eûmes le
sentiment qu'il renforcissait les tonalités de l'automne.
Les
heures passèrent en un souffle de temps, il fallait reprendre le chemin du retour et
quitter Florence. Francesca Palli |
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