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Excision : il faut savoir que c'est un crime

excisionMême si on lui assurait que ce serait anonyme, Djenabou (1) a longtemps hésité avant d'accepter de témoigner, par peur des représailles de la communauté. Elle raconte sa terrible histoire sans pleurs. À son côté, sa petite fille d'un an et sept mois s'agite d'innocence. Un jour, la puce sera assez grande pour que sa maman lui dise que c'est pour la protéger alors qu'elle allait naître qu'elle a quitté la Guinée.

Elle ne voulait pas qu'elle aussi, comme ses soeurs, sa tante et sa mère, soit excisée.

« J'avais 11 ou 12 ans, raconte Djenabou, trente ans et bien des horreurs. Un jour, mon père a dit à ma mère que l'on partait en vacances au village, loin de la capitale Conakry. On était huit fillettes, gardées ensemble. Mais quatre jours plus tard, on nous a dit que c'était pour l'excision, on nous a expliqué que c'était pour qu'on ne devienne pas des prostituées. » Ses mains de femme noire posées sur la table se lient et se délient d'angoisse. « Le matin, à 6 heures, six vieilles nous ont emmenées dans la brousse. Elles nous ont alignées toutes les huit, de la plus jeune de six ans à la plus âgée. Puis vint le tour de ma soeur. Ils ont mis des feuilles de banane autour d'elle et je l'ai entendue crier fort, très fort. Je l'ai vue, elle tremblait, elle saignait beaucoup. Et moi j'ai voulu fuir. Elles m'ont rattrapée. C'était mon tour. Une vieille a pris une jambe, une autre l'autre jambe. Et là ils ont coupé avec un petit couteau, le même que pour les autres filles. L'une a dit, "c'est pas propre". Alors ils ont tout rasé. » Toutes les fillettes ont ensuite été redirigées vers le village. « Quelqu'un avait averti, alors les hommes ont tiré en l'air. Les gens du village étaient contents. » Ensuite, à défaut d'hôpital, les fillettes ont été soignées avec de l'eau et des feuilles de banane en guise de pansement. « Onest restées ensemble jusqu'à ce que ça guérisse. » Enfin guérir... « Quand je suis devenue grande, j'ai eu très mal lors de mes premiers rapports. Et puis je ne ressentais rien, alors à cause de ça, mon mari me trompait, j'essayais de le comprendre parce que je n'avais pas tout le temps envie. » Son mari, justement, décède prématurément, alors, selon les règles du « clan », Djenabou est remariée de force avec le frère du défunt.

Même avec les enfants, le « clan » n'aura que faire de ce que pense la maman. « Mes deux filles on me les a volées pour me les exciser. La deuxième, c'est la mère de mon mari qui l'a emmenée un jour pour soi-disant lui acheter des jouets. J'ai fait une sieste et ils ont envoyé quelqu'un me dire qu'ils l'avaient excisée. J'étais enceinte, j'étais choquée. Mais je ne pouvais rien faire. Même mon mari ne pouvait rien dire, sinon sa mère disait que je l'avais "marabouté". Elle le dominait, des fois, même, elle nous dérangeait en pleine nuit. » Au fil de cette narration ou Djenabou confiera qu'elle a été violée - « avant ou après mon excision, je ne sais pas » - elle lâche qu'une autre de ses filles en est morte. Cette maman a du mal à en parler, juste raconte-t-elle que le clan lui a dit que c'était le « mauvais sort ». Elle dit même ne pas l'avoir raconté à l'administration dans le cadre de sa demande d'asile. Battue par son mari, elle a fui la Guinée il y a deux ans car elle ne voulait pas que sa dernière fille dont elle était enceinte subisse « la même chose ».

L'asile lui a été refusé. « Le problème, c'est que les femmes n'ont jamais de preuve. Au pays, on ne leur fait pas de certificat d'excision », interpelle Éliane Aïssi, présidente de la RIFEN, une association de Villeneuve-d'Ascq qui accompagne Djenabou (lire ci-dessous).

« Pas la vengeance »

Et puis Djenabou n'a certainement pas raconté à quel point elle est traumatisée depuis. « Je me suis seulement rendu compte que ce n'était pas normal quand j'en ai parlé à ma seule copine qui n'est pas excisée et qui vit en Allemagne. » Aujourd'hui, elle rêve de retrouver ses enfants dont elle n'a aucune nouvelle. « Je veux aussi que la belle-mère de mon mari paye un peu.

 » Madame Aïssi l'arrête : « Non, pas la vengeance ! » Elle est suivie par un psychologue, a entendu parler de la chirurgie réparatrice mais hésite : « Je ne sais pas ce que c'est d'avoir un clitoris, ça me fait peur. Mais en même temps, aujourd'hui, ça me travaille beaucoup. Je ne me suis jamais sentie une vraie femme. » •

1.    Par souci de confidentialité, le prénom a été changé.


 



LES CLÉS

• 1. Mutilations sexuelles

L'excision est une ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres. L'infibulation est un rétrécissement de l'orifice vaginal réalisé en cousant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris.

• 2. Chez nous

En 2006, on estimait dans la région à 3 000 le nombre de fillettes ou d'adolescentes sexuellement mutilées ou menacées de l'être (entre 43 000 et 65 000 en France, en 2004). La justice reconnaît la mutilation sur mineure de moins de quinze ans comme un crime. Au-delà, ce qui est rare, c'est un délit.

• 3. Préjugés

Ça n'a rien à voir avec la religion. Au Kenya, par exemple, les femmes catholiques sont plus nombreuses à êtres mutilées que les musulmanes. À noter qu'aucune religion n'exige cette pratique.

LAURENT DECOTTE
source
03/11/09




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