![]() |
![]() |
|
|
Réduisons le nombre de naissances, recommande l'ONU![]() François Cardinal Voilà la
conclusion controversée de l'État de la population mondiale 2009,
vaste rapport du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) dévoilée
mercredi à Londres. Sans aller jusqu'à prôner un contrôle des naissances comme
tel, l'organisation onusienne recommande tout de même à ses États membres de
travailler à réduire la fécondité de leurs populations dans le but de diminuer
leurs émissions. «La voie à
suivre pour rendre les chiffres de la population humaine conciliables avec un
climat viable à long terme, écrit-on, réside dans la suppression des obstacles
à l'utilisation de la planification familiale.» On saisit bien
le caractère délicat de cette conclusion en parcourant le document d'une
soixantaine de pages. Les auteurs avancent à petits pas, prenant bien soin
d'expliquer dans le menu détail le contexte dans lequel leur prise de position
s'inscrit. On fait bien
valoir qu'il ne s'agit pas de réglementer le nombre de naissances car, comme le
rappelait le Groupe d'experts intergouvernemental sur les changements
climatiques (GIEC) en 1997, «l'ampleur et la légitimité du contrôle de la
population (fait) l'objet d'un débat encore non réglé». Mais cela n'est
pas une raison d'esquiver le débat, ajoute-t-on. Car «chaque naissance entraîne
non seulement les émissions imputables à ce nouvel être durant tout le cours de
sa vie, mais aussi les émissions produites par tous ses descendants.» Cela est encore
plus vrai dans un contexte où les pays émergents sont en passe de devenir les
plus importants émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, la Chine ayant
tout récemment devancé les États-Unis comme premier pollueur mondial. Voilà pourquoi
l'ONU choisit aujourd'hui de prendre le taureau démographique par les cornes,
ce qu'elle a refusé de faire à ce jour, de son propre aveu. «La crainte de
paraître favorable à une régulation de la démographie a jusqu'à une date
récente fait éviter toute mention de la "population" dans le débat
sur le climat», reconnaît-on. Mettant donc de
côté le political correctness, l'UNFPA suggère vivement à la
communauté internationale de prendre en considération l'augmentation de la
population mondiale lors des négociations qui s'amorceront dans une quinzaine
de jours dans le cadre de la Conférence de Copenhague sur le climat. L'organe des
Nations Unies n'est d'ailleurs pas seul, car l'Union européenne a déposé une
proposition en ce sens, récemment, faisant valoir l'importance de prendre en
considération les tendances démographiques au moment de fixer les prochaines
cibles de réduction de gaz à effet de serre post-2012. Et ce, autant
pour les pays en développement que pour les pays riches. Car fait peu connu,
précise l'UNFPA, les taux de «grossesses non recherchées» sont plus élevés dans
les pays industrialisés comme le Canada et les États-Unis (41% en moyenne) que
dans les pays en développement (35% environ). Mais
concrètement, si on ne souhaite pas que les gouvernements fixent des cibles
concernant les niveaux de fécondité, comment agir? Le bras démographique des
Nations Unies croit que la seule façon éthique d'agir est de promulguer des
politiques permettant aux femmes et à leurs partenaires de décider par
eux-mêmes s'ils veulent avoir des enfants et en leur donnant accès à des
contraceptifs. On fait
d'ailleurs valoir que chaque dollar investi dans la planification familiale
volontaire permet une réduction au moins aussi importante de gaz à effet de
serre, sinon plus grande encore, qu'un dollar déboursé dans l'énergie éolienne. Le Monde
rappelait aujourd'hui que le financement international de la planification
familiale a été réduit de moitié en 12 ans, passant de 723 millions de dollars
en 1995 à 338 millions de dollars en 2007, en raison notamment du désengagement
des États-Unis, qui craignaient que leur argent finance des programmes proavortement. Or si rien
n'est fait, clame l'UNFPA, la population mondiale pourrait passer de 6,7
milliards à 10,5 milliards en 2050, une situation qui ne ferait qu'aggraver le
réchauffement planétaire. |
|