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L’aumônier, un «
témoin d’humanité » auprès des troupes
Dans une institution qui
doit maîtriser la force, ce rôle est aussi indispensable que la fonction
cultuelle
Une croix, entourée de deux rameaux d’olivier est cousue sur les épaulettes de
son uniforme. Aumônier en chef pour l’armée de terre, le P. Blaise Rebotier, 43
ans, connaît bien l’institution militaire : engagé juste après son
baccalauréat, il a été sous-officier avant de devenir prêtre. La question de la
conciliation du message évangélique («Aimez-vous les uns les autres ») avec le
métier des armes s’est donc posée tôt pour lui. Et, comme ses collègues dont il
coordonne les missions depuis son bureau de la caserne Reuilly-Diderot à Paris,
il répond sans hésiter que « c’est facile ».
Pourtant, dans la société civile, des chrétiens s’interrogent sur la raison
d’être des aumôniers militaires et ne l’acceptent pas toujours, alors que les
paroisses manquent de curés. Le P. Benoît Galvan, 38 ans, affecté aux
bataillons de chasseurs alpins d’Annecy et Chamonix, affiche également une
certitude sereine : « Ceux qui ne connaissent pas l’armée peuvent trouver
curieux que des religieux y soient présents. Mais le paradoxe entre l’éthique
chrétienne et le rôle du militaire est plus apparent que réel. »
«Idéal de service, don de soi, esprit de sacrifice»
Quant au P. Emmanuel Gracia, 34 ans, placé
auprès de plusieurs unités d’Ille-et-Vilaine, il estime pour sa part que, pour
bien comprendre la légitimité de la fonction pastorale au sein de forces aptes
à faire la guerre en cas de besoin, il ne faut pas perdre de vue que « notre
monde est imparfait ».
« Les militaires ont fait un choix réfléchi. Ils ne sont pas entrés dans cette
profession avec le souci obsessionnel d’en découdre avec un ennemi. Ils ont
aussi droit à une assistance spirituelle et morale et besoin de confier leurs
problèmes », insiste Élisabeth Creton, laïque qui a une longue expérience de
l’aumônerie militaire.
Actuellement en mission en Afghanistan, le « Padre » (1) Dominique Thépaut va
plus loin en notant que le soldat est mû, dans son métier, par « un idéal de
service, un don de soi et un esprit de sacrifice remarquables. »
«Ne pas dénier à l’adversaire son humanité»
À l’instar du P. Rebotier, le P. Lucien
Laguesse, 61 ans, en exercice à l’École nationale des sous- officiers d’active
de Saint-Maixent (Deux-Sèvres) après avoir été aumônier de prison, souligne que
le militaire a vocation de « sauver la vie des autres, celle de la veuve et de
l’orphelin », de « chasser la peur et rétablir les conditions d’un retour à la
paix ». Les deux prêtres, qui ont participé dans le passé à plusieurs
opérations à l’étranger (Balkans, Afrique), s’agaceraient presque d’avoir à le
préciser : pour eux tout homme a droit à la parole du Christ.
Témoin de Dieu, l’aumônier militaire doit être par ailleurs « un témoin
d’humanité », comme cela est attendu des prêtres en général. À écouter le P.
Rebotier et ses confrères, cette fonction est indispensable au sein des forces
armées. Même si elle se partage avec tout commandement digne de ce nom. «
L’armée d’aujourd’hui a pour mission de mettre fin à la violence par une
volonté ferme et par une force maîtrisée, constate-t-il. Dans l’usage de cette
force, il ne faut pas laisser la haine gagner. Cela implique de ne pas dénier à
l’adversaire son humanité. Au cœur de l’action militaire, l’aumônier participe
à cette nécessaire humanisation. »
Le souci d’apaiser et d’humaniser
Par tradition, l’aumônier militaire n’est pas
armé, participe à « la chaîne du moral » des unités et, dans l’épreuve du feu,
apporte assistance au côté des équipes de santé (2). Avec une évolution plus
marquée, ces dernières décennies, de l’armée française vers le statut de force
d’interposition et dans un contexte de déchristianisation qui touche aussi ses
personnels, les prêtres en treillis sont toutefois amenés à élargir leur
palette d’interventions.
Désormais, la fonction cultuelle (messes, préparations aux baptêmes et
mariages, etc.) est pour eux nettement moins dévoreuse de temps que leur «
présence informelle » parmi la troupe dans un esprit d’écoute et de dialogue.
C’est ce que le P. Rebotier appelle un « compagnonnage qui tend à prendre en
compte le vécu intime et à amener du sens ». Sans prosélytisme, laïcité oblige.
Le P. Laguesse évoque, pour sa part, une vocation d’« aide à l’accouchement de
la parole » qui contribue à « bloquer la violence » et à « redonner confiance
comme une boussole ».
Cette disponibilité se manifeste plus particulièrement après la mort de soldats
tombés au champ d’honneur. L’aumônier est, alors, très sollicité – quel que
soit le niveau de conviction et de pratique – pour apporter un message. Il le
fait dans le souci d’apaiser et d’humaniser. En essayant, encore et toujours,
de convaincre qu’« il ne faut pas ajouter de la haine à la douleur ».
Antoine FOUCHET
(1) Surnom de l’aumônier dans l’armée de terre et de l’air. Dans la marine
nationale, c’est « boüt ».
(2) Un rôle bien décrit dans Michel Trinquand, aumônier militaire 1915-2009,
publié dans la série « Militaire et chrétien » par le Diocèse aux armées
françaises.
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