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Vao de Almas, les descendants d'esclaves sont toujours oubliés
Vao De Almas -
Au lever du soleil, Zé de Mariza est parti avec ses mules annoncer le
décès du
vieux Justino à Vao de Almas, l'un des milliers de "quilombos"
brésiliens, ces villages fondés aux 17e et 18e siècles par des esclaves
fugitifs dans les lieux les plus isolés du pays.
Les habitants
de Vao de Almas, à 400 km au nord de Brasilia, attendent toujours la
construction d'une route et les promesses du président Luiz Inacio Lula
da Silva
de les relier au 21e siècle.
« Le vieux
Justino est mort. Prévenez tout le monde! », crie Zé à ceux qu'il
rencontre en chemin. Il lui faudra six heures pour gagner le bourg où
il pourra
enfin utiliser un téléphone pour prévenir les membres de la famille de
Justino
qui ont migré en ville.
Comme la
majorité des 3.500 quilombos du Brésil où vivent en communauté quelque
trois
millions de descendants d'esclaves, les 400 familles installées à Vao
de Almas
payent cher leur isolement historique: pas de route, pas d'eau
courante, pas
d'électricité, pas de téléphone et pas de médecin. La seule présence de
l'Etat
sont de petites écoles où les professeurs manquent la plupart du temps.
Vao de Almas est la plus isolée de ces « communautés
kalunga »
(communautés noires d'ex-esclaves fugitifs), installée sur un
territoire de
2.530 km2 de montagnes et de rivières. Son isolement lui a permis de
garder une
bonne partie de ses traditions africaine et indigène.
Source
Les
racines Africaines persistent chez les Afrodescendants des côtes
mexicaines
photo Ternua
Il faut
vraiment avoir envie d’aller à Chacahua. Cette île est nichée le long
de la
Costa Chica Mexicaine Chica, une bande de terre de 200 miles de long, à
cheval
entre les états d'Oaxaca et de Guerrero sur l'Océan Pacifique. La
plateforme de
correspondances la plus proche se trouve à Puerto Escondido, une plage
développée à Oaxaca.
La partie
facile de votre voyage se termine après le vol de Mexico ou Cancun. De
Puerto
Escondido, vous devez atteindre El Zapotalito, une toute petite
localité sur la
côte. Le voyage sur la route peut se faire en taxi privé ou, pour les
plus
braves, en transport en commun.
D'El
Zapotalito, vous pouvez prendre un bateau pour Chacahua. Par chance, je
voulais
vraiment y aller. J'étais non seulement à la recherche d’une plage
idyllique
pour m’évader, mais également d’une communauté cachée qui s’appellent
eux-mêmes
des Mexicanos negros (les Mexicains noirs).
La fin de
l'esclavage après l'indépendance du Mexique vis-à-vis de l'Espagne
explique la
présence de Mexicains noirs sur l’ensemble du territoire mexicain, mais
aujourd'hui les villes peuplées de noirs ne se trouvent que dans les
régions
lointaines. La partie africaine de l'histoire mexicaine a été négligée
par la
nouvelle administration mexicaine, ce qui a amené les descendants
d'esclaves à
se questionner sur leurs origines.
Pourtant, avec
l'augmentation de tourisme dans la Costa Chica au cours des dernières
années,
la modernité a lentement atteint les villages de pêche reposant sur une
étendue
voluptueuse et sensationnelle de la côte Pacifique.
À Chacahua, les
plages vierges, les lagunes resplendissantes et des menus exclusifs de
fruits
de mer frais ont créé une destination attrayante qui reste peu connue –
de même
que ses habitants.
À Puerto
Escondido, je me suis serrée dans un colectivo (une fourgonnette
publique) en
direction de Rio Grande, pas loin d'El Zapotalito. Au cours du voyage
d’une
heure, les plages bondées ont cédé la place à l'herbe luxuriante et
vert-néon;
le soleil a semblé devenir plus brillant et plus chaud, les eaux plus
bleues,
les gens plus bruns et aux cheveux davantage frisés.
À Rio de
Grande, je me suis rendue à un stationnement pour taxis pour m’entasser
dans un
autre véhicule en commun qui allait me conduire à l’embarcadère pour
les
bateaux. Alors que je marchais avec le chauffeur vers son taxi, il
m'adressa un
sourire. "Hermanas. Vous deux pourriez être des soeurs," disait-il,
en pointant vers le stationnement des taxis. Une mexicaine noire qui
travaillait dans le stand me regarda avec curiosité.
Chacahua est
divisé en deux par une série de lagunes où abondent des oiseaux
exotiques.
Les environs
constituent un trajet splendide, que vous louiez un bateau privé ou que
vous
choisissiez de prendre un ferry public en direction de l’île. Le bateau
peut
vous emmener directement en ville ou vous pouvez débarquer, comme je
l'ai fait
la première fois, sur le bord de l'île.
J'ai par la
suite sauté dans un pick-up avec d'autre Chacahuans, pour le trajet
d'une
demi-heure sur le sable rocheux, traversant des buissons désordonnés et
les
cactus dans le village. Après avoir manoeuvré autour des béliers et des
vaches
qui avaient décidé de se rassembler au milieu de la route, j'ai
finalement
atteint ma destination - trois heures exaltantes après avoir quitté
Puerto
Escondido.
Mon escapade
avait commencé.
"Ils
disent qu'un bateau rempli d'esclaves, à la peau sombre comme moi, a
été
expédié en Amérique du Sud," m'a raconté Omar Corcuera le lendemain au
cours
du déjeuner au Restaurant Punto de Quiebra.
Le jeune
surfeur, avec la peau brune -foncée et ses surprenants cheveux
naturellement
marron-blonds racontaient l'histoire bizarre d'un navire détruit, dont
les
survivants ont peuplé la côte; et que j’allais entendre plus qu'une
fois.
Ce que les
historiens savent c’est que les Mexicains noirs de la côte Pacifique
descendent
des esclaves africains qui ont été emmenés par les Espagnols pour
travailler
dans les fermes de bétail pendant les 16ème et 17ème siècles. (Sur la
côte de
Golfe, les esclaves furent surtout déployés dans les plantations de
sucre.)
En tout, les
espagnols ont emmené plus de 200 000 Africains au Mexique pour le
travail
d'esclave. Les résidents de Chacahua disent qu'ils n’en savent pas
beaucoup de
leur histoire et les différents récits se sont mélangés avec le temps.
La communauté
de noirs, blancs et les Mexicains métis (ceux d'héritage à la fois
espagnol et
indigène) se trouvant sur cet île est d’environ 700 personnes, et elle
y vit
depuis environ deux siècles.
"J'estime
que je suis Africain et mexicain," indique cependant Omar. Tout près,
Paulina Marcial, en tirant sa fille aux cheveux frisés d'une partie de
cartes
impromptue, ajoute : "je ne me considère que comme mexicaine. Je
ne
connais personne nulle part ailleurs."
En tapotant son
Afro, la petite cuisinière s’en va alors brusquement en nous faisant un
signe
de la main.
Sur la plage,
on trouve au moins 10 restaurants sur le sable et sans porte, chacun
avec des
hamacs multicolores se balançant dans la brise.
Au Restaurant
Punto de Quiebra, les repas de fruits de mer frais allaient de 5,50$ ou
moins
et les petits déjeuners coûtaient tous moins de 3$, notamment un plat
d’énormes
enchiladas avec du fromage râpé, des tomates vertes, du piment et du
coriandre
pour 2,30$.
Deux ou trois
yards plus bas, on retrouve le Restaurant Siete Mares, où les bungalows
constituent le must de la plage, avec des cabanes spacieuses et
colorées. Au
moins sept des restaurants ont des bungalows à louer.
Au cours de ma première
nuit à Punto de Quiebra, la courageuse domestique, Modesta, m'a conduit
dans ma
chambre en me demandant d’où je venais, émerveillée par notre couleur
de peau
commune. Je lui ai répondu que mes parents venaient d'Afrique de
l’Ouest, mais
que je suis née et j’ai grandi aux États-Unis.
Chaque jour
suivant, je lui faisais un geste de la main alors qu’elle était étendue
dans un
hamac en train de fumer une cigarette avec nonchalance. À Siete Mares,
j’ai
pris un grand verre de jus d’orange fraîchement pressé en compagnie du
propriétaire, Luis Carlos Gutierrez et Rey Ramirez Gopar, le
propriétaire de
Cabanas Los Almendros, qui se trouve près des lagunes.
Plusieurs
personnes sont passées à notre table au cours de la journée, tout
d’abord des
touristes américains et européens et ensuite un enseignant mexicain
noir
loquace du nom d’Angel Saguilan, qui a offert de m'acheter une bière.
"On
appelle cet endroit la Petite Afrique," lança Angel, en faisant un
geste
vers le sable clair, illuminé par un coucher de soleil rose. Des
enfants,
formant un arc-en-ciel de couleurs éblouissantes hurlaient en jouant au
volley-ball non loin.
"J'e me
sens plus africain américain que mexicain," a poursuivi Angel. Il
expliqua
que comme sa peau sombre tranche au Mexique, les autres Mexicains
plaisantent
souvent en lui disant qu’il vient vraiment du Brésil ou de Cuba. Angel
me dit
qu'il sait qu'il est différent des Mexicains non-noirs, mais il n’est
simplement pas exactement certain de la manière.
J'ai par la
suite descendu le sentier dans le village, en passant par Los Almendros
de Rey
Cabanas. D’habitude, on pouvait trouver Rey, à l’humour grossier, en
train de
boire dans un bâtiment au toit de chaume, ou autrement sur la plage,
mais cette
fois, il était en compagnie de son épouse, Eva, avec laquelle il a
onstruit Los
Almendros par amour pour Chacahua. Et la dévotion se fait évidente dans
ses
bungalows au bois sombre massifs peints de bleu avec les fenêtres sans
vitres
faisant face aux lagunes. Un travail artistique paisible décore les
murs des
pièces. En continuant en ville, j'ai rencontré par hasard deux hommes
s’appelant Juan.
"Prima!"
cria Juan Ortiz. J’étais en train de bavarder avec un autre Chacahuan
appelé
Juan, mais aussitôt qu'Ortiz m'a vu d’un chantier en construction, il a
laissé
tomber sa brouette, et a crié le mot espagnol signifiant " cousine"
et s'est dépêché.
Avant que je ne
puisse réagir, le robuste pêcheur à la peau marronne brunie avait
enveloppé mon
visage de ses mains, m'avait embrassé sur la joue et me menait à son
bateau
pour un trajet sur les lagunes. "Tout le monde fait partie de la
famille à
Chacahua," dit-il.
Le Parc
national des Lagunes de Chacahua est l’un des joyaux cachés du Mexique.
Les
lagunes permettent non seulement de parcourir un trajet à couper le
souffle,
mais c’est aussi un lieu d’observation des oiseaux de premier choix.
Les eaux
calmes et apaisantes sont un contraste bienvenu aux vagues vives de la
plage
qui attirent des surfeurs du Mexique et de l'étranger.
À la barre de
sa vedette, Ortiz s’est arrêté à un dock pour faire traverser une
famille de
l'autre côté des lagunes et m'a ensuite dit ce qu’il savait de
l’identité de sa
communauté.
"Nous
sommes des Mexicains, mais des Mexicains noirs," a déclaré Ortiz.
"Nous
avons toujours des traditions des Africains, dans les costumes, dans
les
danses." Il ajouta que les relations entre les Mexicains noirs et les
Mexicains blancs et métisses sont agréables. Selon lui, les Mexicains
Noirs,
préconisent souvent l'intermariage dans l'espoir que leurs enfants
s’intégreront
mieux dans la société. Mais parlant des politiciens du Mexique, il
affirme que
"le gouvernement nous a oublié." Les communautés africaines -
mexicaines sont parmi les plus pauvres et les plus rurales du pays.
Alors que nous
nous arrimions et que la famille le payait, Juan donna une poignée de
main
chaleureuse au père. "Maintenant vous savez que mon nom est Juan Ortiz,
pas seulement 'El Moreno' l'Homme
à la peau brune," leur dit-il en riant.
Je décidais
alors de retourner dans mon hamac préféré avec mon livre, en planifiant
déjà
quelle sorte d'empanadas j'allais commander chez la Morena vêtue de
rose qui
déambule sur la plage.
Alexis
Okeowo
Traduit
de l’Anglais
par Guy Everard Mbarga
Spécialement
pour le The
Washington Post
Juin 2009
Rubrique
Amériques-USA
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Doria
Johnson, hantée par son aïeul
Enfant, Doria Johnson
n'avait
pas le droit d'accrocher au mur la photo de certains chanteurs. Ils
n'étaient
pas de la bonne couleur. Et lorsqu'elle ramenait des amis blancs à la
maison,
son grand-père fronçait les sourcils, en disant : "Ne leur fais pas
confiance, Doria. Souviens-toi de ce qu'ils ont fait à Grand-Pa
Crawford."

Il y a des blessures
qui ne se referment pas. Celle
d'Anthony Crawford suppure depuis près d'un siècle, infectant
l'histoire
personnelle et familiale de Doria Johnson. "Le sang de mon
arrière-arrière-grand-père n'a pas séché ", affirme cette femme
élégante de 48 ans, d'une voix aussi douce que déterminée.
Doria Johnson est
invitée en tant qu'historienne et
témoin par les Rencontres de la photographie d'Arles, à l'occasion de
l'exposition "Without
Sanctuary" : 78 documents et cartes postales, d'une violence
insoutenable, qui montrent le lynchage de Noirs américains. Anthony
Crawford,
l'ancêtre de Doria Johnson, a été lynché par la foule dans le sud des
Etats-Unis en 1916. Il fut l'un de ces "strange fruits",
(fruits étranges) pendus aux arbres dont Billie Holiday a chanté la
complainte
en 1939.
Le crime d'Antony
Crawford ? Etre noir. Mais pas
seulement. "Mon arrière-arrière-grand-père était aussi riche et
puissant", explique Doria Johnson. Profitant des lois favorables
aux
Noirs votées pendant la période de la reconstruction (1865-1877), la
famille
d'Antony Crawford vivait à l'aise. Doria Johnson en a trouvé la preuve
dans le
journal et les archives d'Abbeville (Caroline du Sud).
A 56 ans, son aïeul
possède 500 acres (200 hectares)
où ses treize enfants cultivent le coton. Sur sa propriété, il a créé
une école
pour les enfants noirs. Il sait lire et écrire, il vote et fait partie
d'une
association de fermiers noirs. Autant de signes de réussite et
d'indépendance
devenus insupportables aux yeux des Blancs.
En 1916, une
altercation au sujet de graines de
coton prétendument trop chères suffit à mettre le feu aux poudres.
Emprisonné
pour avoir insulté un Blanc, Antony Crawford est tiré de sa cellule par
une
foule furieuse. Il est traîné dans les escaliers, roué de coups et
finalement
poignardé. Mais ce n'est pas encore assez : on l'attache à une voiture
et on le
traîne dans toute la ville, "en marquant un arrêt dans les
quartiers
noirs", précise Doria Johnson.
Finalement, son corps
est pendu à un arbre sur la
grand-place. Les hommes s'amusent à vider leurs fusils sur le cadavre,
puis
l'exhibent là pendant toute une journée. "La famille n'a pas eu le
droit de récupérer son corps tout de suite, explique Doria Johnson.
C'est
du terrorisme : il fallait envoyer un message aux Noirs."
Les Crawford sont
ensuite sommés de quitter la
ville. Ils doivent s'exécuter : les autorités disent ne pouvoir
garantir leur
sécurité. Avec l'exode vient la ruine. De riches, les Crawford
deviennent
pauvres. Surtout, la famille se disperse dans tout le pays. Les
grands-parents
de Doria s'installent à Evanston dans l'Illinois. "C'est cela le
plus
grave, toute la famille s'est disloquée. Depuis quelques années
seulement, on
commence à se retrouver, à recoller les morceaux."
A Abbeville, les
coupables ne seront jamais
inquiétés car le procès organisé après le lynchage s'achève par un
non-lieu.
Mais chez les Crawford, l'histoire s'est transmise de génération en
génération.
Doria Johnson se souvient d'un grand portrait du patriarche accroché
chez sa
grand-tante Annabelle. "On n'en parlait pas, mais tout le
monde
savait. C'est un héritage, mais aussi un fardeau."
Les échos du crime
continuent de résonner sur les
vies, des années après. Aucun membre de la famille n'a jamais voulu
s'engager
dans l'armée. "Comment pourrait-on se battre pour l'Amérique ?"
Plus jeune, Doria Johnson a même traversé une phase de rage. "Au
lycée,
j'étais dans une école intégrée et alternative, qui mélangeait les
Noirs et les
Blancs. Mais ensuite j'ai découvert la réalité. J'ai découvert que
j'étais
noire."
Elle rejoint un temps
le groupe radical Nation of
Islam, se met à "rejeter tous les problèmes sur les Blancs",
devient "une révolutionnaire". Aujourd'hui encore, quand elle
regarde le drapeau américain, elle y voit "des étoiles, des
rayures,
mais aussi le racisme et l'oppression. La violence est une spécialité
américaine autant que la tarte aux pommes". Elle avoue avoir
longtemps
eu "du mal à voter".
C'est en 1988 que Doria
Johnson transforme la malédiction
familiale en expérience positive. Son frère vient de mourir du sida.
Dévastée,
elle se plonge alors dans l'histoire de sa famille. En 1990, elle se
rend pour
la première fois à Abbeville. Elle commence par l'église dont son
ancêtre était
secrétaire : ce poste, découvre-t-elle, est tenu aujourd'hui par... un
Crawford.
Elle rencontre aussi
les descendants des acteurs de
l'époque : ceux du shérif qui s'est en vain opposé à la foule : "Il
paraît qu'il en a parlé, plein de remords, jusqu'à la fin de sa vie."
Ceux de l'épicier juif qui a caché les enfants d'Anthony Crawford
pendant le
lynchage. Mais elle ne trouvera pas la tombe de son aïeul : pour éviter
les
profanations, Anthony Crawford a été enterré en secret.
De fil en aiguille,
Doria Johnson finit par mettre
son histoire au centre de sa vie. Oublié le travail dans un cabinet
d'avocat,
elle vend sa maison, reprend des études et obtient une bourse pour une
thèse de
doctorat. Son sujet : le rôle des lynchages dans la grande migration,
l'exode
des Noirs américains du Sud vers le nord des Etats-Unis de 1915 à 1930.
Aux
étudiants, elle veut enseigner l'histoire des Noirs américains. Mais
pas
n'importe comment : "Traditionnellement, l'histoire raconte le sort
des
élites. Je veux dire aussi celui des victimes."
Elle parcourt aussi les
Etats-Unis pour raconter
son histoire. Non sans effet : en 2005, le Sénat a voté une résolution
pour
demander pardon aux descendants de victimes de lynchage. Car pendant la
première moitié du XXe siècle, par trois fois, les sénateurs
ont
refusé de voter une loi condamnant les lynchages. "C'est une mesure
symbolique, mais c'était nécessaire, dit-elle. Pour l'occasion,
une
centaine de Crawford avaient fait le voyage à Washington."
Reste que Doria Johnson
n'a pas beaucoup d'illusions
sur les Etats-Unis. L'élection d'Obama n'y change rien : "C'est une
victoire esthétique. Il ne dit rien sur l'injustice faite aux Noirs."
Et elle continue de se battre : quand elle a voulu prendre un
appartement à
Madison (Wisconsin), là où elle enseigne, une propriétaire a refusé de
le lui
louer à cause de la couleur de sa peau. Le procès est en cours.
Aujourd'hui, Doria
Johnson veut fouiller encore
plus loin dans son passé. Elle a fait des tests ADN, pour savoir de
quelle
région d'Afrique venaient ses ancêtres. Pour quoi faire ? "Je suis
citoyenne des Etats-Unis, mais je suis africaine." L'année
prochaine,
elle ira au Nigeria.
Claire Guillot
Source
17/07/09
Barack Obama
prône une
"nouvelle mentalité" en sermonnant les Afro-Américains

Jeudi était journée black
à la Maison Blanche.
Avant d'aller faire un discours à New York devant le congrès de la
National
Association for the Advancement of Colored People (NAACP),
l'association
historique de défense des droits civiques, Barack Obama a nommé une
Afro-Américaine à la tête de la commission contre la discrimination
dans
l'emploi. Et il a emmené 7 journalistes noirs dans l'avion
présidentiel. Il a
évoqué avec eux un incident qui a été mis sur le compte du racisme, à
Philadelphie. "Si les gens pensent qu'il n'y a plus de racisme
parce
j'ai été élu, ils se trompent", a-t-il estimé.
L'objectif
de la Maison Blanche est de dissiper le léger malentendu qui s'est
installé
entre une partie de la communauté noire et le premier président black
des Etats-Unis. Les associations lui reprochent de ne pas vouloir
reconnaître
la spécificité des problèmes des Afro-Américains (selon le Center for
American
Progress, le taux de chômage est de 20 %, soit le double du reste de la
population). M. Obama répond qu'en tentant de sauver l'économie, il
travaille
pour tous les Américains, et en particulier pour les plus déshérités.
"La
meilleure chose que je puisse faire pour la communauté
africaine-américaine ou
latino ou asiatique, ou toute communauté que ce soit, c'est de relancer
l'économie", disait-il il y a
quelques semaines.
Devant
la NAACP, qui fêtait, jeudi 16 juillet, son centenaire, le président a
évoqué
l'emploi, la prison, la santé. Il y a moins de discrimination
aujourd'hui aux
Etats-Unis qu'il n'y en a jamais eu, a-t-il dit. Mais "ne vous y
trompez pas, a-t-il nuancé, la douleur de la discrimination est
encore
ressentie en Amérique". Les jeunes Noirs ont "cinq fois plus
de risques que les enfants blancs de voir l'intérieur d'une prison".
Et le sida frappe la communauté africaine-américaine avec "une
force
disproportionnée".
D'AUTRES
MODÈLES
Mais
M. Obama a aussi tenu le langage de la responsabilité individuelle.
Dans ce que
le New York Times a appelé un "sermon", le président a
appelé les parents à mettre de côté les Nintendo et autres Xbox, à
mettre les
enfants au lit "à une heure raisonnable" et à leur inculquer
que grandir dans la pauvreté n'est "pas une excuse" à de
mauvais résultats scolaires. Autre recommandation : leur donner
d'autres modèles
que les champions de basket ou de rap.
"Nous
avons besoin d'une nouvelle mentalité, de nouvelles attitudes, a-t-il
plaidé. L'un des héritages les plus destructeurs et les plus
durables de la
discrimination est la manière dont nous avons intériorisé le sens des
limites,
la manière dont tant d'entre nous en sont venus à attendre si peu."
Corine Lesnes
(Washington, correspondante)
La police
cherche des immigrants
La police de Québec
tente de recruter des
immigrants pour diversifier son personnel policier et se rapprocher des
communautés ethniques.
Le nombre d'immigrants
a bondi de 30% à Québec
entre 2001 et 2006, révèle une étude dévoilée en août par l'économiste
Jean-Pierre Lessard et le démographe Abdul Echraf. Le taux de rétention
des
immigrants à Québec a atteint 85% au cours de la même période,
comparativement
à une moyenne nationale de 80%, révèle la même étude.
Lien de confiance
La population de Québec
se diversifie et la police
de Québec doit s'adapter, constate Serge Bélisle. «Il faut qu'on
prépare
l'organisation policière (de Québec) à vivre la diversité culturelle.
La
population immigrante a sa place dans notre organisation policière et
dans
l'administration municipale. Il y a des standards à atteindre et il
faut faire
des efforts», prévient le chef de police en entrevue.
Selon M. Bélisle, la
présence d'immigrants parmi
les patrouilleurs permettra de créer un lien de confiance avec les
populations
immigrantes de Québec. «Ça permettra de démontrer qu'ils ont leur place
dans la
vie de Québec», dit-il.
Des efforts sont en
cours dans les collèges pour
recruter des candidats provenant de communautés culturelles
immigrantes. Les
candidats sont rares. «Je voudrais bien embaucher des jeunes Chinois ou
des
Haïtiens, mais il n'y en a pas», s'exclame Serge Bélisle.
À son avis, la
population immigrante de Québec
n'est pas suffisante pour offrir un bassin de candidats souhaitable.
«Il faut aller les
chercher ailleurs dans la région
de Montréal», se résigne le chef Bélisle.
Profilage racial
Ce rapprochement
souhaité auprès des communautés
ethniques sur le territoire de Québec per mettra de réduire les risques
de
profilage racial, qui découle, selon M. Bélisle, «d'une méconnaissance
du
policier des coutumes de la communauté qui peut l'amener à avoir un
comportement qui peut être mal interprété.»
Les policiers de Québec
reçoivent régulièrement de
la formation sur les moeurs et les coutumes des communautés
d'immigrants et sur
le profilage racial, ajoute M. Bélisle de la part de leurs collègues
qui
reviennent de missions à l'étranger (Haïti, Kosovo, Timor oriental etc).
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