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Outre-mère![]() portrait
Marie-Luce
Penchard. Née en Guadeloupe mais résidant en métropole, la fille de Lucette
Michaux-Chevry est la première Ultramarine au poste de secrétaire d’Etat à
l’Outre-Mer. Par LILIAN ALEMAGNA Dans son bureau
de la rue Oudinot (Paris VIIe), avec dorures républicaines et sièges
en tissu vert, la nouvelle secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Marie-Luce
Penchard, à l’air à l’aise. Mieux en tout cas que lors de ses premiers pas
devant les députés de l’Assemblée nationale. Une question de Noël Mamère sur la
Nouvelle-Calédonie - sorte de bizutage pour la petite nouvelle du gouvernement,
nommée la veille -, un début un peu trop «punchy» qui déclenche les railleries,
une réponse beaucoup trop longue, le micro qui se coupe. François Fillon lui
tapote le bras : «Tu as dépassé ton temps Marie-Luce.» La
secrétaire d’Etat termine sa réponse, sûre d’elle mais inaudible. «Je vous
le dis sincèrement, je ne savais pas que c’était deux minutes»,
confesse-t-elle après coup, dans un rare sourire. Dur, dur pour
la nouvelle secrétaire d’Etat de se faire une place. Un nom surtout. Faire
oublier, depuis sa nomination surprise, qu’elle est la fille de Lucette
Michaux-Chevry : une proche de Jacques Chirac, figure incontournable du
paysage politique guadeloupéen, «dame de fer» à la tête du conseil régional de
l’île de 1992 à 2004. Les raccourcis du style «elle est là parce que c’est
la fille de Lucette» étaient faciles. Peut-être trop. Marie-Luce Penchard
s’en amuse : «Depuis que je suis petite, j’entends ça. Cela ne me
dérange pas. Par contre, laisser croire que c’est elle qui est rue Oudinot, là,
non», assure-t-elle, avec un léger accent antillais, d’une fermeté
tranchante, caractéristique qu’elle partage avec sa mère. Marie-Luce
Penchard se dit «en admiration» devant Lucette. Elle loue sa «rage»,
sa «détermination», sa «force de caractère».Grâce à sa mère,
elle se dit capable de «voir venir les coups». Pour son entrée en
politique au royaume de la Sarkozie, elle n’a pas eu besoin de tuer la mère
chiraquienne, ni de renier l’éducation d’un père socialiste. Elle s’en est
nourrie. Mais contrairement à l’image de femme politique laissée par Lucette,
avenante et «à poigne», Marie-Luce Penchard est davantage dans la retenue, en
retrait, discrète, presque méfiante avant de répondre aux questions. Née
en 1959 dans la maison familiale du village de Blanchet, près de
Basse-Terre, dans le sud de la Guadeloupe, Marie-Luce Penchard est la benjamine
d’une famille recomposée de cinq enfants. «Une place très confortable»,
assure-t-elle, qui lui offre une relation particulière avec son père, âgé de
50 ans à sa naissance : un blanc, d’une famille de békés, négociant
et gérant de terres qui décédera à 75 ans. Après une
enfance en Guadeloupe, elle est contrainte par l’éruption de la Soufrière de
quitter une première fois son île, en 1976, pour rejoindre la métropole.
Bac scientifique en poche, elle part étudier à Paris où elle obtient un Deug de
gestion, puis rentre en Guadeloupe retrouver son futur mari. Elle termine sa
maîtrise en sciences économiques à Pointe-à-Pitre et travaille d’abord dans le
privé avant d’entrer, en 1982, comme cadre au sein du conseil général de
la Guadeloupe. Vient alors le
temps du «déchirement». Béké, le père de son mari - visé et blessé par
un attentat lors des «nuits bleues» de 1986 (période marquée par un
activisme indépendantiste important) - pousse la jeune femme et sa famille à
quitter l’île pour s’installer définitivement en métropole. Marie-Luce Penchard
en parle avec amertume : «Vous ne pouvez pas admettre que ceux que
vous considérez comme vos frères agissent comme cela. J’ai été victime des
positions politiques de ma mère, mais je ne lui en ai jamais voulu.» Elle
attendra trois ans pour retourner rendre visite à sa famille en Guadeloupe.
Auprès de son mari, navigant de profession, et de ses deux fils, aujourd’hui
âgés de 24 et 28 ans, cette amatrice de peinture haïtienne poursuit une
carrière tranquille de fonctionnaire territoriale. Au conseil général de
l’Essonne, puis des Yvelines. Devenir une
femme politique ? Elle dit n’y avoir pas pensé avant longtemps. Engagée «en
tant que militante», elle affirme avoir toujours été «libérale».
En 2004, elle vient soutenir sa mère, tête de liste UMP pour les
régionales, à 76 ans. «Pas pour défendre son programme, mais je ne
pouvais pas la laisser aller vers des difficultés aussi importantes sans être
là.» Lucette Michaux-Chevry est battue par le socialiste Victorin Lurel. Mais le virus
est transmis à sa fille, le jour où Marie-Luce Penchard rencontre Nicolas
Sarkozy. «C’est la première fois que quelqu’un m’a dit : "Il ne
faut pas rester simplement militante, tu as le profil pour passer à un
engagement politique." Cette phrase m’est restée quelque part dans la
tête.» Séduite alors par le discours du futur chef de l’Etat sur la «valeur
travail», Marie-Luce Penchard «accroche». «Je n’étais pas forcément
RPR, je suis devenue UMP-sarkozyste. Très clairement», revendique-t-elle.
En 2007, elle n’accompagne pourtant pas le candidat UMP dans la bataille
présidentielle : les liens de sa mère avec Chirac sont encore trop frais.
Elle choisit la mise en retrait, et attend son heure. En
décembre 2007, elle saute le pas et rejoint l’Elysée, en tant que chargée
de mission puis conseillère technique. Tête de liste aux européennes dans la
circonscription Outre-Mer, elle gagne, sur le terrain, ses galons de
ministrable. Surtout, sa discrétion lors du conflit de janvier en Guadeloupe
aurait plu à Claude Guéant. Une règle non-écrite voulait pourtant que le
ministère de la rue Oudinot ne puisse revenir à une Ultramarine. Adepte de la
rupture, Sarkozy est le premier à le faire. «Il a réalisé avec elle un coup
politique pas totalement loufoque», concède Axel Urgin, secrétaire
national du Parti socialiste chargé de l’outre-mer, qui voit en la secrétaire
d’Etat une femme «intelligente, subtile et avec du courage politique».
Surtout, Marie-Luce Penchard et son sarkozysme béat a le profil, avec son fort
tempérament et une connaissance reconnue des dossiers, pour devenir un des
piliers de la Sarkozie en outre-mer. Une occasion pour le chef de l’Etat de
renouveler les réseaux UMP dans ces régions, longtemps trustés par les proches
de Chirac. Certains ont vu
dans cette nomination un tremplin pour la fille de Lucette en vue des
régionales de 2010. Elle n’écarte pas l’idée mais tempère : «On
peut porter un projet, le construire, l’imaginer, le développer, souder une
équipe et passer le témoin à un autre.» Elle est surtout consciente du
fait que, vivant depuis plus de vi ngt ans en métropole, sa candidature
pourrait apparaître comme un «parachutage». Elle refuse d’être un «pion»,
une simple caution. Mais en bonne soldate de son parti, elle se pose la
question :«Serai-je la meilleure pour faire gagner ma famille et faire
progresser ses valeurs ?» Engagée depuis
sa nomination sur des dossiers sensibles (conséquences de la crise aux
Antilles, statut de la Nouvelle-Calédonie, prix des carburants en Guyane, états
généraux de l’outre-mer, préparation du référendum sur l’autonomie en
Martinique, etc.), Marie-Luce Penchard, ne veut pas décevoir, «pour ne
pas donner raison à ceux qui étaient réticents à la nomination d’un Ultramarin
à ce poste-là». Pour qu’on se souvienne de son nom sans préciser celui de
sa mère. Photo Evariste Zephyrin Marie-Luce
Penchard en 7 dates |
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