Mahmoud Abbas peine à enrayer son déclin de popularité
DJENINE,
Cisjordanie - S'efforçant d'enrayer son déclin de popularité parmi les
Palestiniens de Cisjordanie, Mahmoud Abbas a effectué mardi une rare incursion
hors de son quartier général de Ramallah et s'est rendu à Djénine, pour la
première fois depuis qu'il est devenu président, il y a près de cinq ans.

Mahmoud
Abbas lors de sa visite à Djénine mardi, la première depuis qu'il est devenu
président, il y a près de cinq ans. S'efforçant d'enrayer son déclin de
popularité parmi les Palestiniens de Cisjordanie, Mahmoud Abbas a effectué
mardi une rare incursion hors de son quartier général de Ramallah avec cette
visite à Djénine. (Reuters/Mohamad Torokman)
Conscient de
subir une perte de confiance notable, le chef du Fatah a tenté de tordre le cou
aux rumeurs colportées par ses rivaux du Hamas voulant qu'il ait encouragé
Israël à intervenir l'hiver dernier à Gaza contre le mouvement islamiste.
"Je
veux répondre à l'accusation de collusion formulée par ses dirigeants. S'il y
avait eu collusion, nous ne les aurions pas prévenus une fois, deux fois, trois
fois même de l'imminence de l'agression", a asséné le président
palestinien à une foule de quelque 1.500 étudiants.
Certains de
ceux-ci ont tenu à immortaliser l'événement en prenant des photos du successeur
de Yasser Arafat, un vétéran du mouvement nationaliste qu'ils n'avaient jamais
vu auparavant en chair et en os, mais seulement sur des affiches ou bien encore
à la télévision.
Puis Abbas a
contre-attaqué, assurant que, loin d'être des héros, les chefs du Hamas ont fui
l'offensive israélienne de décembre et janvier derniers pour gagner le Sinaï à
bord d'ambulances, une accusation démentie aussitôt par le mouvement islamiste
qui égale en gravité celle de collaboration avec l'Etat juif.
Il n'y a encore
pas si longtemps, Abbas ne se serait pas abaissé à relever une telle insulte,
mais, aujourd'hui, il est accablé de critiques lui reprochant d'être
désespérément coupé du peuple, de n'être qu'une marionnette entre les mains des
Etats-Unis, quand ce n'est pas d'être carrément un traître à la cause
palestinienne.
DÉSARROI
DANS SON PROPRE CAMP
Pour complaire
à Barack Obama, Mahmoud Abbas a consenti le mois dernier à rencontrer sous son
égide le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu - un sommet qui a
fourni à celui-ci une flatteuse occasion de photo sans pour autant à avoir à
concéder au chef de la Maison blanche le gel de la colonisation juive.
Mahmoud Abbas
aurait pu s'en remettre, car la plupart des Palestiniens sont conscients qu'il
doit tenir compte de la forte pression d'un président américain qui a jeté tout
son poids dans la balance pour tenter d'arracher un accord de paix global.
Mais il a accru
son impression de faiblesse deux semaines plus tard en consentant, à nouveau
sous la pression américaine, à reporter à mars prochain toute action de l'Onu
sur le rapport indépendant du juge sud-africain Richard Goldstone mettant en
cause le comportement de Tsahal lors du conflit de Gaza.
Le Hamas a
immédiatement saisi l'occasion de cette reculade pour accuser Abbas de brader
la cause nationale, certains chefs du mouvement allant jusqu'à exiger son
jugement pour trahison.
Même au sein du
propre camp du président le désarroi était manifeste. Ses collaborateurs se
sont démenés pour tenter de réparer ce qu'ils considèrent comme une "erreur"
qu'il faudra du temps à effacer des mémoires, assurant qu'elle résulte d'un imbroglio
diplomatique fondé sur de mauvaises informations.
Durant ses cinq
ans de pouvoir, Abbas, qui est âgé de 76 ans, s'est rarement préoccupé des
critiques, adoptant une attitude distante et préférant se cantonner à la haute
politique, que ce soit à l'étranger ou de son QG de Ramallah.
NI
BAIN DE FOULE, NI EFFUSIONS
"C'est
la première fois que je vois le président. Je suis très excité. J'espère qu'il
se déplacera plus souvent", confie Ahmed Hussein, juché sur une
chaise pour pouvoir prendre la photo d'Abbas au-dessus de la forêt de drapeaux
palestiniens brandis par les étudiants, qui ont bénéficié d'un jour de congé
pour cette visite.
Mais Abbas a
peut-être attendu trop longtemps pour changer son comportement. Durant ses
années de pouvoir, aucun progrès tangible vers la création d'un Etat
palestinien indépendant et une paix juste n'a été accompli. Pendant son
discours, mardi, le rugissement des avions israéliens dans le ciel venait
rappeler cette dure réalité.
Au lieu de la
paix dont il rêve, le mouvement palestinien a connu le plus profond schisme de
son histoire, avec mise en déroute des forces du Fatah par celles du Hamas, qui
a consacré en juin 2007 une partition de faite entre la bande de Gaza et la
Cisjordanie.
L'impression
domine désormais que l'érosion de ses soutiens pourrait bien être irréversible,
menaçant d'emporter le Fatah, le mouvement nationaliste historique longtemps
incontesté, qui doit maintenant se démener pour reconquérir une population qui
s'est tournée vers les héros islamistes intransigeants de la résistance.
Le déplacement
d'Abbas à Djénine s'inscrit manifestement dans cette tentative de reconquête
des coeurs et des esprits, mais il n'a donné lieu à aucun bain de foule ni
effusions.
Abbas était
entouré de centaines de gardes du corps et policiers armés. Entre ce dispositif
de sécurité impressionnant et les limousines noires roulant à vive allure
toutes sirènes hurlantes, le contact avec le peuple a été minimal.
Abbas, de toute
façon, n'a jamais été aussi populaire que son charismatique prédécesseur,
Yasser Arafat, mort fin 2004.
"Je ne me suis pas déplacée pour aller le
voir, parce que, contrairement à Arafat, il ne se préoccupe pas du petit
peuple. Mais je me serais déplacée pour voir Arafat", confie une
femme derrière la grille de son jardin.
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