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Utilisation record de coupons alimentaires
Les États-Unis qui ont faim![]() Un article,
paru dans l’édition de dimanche du New York Times, décrit l’explosion du
recours aux coupons alimentaires et trace un portrait bien différent des
Etats-Unis à la fin de l’année 2009 que celui que présentent les promesses
complaisantes de « reprise » économique de Wall Street et de
l’administration Obama. Le Times
a mené une enquête statistique sur l’utilisation de coupons alimentaires par
comté dans le but d’établir un portrait social plus détaillé des 36 millions de
personnes qui bénéficient actuellement des coupons alimentaires. « On
retrouve parmi ces gens des mères monoparentales et des couples mariés, des
nouveaux chômeurs et des pauvres, des bénéficiaires de longue date de l’aide
sociale et des ouvriers dont le garde-manger a été vidé par une réduction du
nombre d’heures de travail ou du salaire », souligne l’article. Parmi les
statistiques les plus significatives :
La dispersion
géographique du besoin grandissant de nourriture est stupéfiante. Des régions
traditionnellement pauvres, comme les Appalaches rurales ou les ghettos des
quartiers urbains déshérités, jusqu’aux banlieues, ce manque s’est répandu dans
les Etats du sud et de l’ouest dans les deux dernières décennies. La carte
affichant les comtés où le recours aux coupons alimentaires croît le plus
rapidement comprend les riches banlieues d’Atlanta, la majeure partie de la
Floride, la majorité du Wisconsin, de l’ouest et du nord de l’Ohio, ainsi que
la plus grande partie de l’ouest montagneux, dont de larges bandes du Nevada,
de l’Utah, de l’Arizona, du Wyoming, du Colorado et de l’Idaho. Bien que le
chômage soit la principale raison de l’augmentation de l’utilisation des
coupons alimentaires, la cause économique immédiate varie énormément, que ce
soit l’effondrement de la bulle immobilière dans les Etats du sud-ouest et en
Floride, l’effondrement de l’industrie automobile dans la région des Grands
Lacs ou la vague de licenciements dans la fonction publique américaine alors
que s’aggrave la récession. Le Times
a noté l’impact sur les banlieues riches, longtemps dominées par le Parti
républicain, où l’utilisation des coupons alimentaires a plus que doublé depuis
le début officiel de la récession en décembre 2007, comme Orange County en
Californie et Forsyth County en Géorgie. L’utilisation des coupons alimentaires
a crû plus lentement, en termes de pourcentage, dans des villes comme Détroit,
Saint-Louis et la Nouvelle-Orléans, mais seulement parce qu’une bonne partie de
leur population vivait déjà dans la pauvreté et recevait de l’aide alimentaire
lorsque la récession a commencé. Tous ces
chiffres sous-estiment considérablement le niveau de destitution sociale.
Environ 18 millions de personnes éligibles aux coupons alimentaires ne les
reçoivent pas, en partie en raison de barrières institutionnelles comme des
services de proximité inadéquats, particulièrement pour les communautés
immigrantes — l’Etat de la Californie rejoint environ la moitié de ceux qui
sont éligibles — et en partie en raison de la stigmatisation sociale reliée au
fait de recevoir de l’aide de l’Etat, spécialement dans des zones banlieusardes
où la pauvreté a été un évènement soudain et récent. Selon une étude
réalisée par Thomas A. Hirschl de l’université Cornell et Mark R. Rank de
l’université Washington à Saint-Louis, la moitié des enfants aux Etats-Unis
vont dépendre des coupons alimentaires à un certain moment durant leur enfance.
Le chiffre grimpe à 90 pour cent pour les enfants noirs. L’étude a été publiée
ce mois-ci dans Archives of Pediatrics and Adolescent Medicine. Vu qu’elle est
basée sur une analyse de 29 années de données, cette dernière étude donne un
portrait des niveaux de besoins sociaux pendant une période où le taux de
chômage gravitait bien en dessous de la marque de 10,2 pour cent atteinte le
mois dernier. Une période prolongée de chômage à plus de 10 pour cent —
maintenant largement anticipée par la grande entreprise et les économistes du
gouvernement — rendra de plus en plus d’enfants dépendant de l’aide fédérale
pour satisfaire leurs besoins nutritionnels élémentaires. Les résultats
de ces deux études viennent confirmer les conclusions de l’enquête du
département américain de l’Agriculture rendue publique le 16 novembre et qui a
déterminé que 49 millions d’Américains, incluant 17 millions d’enfants,
manquaient parfois de nourriture en 2008. La vaste majorité des 17 millions de
familles qui luttent pour se nourrir suffisamment avaient au moins une personne
en emploi dans le ménage, mais avec un salaire trop faible pour assurer les
besoins de base. Le niveau d’insécurité alimentaire était à son plus haut
depuis que le département a commencé à cumuler les données en 1995. Ces données
montrent que la réalité sociale que connaissent les travailleurs américains est
la plus sombre depuis la Grande Dépression. Quelque 30 millions de personnes
sont sans emploi ou n’ont qu’un emploi partiel. Près de 50 millions n’ont pas
d’assurance-maladie. Près de 50 millions ont de la difficulté à nourrir leur famille
ou se nourrir eux-mêmes. Quelque 40 millions vivent sous le seuil de pauvreté
officiel et ce nombre atteindrait 80 millions si un budget familial réaliste
servait d’étalon de mesure. Ce sont les
jeunes qui connaissent les plus grandes difficultés. Selon un rapport du Pew
Research Center de la semaine dernière, 10 pour cent des adultes de moins de 35
ans sont retournés habiter chez leurs parents à cause de la récession. Plus de
la moitié des hommes entre 18 et 24 ans vivent toujours chez leurs parents. La
proportion est de 48 pour cent pour les jeunes femmes. Ces chiffres
sont une condamnation du capitalisme américain et de son sabotage criminel des
forces productives de la société. Comment est-il possible qu’il soit si
difficile pour des dizaines de millions de personnes de se nourrir ou nourrir
leur famille dans un pays où l’agriculture est tellement productive qu’elle
peut littéralement nourrir la Terre entière ? S’il en est ainsi, c’est
parce que la production et la distribution sont organisés pour maximiser le
profit individuel et que nourrir les enfants qui ont faim rapporte beaucoup
moins aux élites dirigeantes que la spéculation sur les marchés financiers. Ces chiffres
sont aussi une condamnation des représentants de la grande entreprise de
l’administration Obama, du Parti démocrate et du Parti républicain. Il semble
que la faim, tout comme le chômage d’ailleurs, ne soit considérée par Obama que
comme un « indicateur retardataire », un phénomène que l’Américain
ordinaire doit supporter et subir, mais pas une crise, même pas un motif pour
lever le petit doigt. Après avoir
détourné des milliers de milliards de dollars vers le système financier, dans
le but de permettre le retour à la profitabilité et aux bonus dans les dizaines
de millions pour Wall Street et après avoir décidé d’intensifier la guerre en
Afghanistan au coût non divulgué de dizaines de milliards, Obama déclare
aujourd’hui que sa principale priorité au pays est la réduction du déficit.
Après que Wall Street et la guerre aient obtenu tout l’argent dont ils avaient
besoin, il ne reste que peu, et même rien, pour satisfaire aux besoins des
enfants qui ont faim, ou de leurs parents. (Article
original anglais paru le 30 novembre 2009) Par Patrick Martin
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