|
|
PAROLES A DIRE (POUR MARIE C. ASSALI)

TEMPS MORT
Temps de carambolage des idées confuses, du luxe inutile et de l'égoïsme
moitrinaire. Temps des dupes et de l'inamical intérêt, des agacements de
l’irrespect, temps de l'isolement jaloux créé par des plumitifs aigris.
Temps de l’écartèlement d'un peuple sans modèle et de la rage des âmes
chimériques, de la convoitise de l'inaccessible,. Temps des martyrs inutiles,
des scléroses et des avortements, des sourdines et des déraillements, temps des
capitulations vénales, de la noyade des idées lumineuses, perdues sans boussole
dans les chaos de la concupiscence des politicailleurs.
Temps de la griffure des lettres anonymes mangeuses de sérénité et accoucheuses
d'insomnie.
Temps du baiser vengeur et de l'aventure stérile, incontrôlable,
Temps des terrains de neutralité pour se marcher sur les pieds. Des silences
baveux et hors de saison, des absences dedans la tête, des voix étouffées,
nulles et pathétiques.
Temps des erreurs irréparables, des déraillements, de l'enthousiasme trahi, des
vacillements dans l'humiliation, de la gangrène causée par les conflits
meurtriers.
Des vocations contrariées sans objet, des hésitations veules, temps du dégradé
des pans de mes illusions retombées en fragments épars dans le
naufrage du navire de la naïveté.
Temps des bouts de jour et des accroupissements dans les horreurs coites, quand
entre chien et loup le scalpe assassin des critiques putrides crachent des
ombres et des silhouettes cinglant de leurs vomissures l'indépendance de
l'autre.
Temps volatile des profils bas, des brisures et des portes fermées sans mot de
passe pour sortir de leur prison.
Temps de la violence sans frein des ordres dispersés l’affolement, des indices
ténus et des jeux ambigus.
De l'amitié bafouée, de la voussure de mes épaules et de mon pas traînant,
affaiblis par mes échecs et mes rêves censurés. Du brouhaha et du trouble
évident des rires cassés dans l'infinie tristesse de la petite mort de la
confiance déçue.
Temps des compromissions, des méprises, des bobards, de l'empilement, des
tassements de mes chimères, des dépressions et des pluies diluviennes.
Temps de repos de la source d'inspiration. Étonnamment, temps de l'échafaudage
des plans de semailles pour un renouveau. De collines en plaines, temps
annonciateur de renaissance et d'incandescence des amours neufs.
Temps de baume émollient les boursouflures de mes blessures, de renouvellement
de l'énergie positive, de l'accompagnement de mes amis vers l'allée menant à
l'absolu.
Temps avant-coureur de cotillons et de nouvelles naissances, de latence menant
à l'acceptation du spectacle saisissant de la liberté conquise sur les cendres
des héros martyrs. Temps précurseur de tolérance, de pardon, d'amour retrouvé
au contour du temps, ce temps de l'infiniment présent.
Mme Marie Alice Théard
Festival Arts
Pétion-Ville, Haïti
Source
|
|