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Une femme déshabillée et battue sur la place publique sur ordre d’un chef de village

 armoirie

Les faits s’étaient déroulés dans un petit village situé dans le poste administratif de Damagaram Takayya. Accusée de sorcellerie sur la personne de la fille du chef de village, la pauvre femme n’oubliera jamais le traitement dégradant dont elle a été victime. Remontons d’abord les faits. La fille d’un chef de village est malade pendant plus d’un an. Elle a été même hospitalisée à Zinder sans pour autant recouvrer sa santé. Sa famille a fait recours aux guérisseurs traditionnels. Et lors des séances de « bori » qui ont été organisées, pour recourir aux forces surnaturelles afin que celles-ci lui accordent la santé, la malade a prononcé le nom d’une femme. Cette dernière aussitôt est appelée chez le chef de village qui lui impose de se déshabiller et de se mettre toute nue pour ainsi que le recommande la tradition, « sauter par-dessus le corps de la malade allongée. » Ce qui serait en fait un acte de désenvoûtement. La femme refuse d’exécuter la demande du chef de village criant de toutes ses forces être victime d’un horrible montage. Elle s’engage même à jurer sur le « Saint Coran » pour prouver son innocence. Mais le chef de village refuse. Alors, les fils du chef, sur autorisation de leur géniteur la prennent de force, et tentent de déshabiller la pauvre femme. Les parents et les proches de la prétendue « sorcière » tentent d’intervenir. Ces derniers seront simplement assommés et réduits au silence. Alors les fils du chef de village déshabillent la malheureuse femme et la mettent toute nue devant ses enfants, son mari et devant tout le village réuni pour la circonstance.

Le chef du village, sabre à la main, menace de tuer la dame si elle n’exécute pas ce qu’il lui demande de faire. Sous cette menace, la malheureuse femme passe par dessus la malade. Et, par ironie du sort, la malade recouvre sa santé. Mais un des neveux de la prétendue sorcière, révolté par l’humiliation subie par sa tante, tabasse copieusement un des fils du chef du village. L’acte n’est pas pour plaire au chef de village qui, se croyant tout permis, convoque le neveu vengeur à la gendarmerie. La justice, saisie de l’affaire, met le chef de village et ses enfants aux arrêts.

La Direction Sociale pour la Protection et la Promotion de la femme va-t-elle laisser impuni cet acte barbare qui rabaisse, humilie une femme, qui la meurtrit au plus profond de sa chair, qui ébranle ses humaines convictions, qui la marque à vie; qui se permet de rabaisser au niveau de la bête un être humain qui ne demande, ni plus, ni moins, que d’avoir le droit de vivre dans l’honneur, la décence et le respect ??

Bintoumadou

(Le Damagaram N°19) 

24/11/09




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