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DISCOURS DE M. LE PRÉSIDENT
DE LA RÉPUBLIQUE

photo Evariiste Zephyrin
Conseil Interministériel de l’Outre-mer
Palais de l’Élysée – Vendredi 6 novembre 2009
Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les élus locaux,
Monsieur le délégué interministériel,
Mesdames et messieurs,
Mes chers compatriotes de la France d’Outre-mer et de métropole,
Le 27 novembre dernier, je recevais ici, dans cette même salle des fêtes du
Palais de l’Elysée, tous les élus de l’Outre-mer.
Que de chemin parcouru ensemble en un an : départementalisation de
Mayotte, Comité des signataires de l’accord de Nouméa, déplacement aux
Antilles, lancement du chantier de l’évolution institutionnelle de la
Martinique et de la Guyane, vote de la loi d’orientation pour le développement
économique des Outre-mer, tenue des Etats-Généraux de l’Outre-mer. Les Zones
franches globales d’activité, que tout le monde disait impossibles à mettre en
place sont acquises et le Conseil Interministériel à l’Outre-mer, que je vous
avais promis en 2007, vient de se tenir pour la première fois ce matin.
Vous le voyez, mon engagement pour l’Outre-mer est constant et régulier. Mon
engagement pour l’Outre-mer, il est fondé sur un rapport d’égal à égal, un
rapport de maturité, un rapport de confiance mutuelle.
Le respect des différences mais aussi la conscience profonde de ce qui nous
rassemble, voilà ce qui m’anime.
Je n’oublie pas, pour ma part, que dans des moments essentiels de l’histoire de
France, les Outre-mer ont toujours été au rendez-vous du combat des droits de
l’homme, parfois contre une certaine France qui oubliait son message universel.
Au moment tragique des années noires du nazisme triomphant, on a vu se lever,
presque partout dans les outre-mer, les premiers mouvements de résistance. Lors
de mon dernier déplacement aux Antilles, j’ai eu la fierté de rendre le premier
hommage solennel de la Nation à ses « dissidents » des Antilles qui
sont l’honneur de la France et qui n’ont pas hésité à venir se battre ici, en
Provence, à Royan et sur les plages de Normandie.
Je n’oublie pas que parmi les premiers qui se levèrent et dirent
« non » à la capitulation, il y eut un grand Français, un grand
Ultramarin, Félix EBOUÉ, qui répondant à l’appel du 18 juin du Général de
Gaulle, fit basculer l’Afrique dans le camp de la résistance.
Je n’oublie pas, que sans les hommes et les femmes de nos Outre-mer, sans leurs
choix éclairés aux périodes critiques de notre histoire, sans leurs
contributions les plus variées à la construction de notre nation, la France ne
serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
La France n’aurait pas eu ces hommes d’Etat d’exception qu’ont été Félix EBOUE,
Gaston MONNERVILLE ou Raymond BARRE.
La France n’aurait pas eu ces succès sportifs dus à des personnalités comme
Roger BAMBUCK, Marie-José PEREC, Thierry HENRY, Christian KAREMBEU, Lilian
THURAM, Laura FLESSEL ou, récemment encore, Teddy RINER.
La France n’aurait pas eu ces hommes de lettres qu’ont été Alexandre DUMAS,
SAINT-JOHN-PERSE, Aimé CESAIRE ou René MARAN, qui fut le premier écrivain noir
à obtenir le prix Goncourt en 1921.
La France n’aurait pas eu des personnalités d’action et d’engagement telles que
Frantz FANON, Roland GARROS ou Juliette DODU, qui fut la première femme à
recevoir la légion d’honneur à titre militaire.
Sans l’Outre-mer, la France ne serait pas la deuxième nation maritime au monde
avec ses 11 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive,
quasiment à égalité avec les Etats-Unis.
Sans l’Outre-mer, la France ne serait pas une puissance spatiale de tout
premier plan, ni même sans doute une puissance nucléaire respectée.
Sans l’Outre-mer, la France n’aurait pas l’influence diplomatique majeure que
lui confère sa présence sur les quatre océans et en Amérique latine.
Sans l’Outre-mer, enfin, la France ne pourrait pas s’enorgueillir de posséder
une biodiversité avec laquelle aucun autre pays au monde ne peut rivaliser.
Mes chers amis, je vous le dis comme je le pense, la France sans l’Outre-mer,
ce ne serait plus la France.
Nos Outre-mer nous rappellent combien la France a une identité plurielle.
L’universalisme de notre Pays n’est rien d’autre que le fruit de ce constant
métissage qui n’a cessé de s’enrichir d’apports nouveaux et de bâtir sur tant
de différences, mêlées les unes aux autres, un sentiment commun d’appartenance
et un patrimoine unique de valeurs intellectuelles et morales qui s’adressent à
tous les hommes.
Cette diversité irréductible des Outre-mer, il est temps de la prendre en
compte : on peut être égaux sans être semblables.
C’est pourquoi je suis convaincu que l’unité de la République n’est pas
l’uniformité de ses institutions. Les élus de Martinique et de Guyane ont
demandé à exercer davantage de responsabilités en organisant leur collectivité
selon le régime prévu par l’article 74 de la Constitution. Comme vous le savez,
j’ai décidé de consulter directement les Martiniquais et les Guyanais en
janvier 2010. Les élus de Guadeloupe et ceux de La Réunion m’ont proposé un schéma
différent. J’en ai accepté le principe car il n’est écrit nulle part que nos
Outre-mer doivent suivre le même chemin, au même moment.
Je demande simplement que cette consultation se fasse dans des conditions
loyales, sur des arguments de vérité et sans amalgames. J’y serai tout
particulièrement vigilant. Pour que les choses soient parfaitement claires, la
question qui sera posée aux électeurs en janvier est bien celle du juste degré
d’autonomie de la Martinique et de la Guyane dans la République, et non celle
de l’indépendance. Je le redis très simplement, mais avec force : la
question de l’indépendance de la Martinique et de la Guyane ne sera pas posée.
Ces territoires sont des terres des France et elles le resteront.
Alors, bien sûr, il y a eu la crise récente, qui a ébranlé une partie de la
France d’Outre-mer et, je crois pouvoir le dire, de la France dans son
ensemble.
Les évènements, chacun les connaît : trois mois de paralysie, émaillés de
troubles, parfois violents.
44 jours de grève en Guadeloupe. 38 en Martinique. 15 en Guyane. 8 à La
Réunion.
Des milliers de personnes dans les rues. Des centaines de revendications.
Une crise sociale. Une crise des structures. Une crise identitaire et donc
politique.
En Guadeloupe en particulier, nous sommes passés tout près de l’irréparable. Un
homme est mort. Je ne l’oublie pas.
Une fois le calme revenu et la paix civile restaurée, les premières décisions
ont été prises pour répondre, dans l’urgence, aux revendications initiales du
conflit. Celles-ci ont été, pour beaucoup, satisfaites, pour la bonne et simple
raison que les dysfonctionnements à l’origine du mouvement social reposent,
dans l’ensemble, sur une réalité que personne ne peut contester.
Quant aux méthodes employées parfois, c’est autre chose. Je veux redire avec
calme et résolution que je ne tolèrerai jamais que l’Etat de droit soit mis à
mal. Je n’accepterai jamais que la légitimité des élus de la République soit
contestée ailleurs que dans les urnes. Je n’accepterai jamais que les fondements
du pacte social, que les principes de notre fonctionnement démocratique soient
remis en cause. Chaque fois que cette ligne rouge sera franchie, ceux qui en
seront responsables me trouveront sur leur chemin. Aujourd’hui, le dialogue est
restauré, je m’en réjouis sincèrement.
A l’évidence, nous ne pouvions pas en rester là. Par son ampleur et sa
profondeur, la crise commandait d’aller plus loin ensemble, dans le diagnostic,
dans l’analyse et dans les propositions. Très vite, j’ai souhaité que l’on ne
se contente pas d’accumuler des annonces techniques comme c’est si souvent le
cas d’habitude en pareilles circonstances.
Au plus fort de la crise, j’ai donc proposé aux élus, qui l’ont accepté - avec
courage et je les en remercie – l’organisation de la plus grande consultation
jamais réalisée par un Gouvernement sur l’avenir des Outre-mer. Ce n’était pas
simple dans la situation de violence, de blocage, d’incompréhension,
d’organiser ces états généraux. D’ailleurs, les débuts ont été difficiles et
puis la dynamique s’est enclenchée. Les résultats sont aujourd’hui
considérables et même les plus sceptiques reconnaissent le sérieux et la
rigueur de cet exercice inédit. Je veux remercier Richard SAMUEL pour sa
contribution décisive à cet exercice délicat.
De la Guadeloupe à la Polynésie, de la Guyane à La Réunion, de Mayotte à Saint
Martin, de la Martinique à Saint-Pierre-et-Miquelon, sans oublier l’hexagone
cher Patrick KARAM, le « temps du débat » a rassemblé plus de cent
mille participants, mêlant élus locaux et citoyens anonymes, acteurs
économiques et milieux associatifs, professionnels de l’éducation et de la
culture et représentants des organismes consulaires. A ces participations
« physiques », il convient d’ajouter les 130.000 contributeurs du site
internet dédié.
Ces rencontres ont suscité maintes prises de position et débats passionnés. Je
voudrais, aujourd’hui, remercier chaleureusement tous ceux qui y ont pris part,
notamment les membres de la société civile, des simples participants aux
rapporteurs ou présidents d’ateliers.
Quels enseignements tirer de cet exercice inédit ? D’une manière générale,
le constat que la situation prévalant dans les Outre-mer n’était plus tenable.
Le vœu quasi-unanime que cette situation change en profondeur. La nécessité, pour
atteindre cet objectif, d’ouvrir un nouveau cycle historique marqué par une
relation rénovée avec la métropole. Une aspiration puissante à un mieux être
que traduit aujourd’hui la revendication d’un modèle économique endogène
susceptible de favoriser la création de richesses et d’emplois locaux.
De nombreuses demandes ont été exprimées qui peuvent, parfois, paraître
paradoxales : plus de liberté locale, mais aussi plus d’Etat ; plus
de solidarité, mais aussi plus de développement autonome ; plus d’expansion
économique, mais aussi plus de protection des ressources
environnementales ; plus d’intégration à la communauté nationale, mais
aussi plus de reconnaissance des cultures propres de chaque territoire. Ces
contradictions apparentes, elles ne sont que le reflet de toute une société qui
s’exprime. Elles sont le signe d’Etats généraux réussis.
Disons-le sans détour : les centaines de propositions qui ressortent de
ces travaux ne pourront pas être traitées par un seul Conseil interministériel
à l’Outre-mer. Aussi, convient-il de considérer ce premier Conseil
interministériel de l’histoire de notre République, que je viens de présider,
comme une étape et non comme une fin. Ce qui est important à mes yeux, au-delà
des mesures arrêtées, c’est que chaque membre du gouvernement se sente
directement concerné par les sujets ultramarins, qui ne doivent pas être
traités exclusivement par le ministère en charge de l’Outre-mer.
Toutefois, ce dernier doit avoir les moyens de fonctionner et un niveau de
reconnaissance conforme aux défis qui sont ceux de l’Outre-mer d’aujourd’hui.
C’est pourquoi je vous annonce que Marie-Luce PENCHARD, aujourd’hui Secrétaire
d’Etat, sera nommée, dès demain, « Ministre de l’Outre-mer auprès du
Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités locales ».
C’est une évolution institutionnelle souhaitable, mais c’est aussi la
reconnaissance personnelle de l’excellent travail de Marie-Luce au sein de ce
Gouvernement.
Les travaux des Etats Généraux ont mis en évidence ce que le mouvement social
avait justement exprimé : une concurrence parfois faussée et une cherté de
la vie souvent incompréhensible. Vous avez donc demandé un renforcement du
droit de la concurrence sur chacun de vos territoires.
En première réponse, j’ai décidé d’abaisser le seuil à partir duquel les
entreprises doivent signaler à l’Etat une opération de concentration. Les
monopoles de fait ne sont pas les mêmes en métropole et en Outre-mer, du fait
de l’étroitesse des marchés insulaires. Il nous faut prendre des mesures
énergiques permettant l’émergence de nouveaux acteurs Outre-mer, au profit des
consommateurs.
Mais on peut toujours prendre de nouvelles dispositions en faveur du
renforcement de la concurrence, si on ne met pas les services de l’Etat en
ordre de marche, on n’aura rien réglé. Nous allons donc créer un « GIR de
la concurrence », qui réunira dans une même équipe tous les services de
l’Etat qui ont à connaître de la situation des entreprises : douanes,
services fiscaux, direction de la concurrence et de la répression des fraudes,
direction des services vétérinaires et même, éventuellement, l’inspection du
travail. L’objectif est simple : renforcer notre capacité à identifier et
combattre les abus de position dominante. Le « GIR concurrence » ira
chez les fournisseurs, les grossistes et les distributeurs pour faire, si vous
me passez cette expression, la « vérité sur les prix ».
Mais je veux aller plus loin. Après la crise, les Observatoires des prix ont
fait la démonstration de leur utilité et de leur très grande maturité.
Désormais, ces Observatoires seront présidés par une personnalité indépendante.
Il convient de renforcer leur capacité d’action, c’est pourquoi je souhaite que
les Présidents des Observatoires des prix puissent saisir directement l’Autorité
de la concurrence, lorsque des écarts de prix significatifs sont constatés
entre la métropole et le territoire en question.
Lorsque les prix sont plus élevés en outre-mer qu’en métropole, le distributeur
doit être mis en situation de pouvoir l’expliquer et de donner au consommateur
des éléments pour qu’il se fasse une opinion éclairée. Ma politique en la
matière est simple, c’est que la transparence soit totale sur la formation des
prix.
Mais ne nous y trompons pas, il ne s’agit pas de diaboliser la réussite des
entreprises en outre-mer. Nous avons besoin, outre-mer comme ailleurs, de
grandes entreprises qui font travailler des centaines, voire des milliers de
personnes. Nous avons besoin de grandes entreprises qui participent au
rayonnement de leur territoire.
Vous avez aussi fait part, lors des Etats Généraux, de votre volonté de pouvoir
trouver en vous-mêmes les ressorts de votre propre développement économique.
Vous savez combien je tiens, moi aussi, à ce que l’Etat accompagne les outre-mer
dans cette démarche. Il s’agit, bien sûr, d’une préoccupation économique mais
aussi d’une question de fierté. Une volonté de prendre en main son propre
développement. L’Etat sera à vos côtés. Un « Commissaire au développement
endogène », nommé auprès de la Ministre de l’Outre-mer, aura la charge de
permettre, aux Antilles, la création d’un marché unique de plus de 800.000
habitants entre la Guadeloupe et la Martinique. Un autre Commissaire sera nommé
en Guyane pour travailler à l’ouverture de ce département vers ses voisins que
sont le Guyana, le Suriname et surtout le Brésil, porteur de tant d’espoirs de
développement économique. A la Réunion et à Mayotte, un Commissaire au
développement endogène pour l’Océan indien pourrait être chargé de développer les
relations commerciales entre la Réunion, Madagascar, Maurice, Mayotte et,
pourquoi pas, les pays limitrophes du canal du Mozambique en mettant en place
un système de garantie des investissements Français dans la zone.
Mais le développement endogène, c’est surtout l’affaire des entreprises, et
notamment des PME. Celles-ci sont soumises à des coûts de main d’œuvre plus
élevés qu’en métropole, à des surcoûts liés au fret, à la faiblesse de leur
marché intérieur. Etant soumises à des contraintes supérieures, elles doivent
faire l’objet d’un traitement spécifique. C’est pourquoi je veux leur proposer
un « Small business act » ultramarin, véritable plan de soutien
massif au développement des PME Outre-mer. Il sera notamment mis en place un
fond de garantie facilitant le financement de leur trésorerie, ainsi que la
défiscalisation à 50% de toutes les prises de participation dans le capital des
PME locales, sous réserve qu’il s’agisse de secteurs prévus dans la LODEOM. Par
ailleurs, l’Etat maintiendra, pour 5 années supplémentaires, l’avance de 20%
sur les marchés publics qu’il accorde, afin de permettre aux PME de bénéficier
d’une trésorerie plus confortable. Ce sont trois mesures qui sont aussi simples
qu’elles sont puissantes.
Au-delà de ces mesures, nous allons prévoir un dispositif spécifique de soutien
à l’industrie hôtelière, qui est essentielle pour l’économie des Outre-mer et
qui a payé au prix fort la dégradation de l’image de ces territoires, tout
particulièrement aux Antilles. Les hôteliers, déjà fragiles, ont été d’autant
plus affectés par la crise de février que celle-ci s’est déclenchée au milieu
de la haute saison. Que les choses soient claires : je veux que le
tourisme soit un secteur porteur pour les Outre-mer. Pour cela, l’hôtellerie
doit se restructurer, travailler sur son image, engager des dépenses de
communication, de formation des personnels, de réhabilitation des chambres que
personne ne pourra faire à sa place.
L’Etat, de son côté, prendra toute sa part pour soutenir le développement de ce
secteur. Tout d’abord, pour tenir compte des difficultés de court-terme aux
Antilles et pour permettre aux professionnels du secteur de sortir la tête de
l’eau, je vous annonce un moratoire sur les dettes sociales patronales pendant
un an, sans majorations, ni pénalités. Ce moratoire sera conditionné à la
signature avec les services compétents d’un plan d’apurement qui s’étalera sur
3 à 5 ans, et pourra prévoir des abandons de créance allant jusqu’à 50%. Il
s’agit d’un geste fort, qui ne sera ni renouvelé, ni étendu. Une fois la
trésorerie des hôteliers stabilisée, l’Etat va mettre en place des mesures plus
structurelles destinées à renforcer l’attractivité de la destination Antilles
et notamment des chèques vacances bonifiés dès lors qu’ils seront dépensés
Outre-mer.
Surtout, il faut poser la question de la desserte aérienne. Dans un souci de
rapidité opérationnelle, nous allons faciliter le transit depuis Orly. A cet
égard, je vous annonce la signature prochaine d’un contrat de destination entre
l’Etat et la compagnie Air Caraïbes qui va proposer, d’ici 2010, des vols pour
les Antilles au départ de Milan et de Genève, avec une escale à Orly. Ce sera
un premier test pour essayer de casser la très forte saisonnalité de la saison
touristique aux Antilles.
Mais l’effort à faire, il est en réalité sur Roissy. Roissy, c’est tout de même
le 2e aéroport d'Europe, avec ses 60 millions de voyageurs par an. Les grands
opérateurs du tourisme me disent qu’ils sont prêts à investir massivement aux
Antilles si les avions décollent de Roissy. Les transporteurs gardent en
mémoire les deux échecs de 1999 et de 2003. Chacun reste sur ses positions, et
ce d’autant plus que la conjoncture économique est loin d’être facile. Je
souhaite donc la constitution d’un groupe de travail de haut-niveau sur cette
question, présidé par le Ministre en charge des transports et associant les
responsables locaux, afin de dégager les conditions auxquelles une liaison
aérienne depuis Roissy pourra être mise en place en 2011.
Que les choses soient claires : l’Etat s’engage pour le tourisme mais, au
bout du compte, ce sont bien les hôteliers et les professionnels du tourisme
qui ont leur avenir en mains.
Le développement endogène, c’est aussi vous permettre de vivre de ce que vous
produisez, plutôt que d’importer des produits coûteux de la métropole ou
d’ailleurs. Ecoutez, il est quand même extraordinaire de voir que moins de 10%
des volailles consommées en Martinique sont produites sur place, alors même que
ce taux monte à 80% quand on s’intéresse à la consommation d’œufs ! Qui
peut comprendre que seuls 24% des fruits consommés aux Antilles soient issus de
la terre Antillaise, et qu’il faille même importer de la pulpe de fruits pour
reconstituer des jus et des confitures d’ananas ou de mangue ?
Nous allons donc lancer un grand plan en faveur de la diversification de
l’agriculture Outre-mer dont je voudrais livrer les trois principales mesures.
Tout d’abord, l’Etat va créer un Institut technique agricole sur chaque
territoire, qui sera chargé d’accompagner les agriculteurs qui souhaitent
s’engager dans la diversification. Celui-ci leur permettra de connaître les
dernières avancées dans le domaine qui les intéresse, de bénéficier des
meilleures techniques d’irrigation, des engrais les plus efficaces, des
sélections d’espèces les plus adaptées. Ensuite, l’Etat soutiendra
financièrement tous ceux qui s’engageront dans cette voie. C’est ainsi que
l’Etat va abonder, à hauteur de 40 millions d’euros par an, le POSEIDOM en
fléchant ces crédits supplémentaires sur la diversification animale et végétale
exclusivement. Enfin, je vais demander aux services de l’Etat de favoriser les
regroupements de producteurs, y compris, s’il le faut, en ne faisant bénéficier
de ce plan que les agriculteurs qui seront insérés dans une structure
permettant de constituer des filières organisées. La clef de la réussite de
l’agriculture Outre-mer, c’est l’organisation en filières puissantes, capables
de dialoguer d’égal à égal avec les distributeurs. La filière banane, exemplaire
en la matière, en sait quelque chose.
Enfin, il n’y aura pas de développement endogène si les rapports sociaux, et
notamment ceux du travail, ne sont pas apaisés. Et l’apaisement des relations,
ça commence par le fait de reconnaître la légitimité de son interlocuteur.
C’est pourquoi je vous indique que je vais saisir, dans les jours qui viennent,
les partenaires sociaux nationaux d’une demande de reconnaissance des syndicats
locaux qui font le plus de voix lors des élections professionnelles. C’est quand
même extraordinaire que les organisations majoritaires localement ne puissent
pas négocier des accords parce qu’elles sont considérées comme non
représentatives ! Vous savez, quand vous avez en face de vous quelqu’un
avec lequel vous n’êtes pas d’accord mais qui a été choisi par une majorité,
vous devez commencer par le reconnaître, c’est-à-dire le respecter. C’est la
première condition d’un vrai dialogue.
Par ailleurs, l’une des caractéristiques de l’Outre-mer, c’est la prédominance
des toutes petites entreprises. Dans ces entreprises, les négociations du
travail, elles s’arrêtent bien souvent à la discussion du salaire. Il faut que
soit créée une instance qui permettre aux représentants des salariés d’évoquer
tous les sujets du dialogue social et des conditions de travail à un niveau
départemental. Ce sera désormais le rôle du « Comité du travail et des
relations du travail », qui sera présidé par le Préfet, garant de
l’impartialité des échanges en tant que représentant de l’Etat.
Un autre point qui a été soulevé pendant les Etats généraux, et qui n’est
d’ailleurs pas sans lien avec la question du développement endogène, c’est la
difficulté des Outre-mer à s’insérer dans un environnement régional pourtant
porteur de fortes potentialités.
Il est quand même étonnant de constater que, pour entrer en Polynésie Française
quand on habite sur l’un des multiples Etats insulaires qui l’entourent, il
faut demander un visa de court séjour au Consulat de France, quand il y en a
un. Je rappelle que la Polynésie est à 4.000 km d’Auckland, et à 6.000 km de
Los Angeles ou de Sydney. De quoi a-t-on peur ? Le risque d’immigration
illégale massive est tout de même, vous en conviendrez, assez réduit lorsque sa
frontière la plus proche se trouve à 4.000 km !
Je vous annonce donc que, dès le 1er décembre de cette année, nous allons
assouplir considérablement le régime de 130 visas, afin de faciliter la
circulation des personnes à l’intérieur des zones géographiques concernées. Le
secteur du tourisme pourra ainsi en bénéficier dès la haute saison de cette
année.
Au-delà de ces mesures techniques – mais qui ont leur importance –, je voudrais
que les relations rénovées entre la métropole et ses Outre-mer s’incarnent dans
une nouvelle approche de notre politique étrangère régionale. Qui peut dénier
aux collectivités locales une connaissance toute particulière de leur
environnement direct ? Quel diplomate peut aller expliquer aux
Polynésiens, aux Réunionnais, aux Antillais ou aux Guyanais la manière dont ses
voisins conçoivent leurs rapports dans la zone sans même écouter ce que les
principaux intéressés ont à en dire ? Les rapports de défiance entre la
métropole et l’Outre-mer, au prétexte que la diplomatie serait un sujet trop
sérieux pour qu’on en discute avec ceux qui la vivent au quotidien, c’est
terminé. Je veux désormais que nous établissions des rapports de confiance.
C’est pourquoi je souhaite donner la possibilité aux collectivités régionales
de participer aux négociations internationales qui les concernent, et même de représenter
la France, sous mandat, dans les organismes de coopération régionale de leur
zone géographique.
Je vous annonce aussi que la représentation permanente de la France à Bruxelles
va se doter d’un pôle en charge de l’Outre-mer, afin de servir de relai à ces
territoires auprès d’institutions européennes souvent difficiles d’accès
autrement. Nous devons changer les règles, les adapter aux réalités du terrain.
Rendez-vous compte : la Guyane, c’est 700 kilomètres de frontière commune
avec le géant de demain qu’est le Brésil. Pour autant, on a constamment forcé
la Guyane à tourner le dos à l’Amérique latine. Imaginez que si les Guyanais
souhaitent manger de la viande de bœuf brésilienne - qui est excellente, ils ne
peuvent pas l’acheter directement au Brésil, mais doivent passer par Rungis,
dans le Val-de-Marne ! L’administration a des charmes qui ne lasseront
jamais de surprendre…
Je vous annonce donc que nous allons nous engager dans la construction d’un
« marché commun du plateau des Guyanes », qui permettra la mise en
place de liens commerciaux aussi étroits que possible avec le Guyana, le
Suriname et, bien entendu, le Brésil. Nous construisons actuellement un pont
sur l’Oyapock entre la Guyane et le Brésil. A un moment, il ne faut pas avoir
peur de la cohérence…
Au fond, ce qui était au cœur du mouvement social de 2009, c’était une
aspiration à davantage d’égalité des chances et à un investissement plus
profond de l’Etat dans cette recherche d’égalité. C’est du moins ce qui est
ressorti très nettement de vos travaux.
Plus d’égalité des chances, c’est d’abord avoir un Etat local qui ressemble
davantage à la diversité du territoire dont il a la charge. Ne nous voilons pas
la face : la situation s’est nettement dégradée, et quiconque a déjà
assisté à une réunion en Préfecture Outre-mer ne peut qu’être frappé par la
réalité qui s’offre à son regard. Pour tout dire, on n’est pas très loin de la
caricature. Il faut donc prendre des mesures résolues pour inverser la
tendance. A l’heure de prendre des décisions, il n’est peut-être pas incongru
d’avoir, dans son entourage, des personnels de haut niveau qui vivent depuis
longtemps sur le territoire en question…
C’est pourquoi j’ai décidé d’assouplir considérablement certaines dispositions
statutaires de la fonction publique, pour les emplois dits de catégorie B et C.
Il faut que ces emplois d’exécution ou d’encadrement intermédiaire soient
exercés par des Ultramarins vivant sur place, la sacro-sainte règle de la
mobilité administrative n’ayant pas vraiment de sens quand sa mobilité, on va
la faire à plusieurs milliers de kilomètres de sa famille.
C’est un premier pas, mais ce n’est pas suffisant : je ne vois pas
pourquoi des Ultramarins de catégorie A ne sont pas affectés en plus grand
nombre à des postes à responsabilité Outre-mer. Je vous annonce donc la
constitution d’un « vivier de talents ultramarins », qui sera
interministériel et aura pour vocation de proposer, à chaque fois qu’un poste
Outre-mer sera vacant, au moins un candidat ultramarin s’il en a les compétences.
Que les choses soient claires, il ne s’agit pas de faire passer, à toute force,
les Ultramarins devant les autres. Il s’agit simplement, à compétence égale, de
favoriser l’affectation des Ultramarins en Outre-mer. Je vous propose de
retenir cette disposition pour deux ans. Au bout de deux ans, nous ferons un
bilan de son application et verrons comment a évolué l’Etat local. Afin de
s’assurer de la bonne volonté de tous les ministères, le contreseing
systématique de la Ministre en charge de l’Outre-mer sera exigé pour tous les
postes de chefs de service de l’Etat local. Celle-ci pourra alors, en
conscience, accepter ou refuser des nominations qui lui semblent conformes ou
non à cette ligne directrice.
Plus d’égalité des chances, c’est aussi s’assurer que tout le monde, adultes
comme enfants, maîtrise les savoirs fondamentaux, et notamment l’écriture et la
lecture. Je veux que, dans 5 ans, l’écart entre l’Outre-mer et la métropole en
matière d’illettrisme soit réduit au moins de moitié. Il est intolérable, pour
un responsable politique, de voir que tant de femmes et d’hommes ne maîtrisent
pas la lecture et l’écriture sans que personne, au fond, ne mette des moyens à
la hauteur des enjeux. L’Etat prendra ses responsabilités, et vous proposera un
plan de lutte contre l’illettrisme extrêmement ambitieux, avec des objectifs
très volontaristes. Par exemple, nous allons scolariser dès trois ans et de
manière obligatoire tous les enfants qui ne vivent pas en milieu francophone.
Nous allons également renforcer la lutte contre le décrochage scolaire par un
suivi renforcé des élèves : c’est un crime contre l’avenir que de laisser
nos jeunes s’enfoncer ainsi dans l’absentéisme. En liaison avec tous les
partenaires étatiques et locaux, il sera également défini, dès 2010, un plan de
lutte contre l’illettrisme des adultes, qui est une urgence et doit être
considéré comme une priorité. Pour m’assurer du suivi de toutes ces mesures
essentielles, je vous annonce la nomination de « sous-préfets à la
cohésion sociale et à la jeunesse », dont la tâche principale pour les
mois qui vienne sera de rendre effectives ces mesures sur le territoire. Si une
telle situation prévalait en métropole, on aurait réagi depuis longtemps. Je
n’accepte plus cette pratique de « deux poids, deux mesures » entre
la métropole et l’Outre-mer. Pour moi, je ne vois qu’un seul pays, la France.
Je sais aussi que certaines collectivités, je pense à Mayotte et à la Guyane,
connaissent des taux de natalité très élevés et sont soumis à de puissantes pressions
migratoires. Dans le même temps, notre République, qui confond parfois égalité
avec uniformité, demande aux collectivités locales sur place de faire le même
effort que si elles étaient situées en métropole. Le résultat, c’est que les
sommes consacrées par les collectivités à la construction des établissements
scolaires représentent une part écrasante de leur budget. Il faut, sur ce point
comme sur tant d’autres, sortir des idéologies et considérer qu’à situation
extraordinaire doivent correspondre des dispositions exceptionnelles. C’est
pourquoi je propose que soit renforcée à Mayotte et créée en Guyane, une
dotation spéciale d’équipement scolaire pour les écoles et les collèges, afin
de mieux répartir la charge financière des constructions de ces équipements
entre les collectivités locales, dont c’est la compétence, et l’Etat, qui a la
solidarité comme devoir.
Plus d’égalité des chances, c’est encore investir dans l’avenir et dans
l’intelligence par la création d’une Université à rayonnement international
dans chaque zone géographique, pour que l’excellence se conjugue aussi en
Outre-mer. Nos territoires sont des morceaux de France qui exercent une
influence régionale, chacun dans son bassin. Il faut que ceux-ci deviennent des
vitrines de la France dans ce qu’elle a de meilleur, et notamment son système
d’enseignement supérieur. C’est pourquoi je souhaite la création d’un cursus
complet d’études de médecine aux Antilles, ainsi que d’une unité de formation
et de recherche à la Réunion, première étape vers la création d’un CHU.
Je m’efforce de regarder les choses lucidement. Les outre-mer, dans leur
ensemble, souffrent d’un problème de démographie médicale. Dans le même temps,
nos universités de médecine font partie des meilleures du monde. Avoir un pôle
d’attractivité universitaire aux Antilles et à la Réunion, cela va permettre à
la France de former de nombreux médecins issus des pays alentours. Certains se
fixeront sur place, et on n’aura plus de problème de démographie médicale,
c’est le premier point. La France sera de nouveau une puissance attractive dans
la zone, c’est le deuxième point. Ces universités d’un nouveau genre seront
parmi les plus performantes du pays, puisqu’elles bénéficieront d’enseignements
de qualité en utilisant les moyens les plus modernes de communication, et de la
présence des meilleurs spécialistes. Les médecins des Antilles et de la Réunion
seront parmi les mieux formés du pays, c’est le troisième point. Après, on peut
me dire que c’est compliqué, c’est vrai. Mais si ça marche, quelle réussite,
quelle fierté pour notre Université, nos médecins, nos collectivités et, plus
largement, pour la France !
Plus d’égalité des chances, c’est enfin s’assurer de tout faire pour permettre
de débloquer la situation du logement social. Les retards pris sont
inacceptables. En plus d’un plan de lutte pour la résorption de l’habitat
insalubre, je souhaite que l’Etat cède à titre gratuit ses terrains, à chaque
fois que ce sera possible, pour y construire des logements sociaux. C’est
simple, cela diminuera d’autant le prix du projet et permettra de livrer des
produits qui seront à la fois moins chers et de meilleure qualité. Pour les
terrains privés, je souhaite que les opérateurs du logement social puissent, le
cas échéant, se substituer aux communes dans le cofinancement des acquisitions
foncières. Trop de projets sont bloqués faute de financements par des
collectivités locales en difficulté budgétaire. Il faut maintenant passer à la
vitesse supérieure et imaginer de nouvelles solutions.
Pendant vos travaux, vous avez demandé davantage de responsabilités locales et,
en même temps, un Etat qui joue pleinement son rôle d’autorité et de
régulation.
Pour cela, il faut un Etat local qui soit à la fois plus réactif et plus
efficace dans son action de proximité Outre-mer. Il est tout de même
incompréhensible que, par des procédures complexes et souvent inutiles, le
représentant de l’Etat sur place doive faire remonter à Paris le moindre
changement d’affectation d’un euro d’une ligne budgétaire à une autre. Il est
temps de retrouver un peu de bon sens. C’est pourquoi je souhaite que,
désormais, une large part des crédits d’intervention du Préfet soit fongible,
c’est-à-dire libres d’affectation. C’est le représentant de l’Etat sur place
qui décidera, en fonction des besoins exprimés par la population et ses
représentants, s’il peut réduire un peu ses interventions sur le logement pour
les augmenter sur la construction des écoles, ou inversement. Il aura à rendre
compte de l’utilisation de ces sommes a posteriori. Après tout, à plus de
liberté laissée aux collectivités d’Outre-mer, il n’est pas incohérent que
réponde une plus grande réactivité de l’Etat local.
J’entends bien, toutefois, ceux que la plus grande liberté laissée aux
collectivités locales inquiète. Il remonte cela aussi des Etats généraux,
pourquoi se le cacher ? Il faut bien reconnaître que, parfois, les
blocages politiques rendent la vie de nos concitoyens ultramarins impossible,
pour des raisons difficilement compréhensibles. Ainsi, dans le domaine de la
gestion des déchets sur certains territoires par exemple. Cela a conduit la
France à être mise en difficulté devant l’Union Européenne pour non respect des
directives communautaires. Il faut que l’Etat puisse se substituer aux
collectivités locales défaillantes dans un certain nombre de cas bien précis.
Ce pouvoir de substitution, qui existe déjà en matière budgétaire, sera très
encadré notamment avec des procédures d’alerte de la collectivité. Mais si
personne ne se décide à agir, l’Etat prendra, en conscience, ses
responsabilités. Cela pourra être le cas, par exemple, en matière de santé
publique ou d’environnement.
Sur le plan de l’environnement d’ailleurs, il est tout simplement
incompréhensible que le potentiel fantastique de nos Outre-mer ne soit pas
davantage mobilisé, notamment au service de la production énergétique. Nous
avons des îles qui, aux Antilles ou à la Réunion, sont formées autour de
volcans. Peut-être pourrait-on imaginer d’y développer davantage la
géothermie ? On me dit que, aux Antilles, par exemple, l’exploitation
optimale de la géothermie permettrait de couvrir la quasi-totalité des besoins
en électricité. Pourquoi ne le fait-on pas ? Je demande donc au Bureau de
Recherche Géologiques et Minières, le BRGM, de procéder à des forages Outre-mer
en 2010 afin d’établir une cartographie précise des sites qui pourraient
accueillir de la géothermie. Une fois cette cartographie réalisée, l’Etat
accompagnera cette production d’énergies propres en mobilisant ses ressources,
notamment via l’ADEME.
Je souhaite vraiment que l’Outre-mer soit la vitrine de l’excellence Française
en matière environnementale. C’est déjà le cas avec le projet GERRI à la
Réunion. Mais il faut aller plus loin, et tâcher de marier le développement
économique avec la gestion durable de notre planète. A chaque fois que vous
voudrez vous engager dans cette voie, l’Etat sera à vos côtés. A titre
d’incitation, j’annonce que l’Etat va augmenter de 20% les tarifs de rachat des
énergies propres Outre-mer, qu’il s’agisse de géothermie, de biomasse,
d’énergie marine ou solaire. La clef de l’avenir pour les Outre-mer, c’est la
gestion sur le long terme de ses ressources naturelles, la préservation de sa
biodiversité et la mise en valeur des ressources fantastiques qui lui ont été
données par la nature.
Mes chers compatriotes, la crise que nous avons traversée nous a obligés à
repenser la relation entre l’outre-mer et la métropole. Nous avons beaucoup
travaillé ensemble et nous avons réussi à dégager une feuille de route claire.
Le chemin que nous empruntons n’est pas celui de la facilité. Il nous faut
maintenant faire partager notre vision commune à l’ensemble de nos
compatriotes. Car, au fond, ce qui est en jeu, c’est aussi la représentation
que chacun a de l’autre.
Il faut que le regard de la métropole sur l’Outre-mer change, et
réciproquement. C’est pourquoi j’ai décidé de créer, en 2011, une année de
l’Outre-mer qui sera l’occasion de faire la promotion, en métropole, de la
richesse des cultures d’Outre-mer, de tous les Outre-mer. Pour que le regard de
la métropole change, France Ô sera aussi diffusée, dès 2010, sur tout le
territoire.
Voilà, mes chers compatriotes, les principales annonces que je voulais vous
faire personnellement, après ce temps d’échange des Etats généraux. Le Conseil
interministériel a, bien entendu, arrêté beaucoup d’autres mesures importantes,
propres à chaque territoire.
Dès demain, les comités locaux des états généraux seront transformés en
« Comités de suivi des engagements du Conseil interministériel à
l’Outre-mer », qui viendront, par leurs réflexions et leurs propositions,
alimenter d’autres Conseils interministériels à venir.
J’espère vous avoir apporté aujourd’hui, avec le Gouvernement, la démonstration
que tout n’était pas « joué d’avance », comme certains le
prétendaient.
Ce premier Conseil interministériel n’avait pas pour ambition de régler tous
les problèmes de l’Outre-mer, ni même de répondre à toutes les préoccupations
qui sont remontées des Etats généraux. Mais, enfin, je crois pouvoir dire, pour
reprendre le mot célèbre de Félix Eboué, que nous avons « joué le
jeu ». Nous avons beaucoup travaillé, sans tabou. Quand je dis
« nous », je pense à tous ceux qui ont participé à cette démarche
collective. Nous avons remis en cause des intérêts acquis et des habitudes
solidement ancrées. Nous l’avons fait au service d’un projet, au service d’une
vision : celle d’une France qui rayonne dans le monde, d’une France dans
laquelle chacun trouve sa place dans le respect de son identité.
Mes chers amis, Aimé CESAIRE écrivait, en 1941, que « Les hommes de bonne
volonté feront au monde une lumière nouvelle ». J’espère que chacun
d’entre vous, après ce Conseil interministériel historique, verra briller sur
son territoire une lumière nouvelle.
Je vous remercie.
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