piments




 





Les Noirs américains s’impatientent

Barack Obama

New York (Etats-Unis)

C’était il y a un an à peine. En ce 4 novembre 2008, à travers les larmes et les cris de joie, la victoire historique de Barack Obama était annonciatrice d’un profond bouleversement des relations raciales aux Etats-Unis. Aujourd’hui, la dynamique entre les Noirs et les Blancs est-elle vraiment différente ? La condition des Noirs américains a-t-elle évolué grâce à Barack Obama ?
A Harlem, au nord de New York, les habitants se souviennent encore avec émotion de l’élection du premier Noir à la présidence des Etats-Unis.

Mais leur quotidien n’a pas changé pour autant. Dans un pays toujours en récession économique, l’égalité raciale est encore une utopie. Le taux de chômage est de 15,7 % chez les Noirs, contre 9,8 % chez les Blancs. Plus inquiétant, le taux de pauvreté est de 22 % chez les premiers, contre 8,7 % chez les seconds.

« Je ne vois aucune différence avec Bush »

« Obama ne fait rien pour nous, proteste Glady Penderton, mère de famille sans travail avec deux enfants. Je ne vois aucune différence avec Bush. » « Il faut être raisonnable, tempère Terry Kershaw, professeur en études afro-américaines à l’université Virginia Tech. L’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche n’allait pas bouleverser soudainement la condition des Noirs. Il ne peut pas mettre en place des mesures spécifiques afin de favoriser les Noirs. »
Les experts notent cependant que si la réforme du système de santé américain prônée par le nouveau président est entérinée par le Congrès, de nombreux Noirs américains actuellement sans couverture sociale vont de facto en bénéficier. Pour l’instant, l’impact de Barack Obama au sein de la communauté noire américaine se mesure de façon plus subtile. Le 44 e président a instillé un sentiment de fierté chez les Afro-Américains. « Grâce à Obama, maintenant, c’est cool d’être noir, affirme Leroy Brooks, vendeur dans un magasin du Madison Square Garden. Je n’ai plus à avoir deux discours. Un pour les Blancs et un pour les Noirs. Je peux enfin rester moi-même. » Les Afro-Américains ne doutent plus de leur potentiel. « Si Barack y est arrivé, moi aussi », est devenu le leitmotiv de la jeunesse noire du pays.
Quid de l’évolution des relations entre Noirs et Blancs ? D’après un sondage réalisé par le quotidien « USA Today », 53 % des Noirs américains pensent que les relations raciales se sont améliorées en un an. Toutefois, la polémique à propos de l’arrestation du professeur noir Henry Louis Gates Jr. par le sergent blanc James Crowley l’été dernier leur a démontré que la question raciale est encore un aspect trouble de la société américaine. « Je ne suis pas naïf, souligne Peter Camden, étudiant en finances à l’université de Columbia. La simple élection d’un Noir à la plus haute fonction n’a évidemment pas suffi à gommer les problèmes raciaux encore ancrés dans ce pays. Je sais que certains employeurs vont m’attendre au tournant, que je dois être deux fois meilleur qu’un Blanc pour réussir et être accepté. Mais Barack a le même problème. A cause de sa couleur de peau, les Blancs doutent encore de ses aptitudes à être un bon président. »

Pascal Giberné

Source
04.1109





Bookmark and Share