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Une série de crimes ravive au Pérou le mythe du Pishtaco, égorgeur de légende
"Moi
aussi, on m'a fait peur, petit, en me parlant du Pishtaco qui allait m'attraper
si je me conduisais mal",
assure le colonel Jorge
Mejia, de la Direction des investigations criminelles (Dirincri). Quand ses
contacts lui ont parlé, en août, de possibles Pishtacos agissant dans le centre
du Pérou, il s'est montré incrédule. "Tout cela, c'est ce que l'on
disait avant de trouver la graisse humaine, les lieux qu'utilisaient ces
bouchers et le corps décapité." Car, depuis
quelque temps déjà, la police avait eu vent de personnes qui cherchaient à
vendre de la graisse humaine. L'information a permis à la Dirincri de mettre à
jour une organisation composée d'une dizaine de tueurs : "Ils
décapitaient leurs victimes et les dépeçaient afin de retirer la graisse de
leur thorax qu'ils revendaient à un contact à Lima. Ce dernier se chargeait
ensuite de la vendre à l'étranger pour une somme pouvant atteindre 15 000
dollars le litre", résume le colonel Mejia. Trois hommes et
une femme sont détenus pour le meurtre d'un jeune homme de 27 ans de la vallée
du Monzon (centre). Son cadavre est le seul qui ait été retrouvé à ce jour par
la police, qui a par ailleurs saisi 17 litres de graisse humaine mis en
bouteille dans une maison utilisée par ce gang, dont le chef n'a pas encore été
arrêté. "CONTACT
VENANT D'EUROPE" Depuis quand
agissaient les tueurs ? Le principal détenu, 56 ans, assure qu'il
"pishtaquai", c'est-à-dire tuer pour prélever la graisse humaine,
depuis l'âge de 20 ans. Selon le colonel Mejia qui estime à plusieurs dizaines
le nombre d'assassinats commis par le gang, les "égorgeurs"
agissaient dans des zones isolées et pauvres, où les disparitions sont courantes
et très rarement dénoncées par les familles qui vivent déjà dans la peur des
narcotrafiquants qui dominent une grande partie du centre du pays. Une question
essentielle reste en suspens : à qui était destinée cette graisse ? Les détenus
évoquent "un contact venant d'Europe". Le juge chargé de
l'affaire a indiqué à l'AFP que des intermédiaires italiens sont soupçonnés : "Ils
achetaient apparemment la graisse, pour la vendre ensuite à des laboratoires
européens." Depuis qu'elle
a été révélée à la presse, l'affaire a éveillé les suspicions. "Pourquoi
se compliquer à acheter cette graisse quand des dizaines de litres issus des
cliniques de chirurgie esthétique de Lima sont jetées chaque jour ?",
se sont interrogés des chirurgiens dans la presse locale, qui a souligné le côté
fabulateur des détenus. L'enquête ne fait que commencer. Chrystelle Barbier |
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