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Des Africains ont eu leur part dans la traite des Noirs
Au Nigeria, un collectif d’ONG, le Congrès des droits
civiques, demande aux chefs coutumiers du pays le plus peuplé d’Afrique de
s’excuser au nom de leurs ancêtres d’avoir aidé à la déportation de milliers
d’esclaves noirs
C’est une première en Afrique noire. Du jamais entendu. Au Nigeria, pays le
plus peuplé du continent noir, avec plus de 140 millions d’habitants, un
collectif de plusieurs dizaines d’organisations de défense des droits de
l’homme, le Congrès des droits civiques (CRC), a demandé aux « chefs
traditionnels africains nigérians de s’excuser pour le rôle que leurs ancêtres
ont joué dans la traite des esclaves ».
« Nous ne pouvons pas continuer à accuser les hommes blancs alors que les Africains,
en particulier les chefs traditionnels, ne sont pas irréprochables », dit-il
dans un courrier. Les organisations relèvent le fait que le Sénat américain a
présenté en juin dernier des excuses pour « l’inhumanité, la cruauté,
l’injustice fondamentale de l’esclavage ». Aux Africains de faire de même.
Très précis sur les accusations, le CRC a rappelé que les chefs traditionnels
ont « participé à la traite des esclaves en aidant systématiquement à mener des
raids et des enlèvements dans des communautés sans défense, puis à les livrer à
des Européens, Américains et autres ».
Au Nigeria, la ville côtière de Badagri, comme celle de Ouidah au Bénin
(l’ex-Dahomey) ou encore Loango en Angola, ont servi de points de départ pour
le voyage à fond de cale de millions d’esclaves vers l’Europe, les États-Unis
et les Caraïbes.
Une démarche non exempte
d’arrière-pensées politiques
La participation de chefs africains à la
traite de leurs propres frères noirs a toujours été une réalité gênante, même
pour les historiens occidentaux. D’autant qu’il y a peu d’écrits en Afrique,
continent de la tradition orale.
Reste que cette démarche n’est pas exempte d’arrière-pensées politiques. Dans
l’Afrique noire du XXIe siècle, les pouvoirs en place apprécient peu le poids
des chefs traditionnels, omniprésents dans les villages, jugeant qu’ils sont un
frein au développement et à la modernité.
Au Nigeria, comme dans la majorité des pays africains, les chefs traditionnels
ne sont pas reconnus par les Constitutions. Ils demandent aujourd’hui à l’être
au Nigeria. D’où la proposition étonnante du collectif d’ONG : excuses contre
reconnaissance constitutionnelle.
L’Afrique a en effet connu des chefs traditionnels qui firent commerce
d’hommes, ceux que l’on appelait au Bénin les « rois-traîtres », tel Guezo, au
visage marqué par la petite vérole, qui fit durant un règne de quarante ans au
XIXe siècle de la traite à grande échelle. Il y était aidé par son plus proche
ami et conseiller Francisco Felix de Souza, Brésilien d’origine portugaise.
« L’Afrique noire a été un acteur à part entière de
la traite »
Guezo aurait ainsi participé à la déportation de
centaines de milliers, voire un million de ses frères noirs, en grande partie
vers le Brésil, en échange d’armes, de tabac, d’alcool, de tissu, surtout de la
soie et du velours.
Selon l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau (1), « sans minimiser la responsabilité
occidentale – ce serait absurde car la demande fait aussi l’offre –, l’Afrique
noire a été un acteur à part entière de la traite ».
Les captifs africains ont été ainsi emmenés par d’autres Africains et vendus à
des Européens ou à des Arabes. Bon nombre d’entre eux étaient déjà esclaves
dans leur communauté, souvent razziés après des combats. La traite
intra-africaine aurait concerné près de 14 millions de personnes, contre 17
millions pour celle faite par les Arabes et 11 millions pour celle concernant
les Européens.
Julia FICATIER
(1) Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Gallimard, 2004.
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