ATTENDUS
PRIX CARBET DE LA CARAIBE

C’est par leurs blessures que
les nations s’expriment.
1959 fut la porte d’entrée d’une
nouvelle histoire des Caraïbes. Je dis bien la porte d’entrée car les années
1960 furent traversées par de nombreux bouleversements dont l’un des derniers
fut le massacre de guadeloupéens en Mai 1967 alors qu’ils réclamaient une
augmentation de leurs salaires.
Pour en revenir à 1959, comment
oublier que des étudiants martiniquais furent tués et que ce fait a remis
singulièrement en cause la donne issue de 1946 : date de la
départementalisation. Suivirent les procès de l’OJAM, le Front
Antillo-Guyanais, la naissance du GONG, les indépendances de nombreux pays de
la Caraïbe et de l’Afrique.
Comment oublier également qu’il
se trouva un homme, fonctionnaire de l’Etat français, qui sut faire le choix de
la dignité, de la fraternité, de la solidarité face à une situation où le
colonialisme durcissait ses positions dans un contexte où la guerre d’Algérie, l’arrivée
de Fidel CASTRO à La Havane, semaient nombre d’inquiétudes parmi les possédants.
Cet homme là, non seulement
n’approuva pas les exactions mais encore proposa de donner à un établissement
scolaire le nom de Christian MARAJO. C’était pour l’époque un tremblement de
terre, que ce juste paya cher tout au long de sa carrière.
Il y a là une conscience à
l’œuvre dont tout nous donne à croire qu’elle est un symbole.
Symbole d’un anti-colonialisme.
Symbole d’une foi en un autre
avenir.
Symbole d’une idée noble des
rapports entre les sociétés.
Il nous semble, que les
questions posées par les mouvements sociaux de 2009 en Guadeloupe, en
Martinique, en Guyane donnent un éclat particulier au message de 1959.
Souvenez-vous que dans un mouvement de crispation, l’Etat promulgua
l’ordonnance de 1960 qui soumettait tout fonctionnaire jugé subversif à la
sanction d’une mutation d’office, ce dont furent victimes trois enseignants
martiniquais, Guy DUFFOND, Georges MAUVOIS et Armand NICOLAS.
Il nous semble, qu’il y à la, à
nouveau, un tremblement, une interpellation, qui en appelle à la conscience et
qui oblige au respect.
Nous, jury du Prix Carbet, croyons
fermement que l’imaginaire, la poétique, la conscience, sont les seules crêtes
d’où le monde est vraiment visible, les piliers sur lesquels reposent la beauté
du monde, les leviers qui permettent de soulever les montagnes de l’injustice.
Ce Prix Carbet 2009 a décidé
d’honorer un principe, une vie, un exemple.
Un geste.
Une conscience.
La bonne conscience peut être
anesthésiante.
La mauvaise conscience crée des
enfers solitaires.
La conscience ouverte est de
l’ordre de la Relation.
C’est cette dernière qui fait
sens pour nous et nous invite à considérer le signal fort que cet homme envoya en
1959 en faisant comprendre que les
victimes de cette guerre incarnaient et manifestaient un rempart contre la
barbarie.
Cinquante ans après, alors que
rôdent tant de démons, que se multiplient tant d’appels à la justice, que se
soulèvent tant d’espérances, il nous a paru faire acte non seulement de mémoire
mais encore de la plus haute des exigences esthétiques en décernant à M. Alain
PLENEL, et à l’unanimité, le Prix Carbet de la Caraïbe 2009.
Cela revient, pour nous, à ouvrir
le grand chantier d’un renouvellement du Prix Carbet qui, désormais s’engage
dans le champ turbulent du Tout-Monde
en recherchant une poétique qui sans déserter le champ littéraire illustrerait
la diversité de l’expression humaine et l’audace des esthétiques du XXIème
siècle.
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