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A Vao de Almas, les descendants d'esclaves sont toujours oubliés

Vao De Almas - Au lever du soleil, Zé de Mariza est parti avec ses mules annoncer le décès du vieux Justino à Vao de Almas, l'un des milliers de "quilombos" brésiliens, ces villages fondés aux 17e et 18e siècles par des esclaves fugitifs dans les lieux les plus isolés du pays.

Les habitants de Vao de Almas, à 400 km au nord de Brasilia, attendent toujours la construction d'une route et les promesses du président Luiz Inacio Lula da Silva de les relier au 21e siècle.

« Le vieux Justino est mort. Prévenez tout le monde! », crie Zé à ceux qu'il rencontre en chemin. Il lui faudra six heures pour gagner le bourg où il pourra enfin utiliser un téléphone pour prévenir les membres de la famille de Justino qui ont migré en ville.

communautés kalunga
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Comme la majorité des 3.500 quilombos du Brésil où vivent en communauté quelque trois millions de descendants d'esclaves, les 400 familles installées à Vao de Almas payent cher leur isolement historique: pas de route, pas d'eau courante, pas d'électricité, pas de téléphone et pas de médecin. La seule présence de l'Etat sont de petites écoles où les professeurs manquent la plupart du temps.


Vao de Almas est la plus isolée de ces « communautés kalunga » (communautés noires d'ex-esclaves fugitifs), installée sur un territoire de 2.530 km2 de montagnes et de rivières. Son isolement lui a permis de garder une bonne partie de ses traditions africaine et indigène.

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Les racines Africaines persistent chez les Afrodescendants des côtes mexicaines

Chacahua
photo Ternua


Il faut vraiment avoir envie d’aller à Chacahua. Cette île est nichée le long de la Costa Chica Mexicaine Chica, une bande de terre de 200 miles de long, à cheval entre les états d'Oaxaca et de Guerrero sur l'Océan Pacifique. La plateforme de correspondances la plus proche se trouve à Puerto Escondido, une plage développée à Oaxaca.

La partie facile de votre voyage se termine après le vol de Mexico ou Cancun. De Puerto Escondido, vous devez atteindre El Zapotalito, une toute petite localité sur la côte. Le voyage sur la route peut se faire en taxi privé ou, pour les plus braves, en transport en commun.

D'El Zapotalito, vous pouvez prendre un bateau pour Chacahua. Par chance, je voulais vraiment y aller. J'étais non seulement à la recherche d’une plage idyllique pour m’évader, mais également d’une communauté cachée qui s’appellent eux-mêmes des Mexicanos negros (les Mexicains noirs).

La fin de l'esclavage après l'indépendance du Mexique vis-à-vis de l'Espagne explique la présence de Mexicains noirs sur l’ensemble du territoire mexicain, mais aujourd'hui les villes peuplées de noirs ne se trouvent que dans les régions lointaines. La partie africaine de l'histoire mexicaine a été négligée par la nouvelle administration mexicaine, ce qui a amené les descendants d'esclaves à se questionner sur leurs origines.

Pourtant, avec l'augmentation de tourisme dans la Costa Chica au cours des dernières années, la modernité a lentement atteint les villages de pêche reposant sur une étendue voluptueuse et sensationnelle de la côte Pacifique.

À Chacahua, les plages vierges, les lagunes resplendissantes et des menus exclusifs de fruits de mer frais ont créé une destination attrayante qui reste peu connue – de même que ses habitants.

À Puerto Escondido, je me suis serrée dans un colectivo (une fourgonnette publique) en direction de Rio Grande, pas loin d'El Zapotalito. Au cours du voyage d’une heure, les plages bondées ont cédé la place à l'herbe luxuriante et vert-néon; le soleil a semblé devenir plus brillant et plus chaud, les eaux plus bleues, les gens plus bruns et aux cheveux davantage frisés.

À Rio de Grande, je me suis rendue à un stationnement pour taxis pour m’entasser dans un autre véhicule en commun qui allait me conduire à l’embarcadère pour les bateaux. Alors que je marchais avec le chauffeur vers son taxi, il m'adressa un sourire. "Hermanas. Vous deux pourriez être des soeurs," disait-il, en pointant vers le stationnement des taxis. Une mexicaine noire qui travaillait dans le stand me regarda avec curiosité.

Chacahua est divisé en deux par une série de lagunes où abondent des oiseaux exotiques.

negros
negros
negros
negros


Les environs constituent un trajet splendide, que vous louiez un bateau privé ou que vous choisissiez de prendre un ferry public en direction de l’île. Le bateau peut vous emmener directement en ville ou vous pouvez débarquer, comme je l'ai fait la première fois, sur le bord de l'île.

J'ai par la suite sauté dans un pick-up avec d'autre Chacahuans, pour le trajet d'une demi-heure sur le sable rocheux, traversant des buissons désordonnés et les cactus dans le village. Après avoir manoeuvré autour des béliers et des vaches qui avaient décidé de se rassembler au milieu de la route, j'ai finalement atteint ma destination - trois heures exaltantes après avoir quitté Puerto Escondido.

Mon escapade avait commencé.

"Ils disent qu'un bateau rempli d'esclaves, à la peau sombre comme moi, a été expédié en Amérique du Sud," m'a raconté Omar Corcuera le lendemain au cours du déjeuner au Restaurant Punto de Quiebra.

Le jeune surfeur, avec la peau brune -foncée et ses surprenants cheveux naturellement marron-blonds racontaient l'histoire bizarre d'un navire détruit, dont les survivants ont peuplé la côte; et que j’allais entendre plus qu'une fois.

Ce que les historiens savent c’est que les Mexicains noirs de la côte Pacifique descendent des esclaves africains qui ont été emmenés par les Espagnols pour travailler dans les fermes de bétail pendant les 16ème et 17ème siècles. (Sur la côte de Golfe, les esclaves furent surtout déployés dans les plantations de sucre.)

En tout, les espagnols ont emmené plus de 200 000 Africains au Mexique pour le travail d'esclave. Les résidents de Chacahua disent qu'ils n’en savent pas beaucoup de leur histoire et les différents récits se sont mélangés avec le temps.

La communauté de noirs, blancs et les Mexicains métis (ceux d'héritage à la fois espagnol et indigène) se trouvant sur cet île est d’environ 700 personnes, et elle y vit depuis environ deux siècles.

"J'estime que je suis Africain et mexicain," indique cependant Omar. Tout près, Paulina Marcial, en tirant sa fille aux cheveux frisés d'une partie de cartes impromptue, ajoute : "je ne me considère que comme mexicaine. Je ne connais personne nulle part ailleurs."

En tapotant son Afro, la petite cuisinière s’en va alors brusquement en nous faisant un signe de la main.

Sur la plage, on trouve au moins 10 restaurants sur le sable et sans porte, chacun avec des hamacs multicolores se balançant dans la brise.

Au Restaurant Punto de Quiebra, les repas de fruits de mer frais allaient de 5,50$ ou moins et les petits déjeuners coûtaient tous moins de 3$, notamment un plat d’énormes enchiladas avec du fromage râpé, des tomates vertes, du piment et du coriandre pour 2,30$.

Deux ou trois yards plus bas, on retrouve le Restaurant Siete Mares, où les bungalows constituent le must de la plage, avec des cabanes spacieuses et colorées. Au moins sept des restaurants ont des bungalows à louer.

Au cours de ma première nuit à Punto de Quiebra, la courageuse domestique, Modesta, m'a conduit dans ma chambre en me demandant d’où je venais, émerveillée par notre couleur de peau commune. Je lui ai répondu que mes parents venaient d'Afrique de l’Ouest, mais que je suis née et j’ai grandi aux États-Unis.

Chaque jour suivant, je lui faisais un geste de la main alors qu’elle était étendue dans un hamac en train de fumer une cigarette avec nonchalance. À Siete Mares, j’ai pris un grand verre de jus d’orange fraîchement pressé en compagnie du propriétaire, Luis Carlos Gutierrez et Rey Ramirez Gopar, le propriétaire de Cabanas Los Almendros, qui se trouve près des lagunes.

Plusieurs personnes sont passées à notre table au cours de la journée, tout d’abord des touristes américains et européens et ensuite un enseignant mexicain noir loquace du nom d’Angel Saguilan, qui a offert de m'acheter une bière.

"On appelle cet endroit la Petite Afrique," lança Angel, en faisant un geste vers le sable clair, illuminé par un coucher de soleil rose. Des enfants, formant un arc-en-ciel de couleurs éblouissantes hurlaient en jouant au volley-ball non loin.

"J'e me sens plus africain américain que mexicain," a poursuivi Angel. Il expliqua que comme sa peau sombre tranche au Mexique, les autres Mexicains plaisantent souvent en lui disant qu’il vient vraiment du Brésil ou de Cuba. Angel me dit qu'il sait qu'il est différent des Mexicains non-noirs, mais il n’est simplement pas exactement certain de la manière.

J'ai par la suite descendu le sentier dans le village, en passant par Los Almendros de Rey Cabanas. D’habitude, on pouvait trouver Rey, à l’humour grossier, en train de boire dans un bâtiment au toit de chaume, ou autrement sur la plage, mais cette fois, il était en compagnie de son épouse, Eva, avec laquelle il a onstruit Los Almendros par amour pour Chacahua. Et la dévotion se fait évidente dans ses bungalows au bois sombre massifs peints de bleu avec les fenêtres sans vitres faisant face aux lagunes. Un travail artistique paisible décore les murs des pièces. En continuant en ville, j'ai rencontré par hasard deux hommes s’appelant Juan.

"Prima!" cria Juan Ortiz. J’étais en train de bavarder avec un autre Chacahuan appelé Juan, mais aussitôt qu'Ortiz m'a vu d’un chantier en construction, il a laissé tomber sa brouette, et a crié le mot espagnol signifiant " cousine" et s'est dépêché.

Avant que je ne puisse réagir, le robuste pêcheur à la peau marronne brunie avait enveloppé mon visage de ses mains, m'avait embrassé sur la joue et me menait à son bateau pour un trajet sur les lagunes. "Tout le monde fait partie de la famille à Chacahua," dit-il.

Le Parc national des Lagunes de Chacahua est l’un des joyaux cachés du Mexique. Les lagunes permettent non seulement de parcourir un trajet à couper le souffle, mais c’est aussi un lieu d’observation des oiseaux de premier choix. Les eaux calmes et apaisantes sont un contraste bienvenu aux vagues vives de la plage qui attirent des surfeurs du Mexique et de l'étranger.

À la barre de sa vedette, Ortiz s’est arrêté à un dock pour faire traverser une famille de l'autre côté des lagunes et m'a ensuite dit ce qu’il savait de l’identité de sa communauté.

"Nous sommes des Mexicains, mais des Mexicains noirs," a déclaré Ortiz.

"Nous avons toujours des traditions des Africains, dans les costumes, dans les danses." Il ajouta que les relations entre les Mexicains noirs et les Mexicains blancs et métisses sont agréables. Selon lui, les Mexicains Noirs, préconisent souvent l'intermariage dans l'espoir que leurs enfants s’intégreront mieux dans la société. Mais parlant des politiciens du Mexique, il affirme que "le gouvernement nous a oublié." Les communautés africaines - mexicaines sont parmi les plus pauvres et les plus rurales du pays.

Alors que nous nous arrimions et que la famille le payait, Juan donna une poignée de main chaleureuse au père. "Maintenant vous savez que mon nom est Juan Ortiz, pas seulement 'El Moreno' l'Homme à la peau brune," leur dit-il en riant.

Je décidais alors de retourner dans mon hamac préféré avec mon livre, en planifiant déjà quelle sorte d'empanadas j'allais commander chez la Morena vêtue de rose qui déambule sur la plage.

Alexis Okeowo

Traduit de l’Anglais par Guy Everard Mbarga
Spécialement pour le The Washington Post
Juin 2009



Rubrique Amériques-USA


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Doria Johnson, hantée par son aïeul

Enfant, Doria Johnson n'avait pas le droit d'accrocher au mur la photo de certains chanteurs. Ils n'étaient pas de la bonne couleur. Et lorsqu'elle ramenait des amis blancs à la maison, son grand-père fronçait les sourcils, en disant : "Ne leur fais pas confiance, Doria. Souviens-toi de ce qu'ils ont fait à Grand-Pa Crawford."

Abbeville (Caroline du Sud)

Il y a des blessures qui ne se referment pas. Celle d'Anthony Crawford suppure depuis près d'un siècle, infectant l'histoire personnelle et familiale de Doria Johnson. "Le sang de mon arrière-arrière-grand-père n'a pas séché ", affirme cette femme élégante de 48 ans, d'une voix aussi douce que déterminée.

Doria Johnson est invitée en tant qu'historienne et témoin par les Rencontres de la photographie d'Arles, à l'occasion de l'exposition "Without Sanctuary" : 78 documents et cartes postales, d'une violence insoutenable, qui montrent le lynchage de Noirs américains. Anthony Crawford, l'ancêtre de Doria Johnson, a été lynché par la foule dans le sud des Etats-Unis en 1916. Il fut l'un de ces "strange fruits", (fruits étranges) pendus aux arbres dont Billie Holiday a chanté la complainte en 1939.

Le crime d'Antony Crawford ? Etre noir. Mais pas seulement. "Mon arrière-arrière-grand-père était aussi riche et puissant", explique Doria Johnson. Profitant des lois favorables aux Noirs votées pendant la période de la reconstruction (1865-1877), la famille d'Antony Crawford vivait à l'aise. Doria Johnson en a trouvé la preuve dans le journal et les archives d'Abbeville (Caroline du Sud).

A 56 ans, son aïeul possède 500 acres (200 hectares) où ses treize enfants cultivent le coton. Sur sa propriété, il a créé une école pour les enfants noirs. Il sait lire et écrire, il vote et fait partie d'une association de fermiers noirs. Autant de signes de réussite et d'indépendance devenus insupportables aux yeux des Blancs.

En 1916, une altercation au sujet de graines de coton prétendument trop chères suffit à mettre le feu aux poudres. Emprisonné pour avoir insulté un Blanc, Antony Crawford est tiré de sa cellule par une foule furieuse. Il est traîné dans les escaliers, roué de coups et finalement poignardé. Mais ce n'est pas encore assez : on l'attache à une voiture et on le traîne dans toute la ville, "en marquant un arrêt dans les quartiers noirs", précise Doria Johnson.

Finalement, son corps est pendu à un arbre sur la grand-place. Les hommes s'amusent à vider leurs fusils sur le cadavre, puis l'exhibent là pendant toute une journée. "La famille n'a pas eu le droit de récupérer son corps tout de suite, explique Doria Johnson. C'est du terrorisme : il fallait envoyer un message aux Noirs."

Les Crawford sont ensuite sommés de quitter la ville. Ils doivent s'exécuter : les autorités disent ne pouvoir garantir leur sécurité. Avec l'exode vient la ruine. De riches, les Crawford deviennent pauvres. Surtout, la famille se disperse dans tout le pays. Les grands-parents de Doria s'installent à Evanston dans l'Illinois. "C'est cela le plus grave, toute la famille s'est disloquée. Depuis quelques années seulement, on commence à se retrouver, à recoller les morceaux."

A Abbeville, les coupables ne seront jamais inquiétés car le procès organisé après le lynchage s'achève par un non-lieu. Mais chez les Crawford, l'histoire s'est transmise de génération en génération. Doria Johnson se souvient d'un grand portrait du patriarche accroché chez sa grand-tante Annabelle. "On n'en parlait pas, mais tout le monde savait. C'est un héritage, mais aussi un fardeau."

Les échos du crime continuent de résonner sur les vies, des années après. Aucun membre de la famille n'a jamais voulu s'engager dans l'armée. "Comment pourrait-on se battre pour l'Amérique ?" Plus jeune, Doria Johnson a même traversé une phase de rage. "Au lycée, j'étais dans une école intégrée et alternative, qui mélangeait les Noirs et les Blancs. Mais ensuite j'ai découvert la réalité. J'ai découvert que j'étais noire."

Elle rejoint un temps le groupe radical Nation of Islam, se met à "rejeter tous les problèmes sur les Blancs", devient "une révolutionnaire". Aujourd'hui encore, quand elle regarde le drapeau américain, elle y voit "des étoiles, des rayures, mais aussi le racisme et l'oppression. La violence est une spécialité américaine autant que la tarte aux pommes". Elle avoue avoir longtemps eu "du mal à voter".

C'est en 1988 que Doria Johnson transforme la malédiction familiale en expérience positive. Son frère vient de mourir du sida. Dévastée, elle se plonge alors dans l'histoire de sa famille. En 1990, elle se rend pour la première fois à Abbeville. Elle commence par l'église dont son ancêtre était secrétaire : ce poste, découvre-t-elle, est tenu aujourd'hui par... un Crawford.

Elle rencontre aussi les descendants des acteurs de l'époque : ceux du shérif qui s'est en vain opposé à la foule : "Il paraît qu'il en a parlé, plein de remords, jusqu'à la fin de sa vie." Ceux de l'épicier juif qui a caché les enfants d'Anthony Crawford pendant le lynchage. Mais elle ne trouvera pas la tombe de son aïeul : pour éviter les profanations, Anthony Crawford a été enterré en secret.

De fil en aiguille, Doria Johnson finit par mettre son histoire au centre de sa vie. Oublié le travail dans un cabinet d'avocat, elle vend sa maison, reprend des études et obtient une bourse pour une thèse de doctorat. Son sujet : le rôle des lynchages dans la grande migration, l'exode des Noirs américains du Sud vers le nord des Etats-Unis de 1915 à 1930. Aux étudiants, elle veut enseigner l'histoire des Noirs américains. Mais pas n'importe comment : "Traditionnellement, l'histoire raconte le sort des élites. Je veux dire aussi celui des victimes."

Elle parcourt aussi les Etats-Unis pour raconter son histoire. Non sans effet : en 2005, le Sénat a voté une résolution pour demander pardon aux descendants de victimes de lynchage. Car pendant la première moitié du XXe siècle, par trois fois, les sénateurs ont refusé de voter une loi condamnant les lynchages. "C'est une mesure symbolique, mais c'était nécessaire, dit-elle. Pour l'occasion, une centaine de Crawford avaient fait le voyage à Washington."

Reste que Doria Johnson n'a pas beaucoup d'illusions sur les Etats-Unis. L'élection d'Obama n'y change rien : "C'est une victoire esthétique. Il ne dit rien sur l'injustice faite aux Noirs." Et elle continue de se battre : quand elle a voulu prendre un appartement à Madison (Wisconsin), là où elle enseigne, une propriétaire a refusé de le lui louer à cause de la couleur de sa peau. Le procès est en cours.

Aujourd'hui, Doria Johnson veut fouiller encore plus loin dans son passé. Elle a fait des tests ADN, pour savoir de quelle région d'Afrique venaient ses ancêtres. Pour quoi faire ? "Je suis citoyenne des Etats-Unis, mais je suis africaine." L'année prochaine, elle ira au Nigeria.


Claire Guillot
Source

17/07/09



Barack Obama prône une "nouvelle mentalité" en sermonnant les Afro-Américains

obama

Jeudi était journée black à la Maison Blanche. Avant d'aller faire un discours à New York devant le congrès de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), l'association historique de défense des droits civiques, Barack Obama a nommé une Afro-Américaine à la tête de la commission contre la discrimination dans l'emploi. Et il a emmené 7 journalistes noirs dans l'avion présidentiel. Il a évoqué avec eux un incident qui a été mis sur le compte du racisme, à Philadelphie. "Si les gens pensent qu'il n'y a plus de racisme parce j'ai été élu, ils se trompent", a-t-il estimé.

L'objectif de la Maison Blanche est de dissiper le léger malentendu qui s'est installé entre une partie de la communauté noire et le premier président black des Etats-Unis. Les associations lui reprochent de ne pas vouloir reconnaître la spécificité des problèmes des Afro-Américains (selon le Center for American Progress, le taux de chômage est de 20 %, soit le double du reste de la population). M. Obama répond qu'en tentant de sauver l'économie, il travaille pour tous les Américains, et en particulier pour les plus déshérités.

"La meilleure chose que je puisse faire pour la communauté africaine-américaine ou latino ou asiatique, ou toute communauté que ce soit, c'est de relancer l'économie", disait-il il y a quelques semaines.

Devant la NAACP, qui fêtait, jeudi 16 juillet, son centenaire, le président a évoqué l'emploi, la prison, la santé. Il y a moins de discrimination aujourd'hui aux Etats-Unis qu'il n'y en a jamais eu, a-t-il dit. Mais "ne vous y trompez pas, a-t-il nuancé, la douleur de la discrimination est encore ressentie en Amérique". Les jeunes Noirs ont "cinq fois plus de risques que les enfants blancs de voir l'intérieur d'une prison". Et le sida frappe la communauté africaine-américaine avec "une force disproportionnée".

D'AUTRES MODÈLES

Mais M. Obama a aussi tenu le langage de la responsabilité individuelle. Dans ce que le New York Times a appelé un "sermon", le président a appelé les parents à mettre de côté les Nintendo et autres Xbox, à mettre les enfants au lit "à une heure raisonnable" et à leur inculquer que grandir dans la pauvreté n'est "pas une excuse" à de mauvais résultats scolaires. Autre recommandation : leur donner d'autres modèles que les champions de basket ou de rap.

"Nous avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il plaidé. L'un des héritages les plus destructeurs et les plus durables de la discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des limites, la manière dont tant d'entre nous en sont venus à attendre si peu."

Corine Lesnes (Washington, correspondante)



La police cherche des immigrants

La police de Québec tente de recruter des immigrants pour diversifier son personnel policier et se rapprocher des communautés ethniques.

Le nombre d'immigrants a bondi de 30% à Québec entre 2001 et 2006, révèle une étude dévoilée en août par l'économiste Jean-Pierre Lessard et le démographe Abdul Echraf. Le taux de rétention des immigrants à Québec a atteint 85% au cours de la même période, comparativement à une moyenne nationale de 80%, révèle la même étude.

Lien de confiance

La population de Québec se diversifie et la police de Québec doit s'adapter, constate Serge Bélisle. «Il faut qu'on prépare l'organisation policière (de Québec) à vivre la diversité culturelle. La population immigrante a sa place dans notre organisation policière et dans l'administration municipale. Il y a des standards à atteindre et il faut faire des efforts», prévient le chef de police en entrevue.

Selon M. Bélisle, la présence d'immigrants parmi les patrouilleurs permettra de créer un lien de confiance avec les populations immigrantes de Québec. «Ça permettra de démontrer qu'ils ont leur place dans la vie de Québec», dit-il.

Des efforts sont en cours dans les collèges pour recruter des candidats provenant de communautés culturelles immigrantes. Les candidats sont rares. «Je voudrais bien embaucher des jeunes Chinois ou des Haïtiens, mais il n'y en a pas», s'exclame Serge Bélisle.

À son avis, la population immigrante de Québec n'est pas suffisante pour offrir un bassin de candidats souhaitable.

«Il faut aller les chercher ailleurs dans la région de Montréal», se résigne le chef Bélisle.

Profilage racial

Ce rapprochement souhaité auprès des communautés ethniques sur le territoire de Québec per mettra de réduire les risques de profilage racial, qui découle, selon M. Bélisle, «d'une méconnaissance du policier des coutumes de la communauté qui peut l'amener à avoir un comportement qui peut être mal interprété.»

Les policiers de Québec reçoivent régulièrement de la formation sur les moeurs et les coutumes des communautés d'immigrants et sur le profilage racial, ajoute M. Bélisle de la part de leurs collègues qui reviennent de missions à l'étranger (Haïti, Kosovo, Timor oriental etc).