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Bombardement de Dakar en septembre 1940 : Un témoin raconte les péripéties de cette «petite guerre»

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Lundi 21 septembre 1940, peu de Sénégalais se rappellent de cette date symbolique de l’histoire contemporaine du Sénégal, voire du monde. En effet, il y a 69 ans, jour pour jour, les troupes de la France libre du Général De Gaulle et ceux du Maréchal Pétain se livraient une ‘petite guerre’ pour mettre la main sur la flotte de guerre basée à Dakar.

‘Récemment, des Sénégalais m’ont dit qu’ils ne savaient rien de cette date. Or la date du 21 septembre 1940 doit figurer en bonne place dans les livres d’histoire’. Celui qui parle ainsi est l’ancien ministre Alioune Diagne Mbor. A 86 ans, il est le ‘gardien du temple’ de la collectivité léboue de Dakar où il fait office de Ndéy Ji Rew. En 1940, le monde est plongé dans la Deuxième Guerre mondiale depuis un an. Lui n’avait que 17 ans, donc mineur. Pour autant, il a vécu en direct le bombardement de Dakar par les troupes de la France libre fidèles au Général De Gaulle contre les pétainistes signataires de l’armistice pour la fin de la guerre après l’occupation par l’armée allemande de la France. Nous l’avons rencontré à la mosquée de Santhiaba pour nous faire relater cette histoire souvent méconnue de Dakar. Il est revenu d’abord et avant tout sur les péripéties et les enjeux de cette ‘petite guerre’ à Dakar.

‘Après la signature de l’armistice par le maréchal Pétain, De Gaulle était convaincu que la France pouvait gagner la guerre en comptant sur ses alliés ; mais surtout sur son empire colonial qui pouvait être une base arrière. C’est ainsi qu’avec ceux qui se réclamaient de la France libre, il est allé en Grande-Bretagne pour lancer son fameux appel du 18 juin. Après l’armistice, la marine de guerre française était divisée en deux parties, à l’image de la France. Une partie était en Méditerranée et s’est repliée à Toulon, une autre en Afrique du Nord à Med El Kébir. Et l’autre partie était à Dakar. Il y avait beaucoup d’infrastructures de défense à Dakar, dont des bateaux de guerre comme le Richelieu qui était une pièce maîtresse de la flotte de guerre française et tant d’autres. L’enjeu était pour les gaullistes de récupérer ou de neutraliser cette flotte avant que l’ennemi allemand ne l’utilise contre eux’, raconte le vieux Alioune Diagne Mbor, témoin privilégié des évènements de cette époque.

Selon lui, à l’époque, le gouverneur général de l’Aof, un certain Boisson, était un fidèle du maréchal Pétain. Mais précise-t-il, ‘avant d’attaquer Dakar, les gaullistes ont envoyé au gouverneur une délégation dans laquelle se trouvait un grand Pierre Mesmer qui deviendra plus tard Premier ministre. Mais la chaloupe à bord de laquelle ils se trouvaient, sera accueillie par des tirs de mitraillette. Et en guise d’explication, le gouverneur Boisson dira : ‘On m’a confié Dakar ; je vais le défendre.’ Les gaullistes sont retournés sur leurs pas, puis la bataille a commencé’.

C’est exactement le lundi 21 septembre 1940 au matin que des bombes et des obus tirés à partir des bateaux de guerre sont tombés sur Dakar, semant la panique au niveau de la population qui a cherché à se sauver. ‘Nous avons d’abord vu les avions survoler Dakar en distribuant des tracts sur lesquels, il est écrit : ‘Nous voulons ravitailler Dakar’, ‘Nous voulons sauver Dakar’, etc. Puis, des obus se sont battus sur Dakar dans cette matinée du lundi.

C’est ainsi qu’un obus est tombé à la rue 11 en face de l’actuel stade Iba Mar Diop, semant la panique générale. Le soir même, les troupes gaullistes ont tenté un débarquement à Rufisque ; mais elles seront repoussées. Le lendemain, la bataille a repris de plus belle. C’est en ce moment que les gens ont eu peur et ont commencé à sortir des maisons. Même un train a été mis à la disposition de ceux qui voulaient partir. A Dakar, des populations sont allées se réfugier dans la forêt de filaos qu’il y avait à l’emplacement de l’actuelle Sn Hlm, d’autres au parc de Hann. C’est après que les vieux de la collectivité léboue ont intimé l’ordre aux adultes hommes de ne pas sortir de Dakar. Le soir, ils ont organisé un rituel mystique. J’étais là avec les anciens. J’avais 17 ans. On a égorgé des bœufs. Le lendemain, la flotte est partie vers Banjul, car c’étaient des Anglais. De Banjul, les troupes sont allées à Brazzaville où il y avait un gouverneur noir d’origine antillaise, Félix Eboué, un gaulliste. Il les a accueillies.Et c’est de là qu’elles ont organisé la deuxième division blindée qu’on appelait l’armée d’Afrique qui va tout libérer sur son passage jusqu’à entrer en premier à Paris sous le commandement du général Leclerc’, explique notre interlocuteur.

Selon Alioune Diagne Mbor, Dakar jouera un rôle capital en tant que base d’appui et point de ravitaillement des troupes alliées comme les soldats américains, même s’il n’est pas tombé le 21 septembre entre les mains des gaullistes. Mais ce qui le désole après tout, ce sont les tracasseries que subissent les enfants et les petits-enfants de ceux qui se sont battus pour libérer la France et qui ‘étaient convaincus qu’ils étaient les enfants de la patrie’, comme on dit dans la Marseillaise.

Mamadou SARR
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