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Les
feux de la haine
Après Musi
Kanda Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY se penche sur la folie de
l'expulsion de nos frères Congolais de RDC du Congo par les autorités du Congo
Brazzaville. Un sujet que traite également notre confrère de RDC " Le
Potentiel ". A lire.
Voilà un feuilleton policier que les Congolais des deux
rives ne veulent plus voir, à cause des scènes montrant les forces du désordre
(cobras) rackettant des civils. Les acteurs principaux (Les généraux Paul Mbot,
Jean-François Ndenguet et compagnie) sont vêtus d’uniforme de brutalité avec
une matraque à la main. Ils chargent leurs fourgons d’innocents dont le seul
tort est d’être originaires du territoire voisin. Et ce feuilleton se termine
toujours par la fermeture des frontières maritimes qui paralyse les échanges
commerciaux entre les deux rives. Non ! Plus personne n’en veut. C’est du déjà
vu.

Jean Kungi, petit commerçant originaire du Congo-Kinshasa,
a été molesté dans le quartier de Mikalou par des voyous en tenue de gendarme,
probablement des miliciens cobras déguisés en agent de la force publique. Ses
agresseurs lui ont amputé deux doigts, coupé une oreille et versé de l’essence
avant de le brûler vif. Heureusement, la victime a été secouru à temps. « Mon
pays va mal » chantait Tiken Jah Fakoly à propos de la Côte-d’Ivoire. Ce
refrain pourrait être aussi valable pour le Congo-Brazzaville qui a subitement
renoué avec ses vieux démons. L’été 2008, nous étions tous tétanisés en voyant
à la télévision des images des gens immolés en Afrique du sud. Ce pays qui
avait pourtant réussi à sortir d’une longue période d’ignominie, venait de
faire un grand bond en arrière. De nombreuses voix s’étaient alors élevées pour
condamner les violences dont étaient victimes des mouvements anti-apartheid.
Une fois ce brasier éteint, c’est le Congo-Brazzaville qui semble emprunter le
même chemin. Est-ce cela le « Chemin d’avenir » que le « pyromane » Sassou Nguesso
a promis à ses concitoyens ? En tant que Congolais, notre devoir est de dire « Stop
! » pour éviter le pire. C’est de la stigmatisation que naissent les actes
de purification ethnique. Sommes-nous prêts à endosser une si grosse
responsabilité ? Non, car les Congolais dans l’ensemble ne sont pas xénophobes,
j’en veux pour preuves les nombreux mariages qui se font tous les jours entre
les citoyens des deux Congo. Claudia et Kristel Nguesso ne sont-ils pas nés
d’une mère originaire de la R.D.C ?
L’opération baptisée « STERILISATION » que vient d’initier le ministère de
l’Intérieur n’est rien d’autre qu’un rideau de fumée, pour détourner
l’attention des Congolais des vrais problèmes. On se demande parfois, si nos
dirigeants n’ont pas un caillou à la place du cerveau. Stériliser signifie
rendre exempt de germes, autrement empêcher la reproduction des microbes. Nos
frères d’en face seraient-il devenus des microbes ? On n’a pas besoin d’être un
fan de Rumba pour se rendre compte du sentiment fraternel qui prévaut de
l’autre rive du fleuve. Les artistes kinois ne cessent de renouveler leurs vœux
de fraternité en chansons aux Congolais de Brazzaville: « Kinshasa-Brazza
ezali mboka moko, kaka ebale moto ekabola biso...» (Kinshasa et
Brazzaville ne forment qu’un seul pays, seul le fleuve nous sépare…) ; Nous ne
devrions pas oublier que nos frères de Kinshasa ont été bienveillants à notre
égard, lorsque certains d’entre nous ont trouvé refuge en R.D.C pendant les
guerres de 1997 et 1998 que notre pays a connus. S’il fallait stériliser le
Congo-Brazzaville, il vaudrait mieux commencer d’abord par nettoyer sa classe
politique gangrénée de gangsters. Une décision aussi grave ne saurait être
prise sans la soumettre par voie de référendum au peuple congolais, qui dans sa
grande majorité réprouve ces expulsions. En 1978, M. Yhombi Opangault,
successeur de Marien Ngouabi, avait lui aussi initié une opération similaire,
en ordonnant l’expulsion massive de nos congénères ouest-africains. Les témoins
de ces tristes événements en ont gardé un très mauvais souvenir. L’histoire a
tendance à se répéter avec ceux qui sont amnésiques. Qui savait que Yhombi
allait lui-même être menacé d’expulsion à son tour pendant son exil parisien ?
Attention, la roue tourne !
En 1965, le Premier
ministre Moïse Tshombé, un inculte mégalomane manipulé par les Belges, décréta
l’expulsion massive des Congolais de Brazzaville résidant au Congo-Léopoldville
(actuel Kinshasa). Cette décision suscita une réaction réciproque de son
homologue brazzavillois. Pendant la guerre froide, les deux Congo se sont
livrés à des expulsions injustifiables. La dernière opération de ce genre
s’était déroulée au Congo-Brazzaville, en août 1992, juste avant l’élection
présidentielle, décision imputable au gouvernement de transition. 150 Kinois
trouvèrent la mort au Beach de Brazzaville, après l’effondrement d’un pont.
Apparemment, ces événements tragiques n’ont pas servi de leçon au
Brazzavillois. Le 21e siècle est censé être le siècle de la Renaissance
Africaine, chère à tous. Les autorités des deux Congo ne devraient plus
reproduire les mêmes forfaits. Le micro-nationalisme est un héritage néfaste de
la colonisation. Si le Chancelier allemand Otto Van Bismarck n’avait pas
utilisé son épée pour diviser le « gâteau » africain sous l’insistance des
puissances coloniales européennes, il n’y aurait eu qu’un seul Congo, celui de
nos ancêtres, magnifié en chanson par feu Franklin Boukaka. Le pont
sur le Congo n’enjambera jamais le fleuve, tant que nous ne nous
débarrasserons pas de notre mentalité coloniale. Nous ne sommes ni des
descendants de Gaulois, de Wallons et de Flamands pour entretenir un climat
conflictuel. Nous sommes tous Congolais parce que nous avons la même origine.
Nos coutumes et langues communes (lingala, kikongo, kitouba, kitéké, kiyombé…)
devraient être les vecteurs de notre unité.
Depuis la guerre de 1997, le Congo-Brazzaville a intégré la violence dans ses
mœurs, des milliers de ses ressortissants ont préféré s’exiler à la recherche
d’un havre de paix. Aujourd’hui, on retrouve d’importantes communautés
congolaises un peu partout en Afrique de l’Ouest, où aucun Congolais n’aurait
imaginé émigrer. Et ces pays d’accueil semblent être bienveillants. Alors,
pourquoi les autorités de Brazzaville devraient-elles expulser nos frères d’en
face ? Les Congolais de Kinshasa ne sont en aucun cas responsables de nos
difficultés économiques. La misère qui sévit au Congo-Brazzaville est le
résultat de la gabegie financière dont le seul coupable est le régime actuel.
Où sont passés les 11 milliards de dollars de revenus pétroliers de ces trois
dernières années ?
Il y a 99 ans, Henry Sylvester Williams, premier avocat noir au barreau de
Londres, convoqua une réunion dans la capitale anglaise, à laquelle tous les
Africains et Afro-descendants furent conviés. C’est ce jour que naquit le
panafricanisme. En 1945, Kwame Nkrumah, George Padmore et bien d’autres leaders
noirs firent de même au Congrès de Manchester. C’est le panafricanisme qui dopa
la lutte pour l’indépendance des pays africains et de la diaspora (Guyana,
Surinam, Trinidad and Tobago, Jamaica…). Au lieu de se diriger vers le
fédéralisme, les dirigeants africains maintiennent la balkanisation.
La carte de séjour est un concept occidental que les Africains ne sont pas
obligés de calquer. Tout ce qui est valable en Occident ne l’est pas forcément
en Afrique. Nous sommes Congolais, Gabonais, Camerounais, Burkinabè ou
Ivoiriens par la seule volonté du colon. Pendant la colonisation, il n’existait
pas des pays, mais deux ensembles sous-régionaux en Afrique dite francophone :
l’A.E.F et l’A.O.F (1). C’est le général De Gaulle qui décida de leur
implosion, pour que la France puisse contrôler les Etats nouvellement «
indépendants ». Pourquoi, les Africains s’obstinent à s’attacher à ces nations
artificielles. La carte de séjour n’existe pas au Mali, et cela n’empêche pas
ce pays, pourtant désertique, de participer à la course du progrès. Les
Africains devraient arrêter de chercher des boucs-émissaires à chaque fois
qu’ils sont confrontés à des difficultés économiques ou politiques. Avant-hier,
c’était les Maliens, Burkinabè, Guinéens… qui ont fait les frais de l’ivoirité
en Côte-d’Ivoire. Hier, c’était les Zimbabwéens, Mozambicains, Malawites… qui
ont été lapidés et immolés en Afrique du Sud. Depuis que l’Angola connaît une
croissance à deux chiffres grâce à ses revenus pétroliers, les autres Africains
n’y sont plus les bienvenus. Et aujourd’hui, c’est le Congo-Brazzaville qui
projette un mauvais feuilleton sur le grand écran de l’absurdité. Ce n’est pas
la présence de nos frères de la rive gauche qui empêche l’eau potable de couler
et la lumière de jaillir au Congo-Brazzaville. C’est depuis février 1885 que
les Africains ont été atteints par le syndrome de Berlin, qui est une tare
mortelle. Comment deux peuples parlant la même langue peuvent se considérer
étrangers.
Le micro-nationalisme est démodé. Seul un Etat fédéral est viable en Afrique,
insista Cheikh Anta Diop. L’unité est le seul rempart efficace conte le
tribalisme. Au lieu de nous détester, regardons-nous comme des frères, ainsi
renaitra l’Afrique de ses cendres. Nous sommes Africains avant d’être
Congolais.
Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY
Ecrivain, documentariste, historiographe
(Institut Cercle-Congo)
Samedi, 05 Septembre 2009
La réciprocité
Congolais expulsés de l’Angola, de la Zambie, du Burundi, de la Tanzanie, et
maintenant du Congo-Brazzaville. Ils sont des milliers qui rentrent dans des
conditions déplorables, comme des bêtes, et totalement démunis. Du moins pour
ceux qui ont la chance de retraverser les frontières communes, dans des
conditions brutales, et de se retrouver dans leur pays. Les uns sont tués,
meurent en cours de leur expulsion. D’autres, s’ils ont encore la chance d’être
seulement blessés, violés, tabassés.
Raison évoquée par leur « pays d’accueil » : situation irrégulière. Malgré de
nombreuses protestations pour que les expulsions soient consensuelles afin que
ces compatriotes bénéficient d’un minimum de considération, de dignité humaine,
rien n’est fait. Bien au contraire, le rythme d’expulsions s’accélère au fil
des mois comme si ces congolais là sont devenus des pestiférés qui ne peuvent
en aucun cas profiter des avantages découlant des conventions internationales
ainsi que des accords bilatéraux.
Il est vrai, on ne peut se faire l’avocat des aventuriers. Ceux qui croient que
l’eldorado se trouve dans certains pays voisins et que l’on peut y aller comme
l’on veut pour tenter l’aventure. De telles personnes qui se comportent à la
manière des hors-la-loi devraient subir la rigueur de la loi des Etats
souverains. Mais dans la dignité de la personne humaine.
Qu’aujourd’hui le gouvernement congolais ait pris conscience qu’il existe aussi
des « irréguliers » en République démocratique du Congo, et qu’il y a lieu de
procéder à leur expulsion du territoire national, il importe de saluer cette
décision. En effet, des étrangers de toutes les nationalités, de tous bords,
des européens aux africains en passant par des asiatiques, sont passés entre
les mailles des services de l’immigration. Parfois aidés par leurs complices
congolais pour s’installer au Congo. Ils sont tellement nombreux, sans
qualification, qui se sont permis de ravir le droit de l’exercice de certains
métiers aux Congolais. Ils ont transformé la RDC en un far West ou eldorado,
c’est selon, et se distinguent par des réalisations suspectes. Que dire tout
simplement de ces « banques » qui poussent comme des champignons en RDC ?
Le Congo ne doit nullement être une terre fertile des réseaux maffieux et des
contrebandiers de tout genre, au risque que de faire le lit du terrorisme
international.
Si les pays voisins entendent faire le ménage chez eux, il est tout aussi
naturel que les autorités congolaises mettent de l’ordre dans la boutique. Des
mesures de réciprocité doivent être prises sans délai. Sans état d’âme. Au nom
des lois qui régissent la République démocratique du Congo.
Le Potentiel.
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