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Appel pour une
gouvernance mondiale effective,
Michel
Camdessus, Kofi Annan et Amartya Sen
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K. Annan
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A. Sen
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M. Camdessus
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Le 22 septembre 2009
En novembre dernier à Washington et
il y a quelques mois à Londres, au milieu de l’inquiétude suscitée par la crise
économique et financière mondiale, l’engagement collectif des dirigeants du G20
pour stimuler, réguler et restructurer l’économie globale, est parvenu à
restaurer la confiance.
La
plupart des problèmes qui avaient justifié de tels efforts restent cependant
entiers. Certes, les inquiétudes se sont atténuées dans les salles de conseils
d’administration et sur les marchés boursiers mais le drame de la survie
quotidienne demeure, voire s’est aggravé pour bien des villes et villages des
pays les moins développés, particulièrement dans la plus grande partie de
l’Afrique.
Les
Nations Unies, la FAO et les institutions de Bretton Woods annoncent que les
effets directs et indirects de l’effondrement économique mondial se feront
sentir longtemps encore dans ces pays. Des emplois ont été détruits, des
sources de revenus ont été perdues et des opportunités se sont évanouies. Des
dizaines de millions de personnes sont venues grossir les rangs des centaines
de millions qui souffrent de la pauvreté absolue ; les progrès acquis en
direction des objectifs de développement du millénaire ont été, eux, renversés.
Le G20
a reconnu que les personnes et les pays les plus pauvres du monde ne devraient
pas subir les conséquences négatives d’une crise dont ils ne sont pas
responsables. Pour cela, il a lancé un programme de soutien ambitieux. Cette
dynamique doit être maintenue. Quatre domaines nous apparaissent d’une
importance particulière à ce propos.
Comme il va de soi, les dirigeants du
G20 doivent tout d’abord tenir leurs engagements de Washington et de Londres
pour la mise en œuvre d’un plan d’action pour la reprise et des réformes
globales. Ils ont reconnu leur responsabilité collective d’atténuer les
conséquences sociales de la crise et réduire au minimum son impact sur le
potentiel global de croissance ; ils doivent maintenant vérifier dans
quelle mesure leurs contributions se sont traduites par des changements réels
en faveur des pays en développement.
Il y a
certes des signes encourageants. Ainsi, en juillet dernier, le Fonds monétaire
international a annoncé une augmentation substantielle et appréciable de ses
prêts à des taux très privilégiés aux pays les moins développés ;
plusieurs d’entre eux -dont l’Éthiopie, le Malawi et l’Afrique du Sud- ont déjà
perçu leur allocation de droits de tirages spéciaux ; cela devrait les
aider à faire face à la crise économique. Bon nombre cependant des pays
vulnérables s’échinent encore à mettre en place des investissements de relance
économique et s’efforcent d’étendre leurs services de protection sociale. Ceci
suggère la nécessité de contributions additionnelles et soulève quelques
questions sur la rigueur des critères d’éligibilité aux prêts de la Banque
mondiale et ses modèles d’allocation de concours lorsqu’ils contribuent à
rendre impossible le soutien des pays en plus grande nécessité.
Ceci
rend plus pressante une seconde série d’initiatives ouvrant aux pays en
développement, y compris les plus pauvres, une plus ample représentation au
sein des institutions financières mondiales et renforçant des organismes
régionaux tels que la Banque africaine de développement. Une architecture
financière globale, pour être équitable et juste, doit non seulement ouvrir
plus largement ses portes aux plus importants pays émergents mais elle doit
aussi s’ouvrir systématiquement aux pays plus pauvres. Les institutions de
Bretton Woods elles-mêmes reconnaissent que ceci les rendrait plus pertinentes
face aux réalités si diverses de la communauté mondiale d’aujourd’hui, face aux
problèmes du changement climatique et de la réduction de la pauvreté ; le
rythme des changements à cet égard devrait donc être accéléré.
De
plus, il importe de s’attacher davantage à adapter le Fonds monétaire
international aux défis des lendemains de la crise. Ceci appelle trois réformes
supplémentaires :
- Un élargissement de son
mandat au-delà des questions macroéconomiques et monétaires pour surveiller les
comptes de capital et les régulations nécessaires, et prévenir les phénomènes
de contagion financière ;
- La mise en place d’un
conseil politique de très haut niveau pour permettre une coordination efficace
et pour fournir un cadre à des décisions stratégiques majeures touchant la
stabilité globale ;
- L’abaissement du seuil de
majorité nécessaire pour les votes les plus importants, de 85 % à 70 ou
75 %, et l’extension du champ des doubles majorités pour d’autres, de
telle sorte que les décisions concernant des aspects essentiels de la vie de
l’institution reçoivent effectivement le soutien de la majorité de ses membres.
Cette
réforme de l’architecture institutionnelle doit s’accompagner d’une troisième
avancée : un accord sur un agenda de travail pour s’attaquer aux obstacles
structurels aux exportations du monde en développement : il s’agit de
toutes les variétés de règles commerciales injustes, de subventions excessives,
de barrières à la propriété intellectuelle et toute autre forme de distorsions
commerciales qui réduisent le potentiel des marchés. Le G20 pourrait en cela
jouer un rôle particulièrement constructif, notamment pour la relance des
négociations de Doha, les réductions de droits de tarifs et de quotas
d’exportations des pays les moins développés, ou l’élimination graduelle des
subventions internes.
Enfin,
le G20 pourrait faciliter les progrès en matière de changement climatique. Ses
membres sont responsables du plus gros des émissions de gaz à effet de
serre ; un accord entre eux à Pittsburg permettrait une avancée
significative vers le succès de la conférence de décembre à Copenhague. Des
progrès sont nécessaires sur les objectifs de réduction d’émissions, les
partages de technologie et de propriété intellectuelle, les questions de
financement notamment pour l’adaptation des pays pauvres ainsi que pour éviter
d’offrir des alibis climatiques à de nouvelles formes de protectionnisme
commercial.
Les défis de notre temps sont nombreux
et complexes. Les sommets de Washington et de Londres ont répondu de façon
responsable aux problèmes des pays du tiers-monde et ont ouvert des
perspectives de changements fondamentales. Nous comptons sur la détermination
des leaders du monde à Pittsburg pour qu’ils écartent des solutions de
compromis qui ne reflèteraient que des communs dénominateurs minimums de leurs
intérêts divergents et pour qu’ils s’entendent, au contraire, sur des solutions
d’urgence pour le changement climatique, la pauvreté persistante et
l’indispensable mise en place d’une gouvernance mondiale effective.
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