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Coup d’œil sur un siècle de poésie
Yuri
Rodriguez
Le poète
Virgilio Lopez Lemus, qui est également essayiste et chercheur, vient de
lancer, il y a quelques jours, un nouvel ouvrage, El siglo entero,
publié aux éditions Oriente, dont la lecture s’avère tout à fait
passionnante. Cet ouvrage,
qui ratisse large, est d’une précision surprenante. L’auteur nous montre
comment la poésie peut à la fois parler d’identité et se transformer en même
temps en objet identitaire à travers ses différentes formes d’expression.
Virgilio Remus étudie tout particulièrement la période où notre poésie
nationale a donné, à la littérature espagnole, de grandes voix comme celles,
entre autres, de José Lezama Lima, Nicolas Guillen et Dulce Maria Loynaz. Le principal
attrait de ce travail est de nous situer dans le temps, en brossant un tableau
de la situation à Cuba au début du 20e siècle. A la suite de la
guerre de 1895, notre pays était dévasté, le projet indépendantiste n’avait pu
voir le jour, en raison des interventions nord-américaines de 1898 et de 1906
et de l’amendement Platt inscrit dans notre constitution. Ce sont autant de
facteurs dont il faut tenir compte, explique le poète, pour connaître dans quel
contexte s’inscrit la mouvance poétique du début du 20e siècle à
Cuba et les différences par rapport aux autres pays d’Amérique latine. Lopez Lemus
écrit dans une langue claire et précise, évitant toute ambiguïté ou rhétorique
inutile qui pourraient nuire à la compréhension. L’ouvrage est divisé en six
chapitres correspondant aux périodes chronologiques. L’écriture, fluide et
élégante, rappelle immanquablement le style des œuvres précédentes de Lopez
Lemus. On y retrouve le même désir, fondamental, de communiquer aisément avec
son public. Afin d’aider le
lecteur à mieux comprendre ses propos, chaque chapitre débute par un exposé des
courants poétiques qui prévalaient au moment de la période analysée. L’auteur
examine les différentes tendances, aussi bien au niveau thématique que formel,
et il retrace également les grands événements qui ont marqué la vie économique,
sociale et politique du pays et qui ont immanquablement influencé et transformé
les créateurs dans leurs recherches poétiques.
Chaque chapitre
se termine sur une bibliographie des livres de poésie publiés au cours de la
période donnée. On y trouve également des critiques d’œuvres, même celles qui
sont peu connues aujourd’hui, en les situant dans leur contexte et en précisant
quel fut leur apport et leur importance dans le développement d’une poésie
nationale. L’auteur aborde aussi la question des différentes revues de poésie
qui ont circulé ici, en examinant le rôle qu’elles ont joué. Lopez Lemus ne
s’en tient pas, fort heureusement, aux seuls aspects abordés par la critique
traditionnelle. Ainsi, il se penche sur l’œuvre poétique, de facture
néo-romantique, de Montasgu et Galarraga, deux auteurs négligés par la critique
de l’époque. Pour Lopez, ces auteurs donnent, au courant poétique d’alors, une
touche érotique rafraîchissante, exprimant ainsi le désir d’une poésie plus
sensuelle. L’essayiste ne
craint pas d’aborder des sujets qui, bien que rarement analysés, n’en demeurent
pas moins dignes d’intérêt. Il examine, entre autres, les différences et les
similitudes dans l’œuvre de Nicolas Guillen et de Gaston Baquero, deux
créateurs poétiques immenses. Virgilio Lopez
Lemus avoue que son nouvel ouvrage s’inspire de ses travaux antérieurs : Palabras
del trasfondo. Estudios sobre el coloquialismo cubano, paru en 1988, et son
anthologie intitulée Doscientos años de poesia cubana : 1790-1990. Cien
poemas antologicos, paru en 1999. Ces deux livres, en fait, préparaient la
venue de El siglo entero. L’auteur a su
éviter l’écueil des stéréotypes et des jugements catégoriques. Son nouvel
ouvrage, merveilleux exemple de synthèse, est maintenant accessible à tous ceux
qui s’interrogent sur les différents courants poétiques au 20e
siècle et sur leur influence dans la culture cubaine. Un livre qui nous aidera
très certainement à mieux nous connaître. |
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