piments




 





La faim, révélateur des inégalités croissantes aux Etats-Unis

pauvre

WASHINGTON (Reuters) - Dans le pays de l'opulence où l'obésité triomphe, près d'une personne sur six a du mal à manger à sa faim, un paradoxe qui illustre les disparités sociales croissantes caractérisant les Etats-Unis.

Selon un rapport publié à la mi-novembre par le département de l'Agriculture, près de 50 millions d'Américains ont eu des difficultés à se nourrir en quantité suffisante en 2008, un nombre record depuis la première étude fédérale sur l'insécurité alimentaire, il y a 14 ans.

L'année précédente, 36,2 millions de personnes étaient concernées, dont un tiers de façon occasionnelle.

A la faveur de la crise économique et financière, les chiffres se sont emballés et devraient révéler une situation pire encore en 2009, alors que le chômage aux Etats-Unis a plus que doublé en moins de deux ans, pour atteindre 10,2%.

Et pour beaucoup d'Américains, il n'y a qu'un pas, rapidement franchi, entre la perte d'un emploi et l'angoisse de ne pouvoir nourrir ses enfants.

La sécurité alimentaire est jugée "très faible" pour 5,7% des foyers - ou 17,3 millions de personnes -, détaille le rapport. Cela signifie que certains des membres du foyer n'ont pu manger à leur faim.

Sont particulièrement touchés les foyers monoparentaux, les noirs et les hispaniques.

Il ne s'agit pas de la faim telle que décrite dans de multiples études à travers le monde ou dans des reportages en Afrique montrant des enfants squelettiques au ventre ballonné.

Aux Etats-Unis, la nourriture règne en abondance, à tel point qu'une étude récente de l'université d'Arizona a montré qu'un foyer américain gâche en moyenne 14% de ses achats alimentaires.

CHAMPIONS DU MONDE DE L'OBÉSITÉ

Dans ce pays, obésité et pauvreté vont même de pair et sont les deux faces d'un même problème, l'alimentation à hautes calories étant moins chère que les produits sains.

Les Etats-Unis sont les champions du monde de l'obésité avec deux personnes sur trois en surpoids et un sur trois obèse.

Vicki Escarra, responsable de Feed America, une association responsable de la gestion de 200 banques alimentaires aux Etats-Unis, va même plus loin.

Pour elle, les difficultés croissantes que connaissent les couches les plus défavorisées de la société américaine se rapprochent de celles éprouvées dans le tiers monde en ce sens que l'écart entre riches et pauvres ne cesse d'augmenter.

Lors de la Grande Dépression des années 1930, le nombre de millionnaires avait diminué de 22%. L'an dernier, les 10% d'Américains les plus riches ont gagné 11,4 fois plus que les plus pauvres. En 2007, le ratio était de 11,2.

Depuis le début de cette année, les six principaux établissements bancaires américains ont provisionné 112 milliards de dollars pour les augmentations de salaires et de bonus de leurs employés.

Le montant final pour 2009 pourrait être supérieur aux 164 milliards versés en 2007, juste avant que l'éclatement de la bulle financière ne réduise à néant l'épargne et l'emploi de millions d'Américains.

Les banques et autres institutions financières ont reçu au total 700 milliards de dollars d'aide publique venant du contribuable, alors que le niveau moyen des salaires aux Etats-Unis n'a jamais été aussi bas depuis 19 ans.

De tels chiffres ont provoqué un ressentiment durable des populations envers les élites. Une étude publiée cet été par deux politologues, Benjamin Page et Lawrence Jacobs, montre que 28% des Américains, pourtant imprégnés de la culture de la réussite, estiment que la redistribution actuelle des richesses est inéquitable.

Un avis partagé par le groupe de recherche American Human Development, pour qui "la mobilité sociale aux Etats-Unis est désormais moins dynamique que dans d'autres pays riches".

"Un enfant pauvre né en Allemagne, en France, au Canada ou en Scandinavie a aujourd'hui plus de chances d'intégrer la classe moyenne à l'âge adulte que son alter ego américain", écrivent-ils.

Bernd Debusmann

Version française Pascal Liétout





Bookmark and Share