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Le débat sur l'identité nationale au miroir de la presse étrangère![]() Qu'est-ce qu'être français ? C'est la question posée
par le site
Internet dédié au "grand débat sur l'identité nationale" voulu
par le gouvernement. Un sujet qui intéresse les médias étrangers, qui
n'hésitent pas à donner leur propre définition de l'identité française. Prensa latina, agence d'information
latino-américaine, ébauche ainsi un portrait des Français : "Fiers de leur nationalité, ils portent aux
nues les apports de leur pays à l'humanité et se disent inégalables en matière
d'art culinaire, de vins, de mode et de parfums. Mais ils sont pleins de
contradictions, enclins à la grève, aiment le verbe polémique. L'intégration
des immigrés a radicalement changé leurs goûts ; l'insatisfaction les caractérise." NOSTALGIE Le Times ironise sur la vision passéiste proposée par
le gouvernement, qui veut remettre au goût du jour la "douce France".
La référence à cette chanson de Charles Trenet vient du porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre
("La défense de notre
modèle culturel et de la "douce France" chantée par Charles Trenet
passe par la redéfinition de notre identité nationale"). The Times constate qu'"il n'y a clairement aucune
place dans cette vision du pays pour les banlieues violentes, pour les conflits raciaux et pour les
manifestations virulentes devant des usines décrépies". Mais c'est surtout la manœuvre
électoraliste du gouvernement, à quelques mois d'un scrutin régional, que retiennent
les médias étrangers, notamment le Guardian et La Vanguardia. "Les élections
riment, selon le sarkozisme, avec identité nationale", souligne cette
dernière. Le quotidien catalan rappelle qu'à la veille des municipales de 2008,
le ministre de l'éducation avait annoncé l'introduction dans les programmes
scolaires de la connaissance de l'hymne national. "Ce thème était
réapparu peu avant les européennes de 2009, lorsque Nicolas Sarkozy
avait envoyé sa feuille de route au ministre de l'immigration et de l'identité
nationale, dans laquelle figurait clairement le lancement d'un tel débat. Cette
mission se traduit dans les faits aujourd'hui, à quatre mois des régionales…",
constate le quotidien. LES
RISQUES D'UNE DÉFINITION Plusieurs journaux dénoncent l'objectif même d'un tel questionnement
sur l'identité nationale. Le Christian Science
Monitor cite ainsi le chercheur Pap NDiaye, de l'Ecole des hautes études en
sciences sociales, qui craint une dérive "autoritariste" du débat : "Il y a tellement de façons d'être français
qu'il serait triste que le gouvernement nous dicte ce qu'est être
français." Coïncidence relevée par le CSM : le jour même où était lancé le
débat, la sœur de l'historien, la romancière Marie NDiaye, symbole de
l'identité multiple française, obtenait le prix Goncourt, principale récompense
littéraire en France. Un pied de nez aux tentatives de figer l'identité
nationale dans une définition. L'Observateur
paalga (Ouagadougou) se
demande s'il ne vaudrait pas mieux "laisser dormir" le débat
car "il va être difficile de prouver qu'il n'y a pas de soupçon
d'exclusion derrière cette [tentative de définition de la]
'francité'". Et le quotidien burkinabé de rappeler les dérives d'un
autre débat sur l'identité nationale, en Côte d'Ivoire
cette fois, où le concept d'"ivoirité" avait conduit à écarter le
candidat musulman du nord du pays, Alassane
Ouattara, de la présidentielle de 1995. La France "a mieux à faire
que d’emprunter cette voie", conclut L'Observateur. Le débat dépasse en tout cas les clivages droite-gauche, note Charles Bremner, le correspondant à Paris du Times, sur son blog. Il divise particulièrement le Parti socialiste, tiraillé entre la "gauche traditionnelle", qui invoque un argument moral et dénonce un retour au "pétainisme", et la "gauche populiste, incarnée par Ségolène Royal, qui demande que les politiques s'adressent aux peurs publiques". Autre élément de trouble pour la gauche française, relevé par Charles Bremner : l'initiateur de ce débat n'est autre que l'ancien socialiste Eric Besson. Mathilde
Gérard |
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