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Les démocrates de Caroline du Sud se disent déçus par le "changement lent"

Caroline du Sud

Une minorité est déçue. Un an après l'élection de leur champion, la situation n'est pas tout à fait celle que les démocrates espéraient. L'allure est un peu poussive. C'est le "changement lent", comme dit Jennifer Read, une jeune militante de Caroline du Sud. "On est encore en Irak et en Afghanistan. Les effets du plan de relance se font attendre. Les gens restent patients, mais tout cela est plus lent que ce à quoi ils s'attendaient."

Mais Jennifer Read n'est pas catastrophée. Les démocrates ont l'impression d'être du bon côté de l'histoire. Dans cet Etat très républicain, la population évolue. Le comté de Charleston est passé "bleu" l'an dernier. Les candidats font invariablement campagne sur le "changement", un mot d'ordre que les électeurs - notamment africains-américains - ne risquent pas d'ignorer.

L'ancien responsable de la campagne de Barack Obama, Anton Gunn, s'est lancé dans la course à son tour. Il a été élu membre de l'assemblée de Caroline à 35 ans. Anton Gunn est un émule d'Obama, jusque dans le titre de son livre : L'Audace du leadership, en référence à l'Audace d'espérer de Barack Obama.

Selon un sondage réalisé mi-octobre pour le site militant Daily Kos, l'indice moyen de satisfaction de Barack Obama (55 %) cache de grandes disparités : 65 % des femmes ont une opinion favorable du président contre 45 % des hommes ; 88 % des Noirs contre 46 % des Blancs ; 79 % des 18-29 ans contre 43 % des 30-44 ans. Et 89 % des démocrates se déclarent satisfaits (contre 54 % des indépendants et 5 % des républicains).

"Obama s'en sort très bien. Il est difficile de bouger ce pays. Je compatis totalement", estime Ira Cooper, un ingénieur en biomédecine de Columbia. Les gens comprennent "qu'on ne peut plus tout faire en même temps : les guerres plus les programmes sociaux ". Patrick Labbe, coordinateur de la coalition progressiste, la gauche du parti : "Je continue à croire en lui. Il court un marathon pas un sprint. Si Guantanamo n'était pas fermé en janvier, je serais déçu. Mais il est toujours sur le chemin pour y arriver." Certains sont même persuadés que derrière les compromis et les reculs, l'ex-candidat du changement "travaille en coulisses".

Quelques-uns admettent néanmoins leurs états d'âme, comme Wade Fulmer, un ancien combattant du Vietnam : "A ce stade, je suis déçu. L'argent va à la guerre, pas à l'éducation." Ou John Lindsey, chapeau de cow-boy et regard doux, croisé dans une manifestation de soutien à la réforme de l'assurance-maladie : "C'est un type qui fait beaucoup de compromis. Sur plein de sujets, il faudrait qu'il durcisse ses positions. S'il commence à la moitié, il va finir au quart."

La fermeture de Guantanamo n'est pas essentielle aux yeux de tous, au contraire de la réforme de la santé. "Il fermera avant 2012, pour éviter de s'aliéner la gauche. Mais s'il ne passait pas la réforme de la santé, là une énorme fraction du parti ne se déplacerait pas en 2012", dit Jennifer Read, consultante en marketing politique.

Certains sont beaucoup plus directs. Dans la communauté noire, les radicaux lui reprochent d'être un "démocrate de Wall Street". "Le mot pauvreté n'est jamais dans sa bouche. Cette idée que lutter pour améliorer l'économie profite à tous : c'est ce que disait Ronald Reagan. " L'écrivain Kevin Alexander Gray, ancien directeur de campagne du pasteur Jesse Jackson, lui reproche sa timidité. "Notre frère n'a pas de courage", dit-il en utilisant par dérision le "brother" des discours "blacks". "Qu'est-ce qu'il a fait de courageux ? demande-t-il. Attendre son deuxième mandat ? Ce qui serait courageux, c'est de fermer Guantanamo par décret, comme Bush l'a ouvert, et de poursuivre en justice les gens qui nous ont emmenés dans une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts."

Corine Lesnes

 Source
03/11/09





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