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France : Percées Evangéliques
Le protestantisme français fait sa mue. Il est resté
longtemps identifié à la Haute Société Protestante (HSP) parisienne, aux grands noms
de familles huguenotes, à des bastions régionaux comme l’Alsace ou les
Cévennes, à une religion puritaine, austère et discrète qui se transmettait de
génération en génération. Il va falloir réviser ces images jaunies. Le
protestantisme français progresse de manière spectaculaire dans les banlieues. Il
valorise moins l’héritage de foi que la conversion, c’est-à-dire le libre choix
individuel. On n’est plus protestant de père en fils, par tradition familiale,
on le devient. Enfin, ce néo-protestantisme privilégie les réseaux
souples et fluides plus que les grandes institutions ecclésiastiques.
Les protestants -1,3 million, soit 3% de la population française –
se veulent, sinon moins sages, plus visibles dans la société. A partir du 30
octobre et pendant tout le week-end de la Toussaint à Strasbourg, ils organisaient un
rassemblement auquel dix mille personnes étaient attendues, à l’image
de l’annuel «Kirchentag» allemand (la Journée des Eglises protestantes). Culte
et culture, débats et concerts ont rythmé le week-end de
Toussaint qui a vu pour la première fois se réunir
les deux pôles du protestantisme français, l’un inspiré de
l’ancienne tradition luthérienne et calviniste (réformée) et l’autre du courant
évangélique en pleine progression.
Voir Info Fepef du 31/10 :
Car la France est à son tour gagnée par le raz-de-marée
évangélique. On compte entre 450.000 à 500.000 le nombre de fidèles touchés par
de nouvelles Eglises évangéliques indépendantes ou d’autres, plus
anciennes, affiliées à la Fédération protestante de France, qui font de la
conversion l’acte majeur de leur vie et de la lecture de la Bible l’un de leurs
gestes les plus quotidiens. Les évangéliques n’étaient que 50.000 après-guerre,
soit dix fois moins. Les deux tiers des protestants pratiquants sont
désormais des évangéliques. Ils croissent dans les grandes villes et
les banlieues et ce sont eux qui, à présent, donnent le ton au
protestantisme français.
On les appelle Charisma Eglise Chrétienne, Paris Centre Chrétien,
Rencontre Espérance, etc… Ces communautés évangéliques indépendantes offrent, à
Paris ou dans la région parisienne, des lieux de culte qui rivalisent en
affluence, chaque dimanche, avec les plus grandes paroisses catholiques ou
réformées de la capitale. Charisma,
du pasteur Nono Pedro, est né à Saint-Denis et rassemble 6.000 fidèles qui se
répartissent entre les cinq cultes du week-end. Les chiffres sont voisins à Paris Centre
Chrétien, une autre Eglise fondée à la Courneuse en 1985 par un pasteur
d’origine indienne, Selvaraj Rajiah, encore animée par lui et sa femme
Dorothée. A la marge du paysage institutionnel protestant, ces nouvelles
Eglises charismatiques touchent la plupart des communautés de migrants et
croissent avec elles. Chacune a son site Internet.
Ce sont des communautés où prospèrent les missionnaires, prophètes
ou guérisseurs africains ou antillais. Où le culte est festif, convivial,
exubérant. Aux prédications succèdent les séances de guérisons.
On y chante des hymnes et des louanges, on prie, on danse. Le
prosélytisme y est actif. Ces Eglises ont suivi les grands courants
d’immigration venus d’Afrique et d’Asie. Paris compte des Tamouls aussi
bien que des Brésiliens évangéliques. Des communautés évangéliques chinoises
sont désormais plus nombreuses que les communautés protestantes
traditionnelles. Si les Africains et Antillais sont les mieux représentés, on
ne saurait sous-estimer le poids des Eglises évangéliques laotiennes,
vietnamiennes, coréennes, etc… Implantée en France, l’Eglise évangélique
coréenne, dite «de toutes les nations», envoie déjà des missionnaires francophones au Burkina Faso.
Leur succès tient à l’accueil offert à des
communautés de personnes déracinées, à qui sont proposées des réunions de
prière, d’évangélisation, de formation biblique, de missions. Ces nouvelles
Eglises répondent à des besoins de consolation, de convivialité, de
guérison. Aux obligations de culte, se superposent
diverses formes de prise en charge des individus: cours d’alphabétisation, aide
à la recherche de travail ou de papiers, «théologie de la prospérité»
qui relie le succès social individuel à la forte croyance en Dieu. «Le
succès de ces Eglises évangéliques est l’un des marqueurs de la difficulté de
la France à intégrer ses immigrés», dit Sébastien
Fath, chercheur au CNRS, sociologue spécialiste de ces nouveaux réseaux, auteur
de Du ghetto au réseau, le
protestantisme évangélique en France. Éd. Labor et Fides, 2005.
Leur croissance s’explique par cette forte dimension
communautaire, mais aussi par le dynamisme de leurs réseaux
missionnaires. Charisma propose des campagnes d’évangélisation dans
Paris sous le nom martial d’«Opération invasion». Elle s’explique
aussi par le charisme propre au «pasteur» autoproclamé qui est à la fois
animateur de communauté, prédicateur, exorciste, thérapeute, par les liturgies
chaleureuses sans commune mesure avec l’austérité des célébrations catholiques
ou protestantes traditionnelles. La lecture de la Bible y est
plutôt fondamentaliste. La vision de la société y est fondée sur des
valeurs familiales ou sexuelles très conservatrices. La vision
du monde est binaire : elle comprend, d’un côté, les purs ou les
forces du bien et, de l’autre, les corrompus ou les forces du mal. « C’est
une spiritualité très marquée par la culture vidéo, observe Sébastien
Fath. Paris et la banlieue sont divisées en territoires à évangéliser selon
qu’ils appartiennent à Dieu ou à Satan et où se livre une vraie
guerre spirituelle».
Ces nouvelles Eglises d’immigration auraient déjà rallié en
quelques années plus de 50.000 fidèles. Elles progressent désormais plus vite
que les évangéliques d’implantation plus ancienne, comme les Assemblées de
Dieu (200.000 personnes), appartenant au courant «pentecôtiste», qui
pratique le «parler en langues», suite de mots et de sons
inarticulés qui enfle pour invoquer l’Esprit saint.
Parmi les évangéliques d’implantation plus ancienne, citons encore
la Mission Evangélique tsigane, depuis longtemps associée à la Fédération
protestante de France, ainsi que les Eglises du courant «piétiste orthodoxe»
(200.000), les baptistes, les méthodistes, les darbystes, les libristes,
l’Armée du salut, etc…, qui se distinguent par une allergie à toute
effervescence dans le culte et une sorte de piété austère, une discipline
morale proche de l’ascèse, la prédication d’une saine doctrine biblique, de
forts engagements missionnaires et sociaux.
Nouvelles ou anciennes, toutes ces Eglises évangéliques ont en
commun qu’elles prêchent un christianisme de proximité, décomplexé, centré sur
l’individu. Pour elles, on ne naît pas forcément chrétien, on le devient, suite
à une démarche personnelle qui réoriente toute la vie dans le sens d’un
engagement, spirituel, moral et social, toujours plus militant. «Tu
peux naître de nouveau» est leur principal slogan. Selon un
sondage de l’hebdomadaire Réforme du 23 octobre, 50% des protestants
évangéliques viennent de l’athéisme ou d’autres Eglises que celles du
protestantisme. «La surreprésentation des évangéliques
chez les pratiquants protestants s’explique par l’accent mis sur
l’épanouissement individuel que procure la foi en Jésus-Christ et par la
chaleur de communautés où l’utopie chrétienne de «frères et
sœurs» prend un sens très concret», analyse encore le
sociologue Sébastien Fath.
L’influence évangélique américaine pèse sur cet évangélisme à la
française. Quand on ouvre la presse évangélique ou qu’on assiste à certains
cultes, on mesure la montée d’une sorte d’optimisme «entrepreneurial» de type
américain, ressemblant au dynamisme expansionniste des pionniers.
On y observe la montée d’un discours antipermissif et une instrumentalisation,
comme aux Etats-Unis, du thème de l’avortement. Le Comité protestant
pour la défense de la dignité humaine (CPDH) fonctionne en
France sur le modèle de la droite religieuse américaine et prône le droit
absolu à la vie, le rejet de l’homosexualité, de l’avortement, de la recherche
sur les cellules souches d’embryon. Proches aussi de la ligne intransigeante du
magistère de l’Eglise catholique, ces thématiques ont été longtemps étrangères
à la culture évangélique en France. On les trouve aujourd’hui mises en œuvre
dans des réseaux évangéliques toutefois minoritaires.
Ces évangéliques mordent sur les Eglises de tradition luthérienne
ou réformée, longtemps les plus nombreuses, aujourd’hui dépassées
numériquement, obligées elles aussi de se renouveler, de mettre l’accent sur la
visibilité de la foi et de rendre plus explicites les références à l’Evangile.
Plus du tiers des nouveaux pasteurs luthériens ou réformés
viennent des milieux évangéliques. Le pasteur Marcel Manoël, président de l’Eglise réformée de
France (400.000 membres), s’en explique: «Nous voyons arriver des
croyants qui ont vécu une conversion forte dans une église évangélique et
cherchent chez nous une formation et une structuration de leur foi. Ces
croyants apportent quelque chose de neuf à notre Église qui a tendance à
s’endormir sur son histoire passée. Parfois ils dérangent, car ils n’ont pas
été élevés dans le sérail. Mais ça nous fait bouger. » (entretien dans La Croix du 25
octobre).
Le courant évangélique est aujourd’hui le fer de lance du
protestantisme pratiquant. Le protestantisme français, dit le sociologue
Jean-Paul Willaime, en forgeant un néologisme à partir de l’américain, est en
train de «s’évangelicaliser».
« Evangélicalisons » donc, pour reprendre
l’expression, et que l’Evangile perce les différentes sphéres
et couches de notre France, dans le beau nom de Jésus. Laissons nous
guider et toucher par l’Esprit que Dieu nous envoie et a prévu de nous envoyer.
Actes 2 : 17-18 « Dans les derniers jours, dit
Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair ; Vos fils et vos filles
prophétiseront, Vos jeunes gens auront des visions, Et vos vieillards auront
des songes. Oui, sur mes serviteurs et sur mes servantes, Dans ces jours là, je
répandrai de mon Esprit ; et ils prophétiseront. »
Henri Tincq
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