piments




 





case a esclave à bonaire

Dans les méandres de l’histoire

Suivre le monde sans jamais comprendre,
Ou alors l’attendre le temps de réfléchir,
L’un dans l’autre, le temps lui passe avec encore et encore
Plus d’historicités qui me conditionneront encore et en attendant.

Moi le choix m’a fait.

Mon salut consiste à me raconter mon histoire.
Me raconter mon histoire,
C’est en créer d’autres
Et répondre à des préjugés millénaires.

Me raconter mon histoire,
C’est m’obstiner à me convaincre
Que les sauvages n’étaient pas forcément noirs.

Me raconter mon histoire
Pendant que passe le temps avec son arsenal d’autres
Historicités faites d’histoires à me refaire,

D’histoires et des profusions
Qui font mon état anxiogène,
Ma dépression intellectuelle
Et parfois l’indignité de ma prostitution morale.

Oui

Me raconter cette histoire tortionnaire
Qui a fait de moi un perdant potentiel,
Cette toile de fond obscure,
Profondément ténébreuse,
Suffisamment sombre pour faire rayonner celle des autres.

Me raconter mon histoire me fait réfléchir
A défaut de pouvoir en discuter avec eux,
Entre hommes responsables,
Sans haine ni arrière-pensées,

Juste pour un réel travail de mémoire
Sur notre histoire commune que nous devons apprendre,
Eux comme moi, à assumer sans rougir.

Question de méthode et de principe ?

Racontant mon histoire,
Ils doivent nécessairement comprendre
qu’il n’y a rien de personnel
Faudrait-il qu’ils saisissent
mon souci de parler de deux logiques historiques
Qui nous nichent les uns en face des autres aujourd’hui,
Avec des avantagés et des désavantagés,
Des servis et des desservis,
Des cambistes et des bouleversés.

Je me la raconte cette histoire dépravante qui m’a désorienté,
Qui m’a dépaysé, qui m’a sorti de ma trajectoire initiale
Et qui fait de moi un homme perdu
Dans les méandres de l’incertitude sombre.

Cette histoire que je me raconte
Pour soulager ma conscience agonisante,
Pour essayer de justifier
Ma condition minable de nègre sans projets.

Cet indécis qui,
Comme une botte de pirates,
Se laisse traîner dans la boue
De cette gadoue de monde sans dessus-dessous,
Ce monde inconnu qui détache
Mon regard sur le monde de ma vision du monde.

Monde de cette mondialisation de trahison.

Monde autre
Monde de l’autre,
Monde d’ailleurs fait de la somme des historicités des autres,
Monde qui m’est imposé sans mon avis,
Monde qui m’est prescrit sans réel diagnostic,
Monde qui me structure sans me donner les vrais repères identitaires
Ou alors et il fallait le préciser,
N’en ai-je pas les moyens dermiques pour les assimiler ?

A y comprendre quelque chose ?

Ce monde dont j’ai franchi la porte de non-retour
Me faisant virevolter comme un bateau ivre au gré des vagues,
Comme une feuille morte à la merci du vent missionnaire
Conditionné par ce monde qui m’évite.

Ce monde qui doit d’abord me façonner à sa guise
Pour ne pas m’intégrer par la suite.
Ce monde qui m’a aménagé des limites à ma taille
Pour consolider sa plate-forme de base sur laquelle
Devait s’ériger la hiérarchie des hommes.

Un monde fait de mondes complémentairement déséquilibrés,
Un monde à liaison canonique et normative
Qui fait de moi le larbin de service
De cette universalisation imparfaite et répétitrice
De dialectiques historiquement approximatives.

L’avantage quand on fait l’histoire qui fait le monde,
C’est qu’on la maîtrise
Et qu’on la dévore à la sauce que l’on veut,
A ses goûts,
Ses choix.
C’est le cas des autres.

Par contre quand on la subit,
On n’est toujours assis à l’œil du cyclone
Et faisant partie de cette catégorie là,
Ma destinée sera toujours ma surprise
Et au sortir de ce voyage périlleux
Aux moyens des tourbillons cycloniques
Comme une machine à cloner l’âme,
Je suis un homme perdu et sans esprit
Qui souffre encore de vertiges culturels.

Mon syncrétisme identitaire,
Symptôme de mon traumatisme culturel,
Me détourne du monde de mon moi dont je suis en quête
Dans cette mondialisation de félonie.



Son premier recueil de poèsie-slam : Les divines litanies



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