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50 meurtres sont commis chaque jour en Afrique
du Sud
"Sensationnaliste et alarmiste." Le Congrès national africain (ANC), le parti au
pouvoir en Afrique du Sud, n'avait pas mâché ses mots début septembre en
apprenant la décision du Canada d'accorder un statut de réfugié à Brandon Huntley.
Ce Blanc de 31 ans, originaire de la ville du Cap, s'était plaint d'avoir été
cambriolé et tabassé sept fois par des Noirs à cause de sa couleur de peau. Les
statistiques annuelles de la criminalité, rendues publiques mardi 22 septembre,
confirment le haut niveau d'insécurité régnant dans le pays, mais mettent à mal
l'idée d'une violence raciste.
D'avril 2008 à
mars 2009, le nombre de meurtres a légèrement baissé (3,4 %) avec 18 148 actes
recensés, soit cinquante par jour. Il demeure l'un des taux les plus élevés du
monde malgré une diminution constante depuis 1994. Mais ces homicides ne sont
pas le fruit du hasard. Ils résultent souvent d'une dispute qui tourne mal
entre amis ou membres d'une même famille. "Une grande proportion des
meurtres, viols et autres crimes a lieu entre connaissances, particulièrement
au sein des communautés pauvres dont les conditions de vie ne permettent pas
une vie de famille et une vie sociale décente", a précisé le ministre
de la police, Nathi
Mthethwa.
Les viols
sous-estimés
Vingt-sept
mille sept cent cinquante viols ont été portés à la connaissance des autorités.
Un chiffre largement en deçà de la réalité : des études évoquent 1 500 cas par
jour, dont la plupart se déroulent au sein du cercle familial. Alors que 41 000
nouveaux policiers sont en train d'être formés en prévision de la Coupe du
monde de football en juin prochain, les crimes violents ont diminué de 2,8 %.
Deux autres types d'infractions ont bondi : les cambriolages dans les
entreprises (41,5 %) et dans les domiciles privés (27 %) qui ne sont pas
cantonnés aux banlieues riches selon le ministre.
Les perceptions
parfois biaisées jouent toutefois un rôle important dans l'image que se
renvoient les groupes composant la "nation arc-en-ciel". "Des
Blancs pensent qu'ils sont attaqués à cause de leur couleur de peau, mais c'est
rarement le cas, explique Johan Burger,
chercheur à l'Institut d'études de sécurité (ISS), à Pretoria. Une famille
blanche a des revenus en moyenne supérieurs au reste de la population, elle est
donc une cible plus lucrative pour des jeunes Noirs souvent durement frappés
par le chômage." Avant d'ajouter : "Ils sont là pour voler,
même si c'est vrai qu'une fois dans la maison, certains peuvent asséner
deux-trois remarques racistes."
Pour justifier
sa demande auprès de la justice canadienne, Brandon Huntley a affirmé avoir été
traité de "colon" et de "chien blanc" par ses
agresseurs noirs. Huit cent mille Blancs ont quitté le pays entre 1995 et 2005
(le pays compte 48,7 millions d'habitants). Pour Marius Roodt
de l'Institut sud-africain des relations raciales (Sairr), "ces
émigrants sont des personnes qualifiées qui ont les moyens de partir à
l'étranger pour trouver un meilleur emploi, certains Noirs font de même".
Porte-parole
d'Afriforum, une association défendant les droits de la minorité blanche, Willie Spies
comprend les candidats au départ : "Il y a ce taux inacceptable de
criminalité, ce programme de discrimination positive d'accès à l'emploi en
faveur des Noirs et ces services publics qui se dégradent." Elu
président, en avril, en promettant de réduire la criminalité de 7 à 10 % par
an, Jacob Zuma
vient de nommer un chef de police réputé pour sa fermeté. Le Parlement devrait
prochainement discuter un projet de loi élargissant les conditions d'usage des
armes par les forces de l'ordre.
Sébastien
Hervieu
LeMonde
23/09/09
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