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Juifs, Noirs et Africains

Si tout
le monde connaît les Falashas d’Éthiopie, de petites communautés se réclamant
également du judaïsme vivent dans d’autres pays subsahariens.
Abayudayas
d’Ouganda, Ibos du Nigeria, Lembas d’Afrique du Sud et du Zimbabwe, Baloubas du
Congo et Falashas d’Éthiopie ont (au moins) deux points communs : ils sont
africains et juifs. Au Ghana, au Cap-Vert ou au Cameroun, il existe aussi des
petits groupes de personnes pratiquant « une certaine forme » de
judaïsme. Si l’histoire des Falashas éthiopiens a fait l’objet de nombreuses
études, ce n’était pas le cas des autres. Spécialiste du « judaïsme
marginal », chercheuse associée de la School of Oriental and African
Studies de l’université de Londres, Edith Bruder vient de combler ce manque en
publiant The Black Jews of Africa. Ce livre, qui propose un tour d’horizon
quasi exhaustif des communautés juives d’Afrique, revient sur les conditions de
leur émergence et jette les bases d’études futures sur les quelque 30 000 Ibos
qui se disent juifs ou sur l’étonnant leader des Abayudayas d’Ouganda, Samei
Lwakilenzi Kakungulu…
Identifier les
origines de ces communautés relève parfois de la mission impossible. Certains
invoquent les textes bibliques et les passages concernant les Dix tribus
perdues d’Israël ou la rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba.
« La véracité de ces textes est toujours discutée, explique Edith Bruder.
Mais que ce soit vrai ou faux n’est pas le sujet. Une identité est toujours
fondée sur des mythes. La pensée construit parfois des fictions qui deviennent
réelles. » Ainsi, pour nombre d’Éthiopiens, le Kebra Nagast qui fait de
Ménélik le fils de Salomon et de la reine de Saba est une réalité fondatrice
indiscutable…
Ibos,
Lembas…
D’autres
sources, rares, attestent de la présence des juifs au sud du Sahara. « Les
géographes juifs de Majorque affichent dans leurs portulans une connaissance
importante du Mali qui ne pouvait venir que de leurs coreligionnaires »,
affirme la chercheuse. Et si Léon l’Africain raconte que des juifs ont été
chassés de Tombouctou… c’est bien qu’ils y vivaient !
Depuis la fin
des années 1990, des analyses d’ADN ont même permis d’identifier un marqueur
génétique qui serait propre aux descendants d’une caste de prêtres juifs, les
cohanim. Lequel marqueur se retrouve chez certains Lembas. Prudente, Edith
Bruder invite à se méfier de ces études balbutiantes qui « apportent des
informations, mais en aucun cas une preuve indubitable ».
L’expression
des identités juives en Afrique est un phénomène récent qui doit beaucoup à la
reconnaissance des Falashas. « C’est l’élément fondateur, le déclencheur
qui a suscité un déferlement d’affirmations en nourrissant l’imaginaire des
populations là où il existait déjà des mythes ou des légendes locales renvoyant
au judaïsme », analyse Bruder. L’efficacité des moyens de communication
actuels n’a fait qu’accélérer le mouvement.
Dans The Black
Jews of Africa, Edith Bruder s’attarde aussi sur les influences extérieures qui
modèlent la pensée et les pratiques des communautés « judaïsantes »
d’Afrique. Elle insiste sur le fait que les premiers mouvements de juifs noirs
sont nés aux États-Unis et qu’il y a eu un jeu d’échanges entre Africains et
Africains-Américains juifs. Aujourd’hui, le rabbin noir Capers Funnye Jr. est
ainsi en contact rapproché avec les Ibos et les Falashas. Quant à l’association
prosélyte américaine Kulanu, elle « prône la diversité dans le
judaïsme » et apporte son soutien dès qu’un frémissement revendicatif se
fait sentir.
En Israël, l’intégration des Falashas n’a cessé de
poser problème. Ibos, Lembas, Abayudayas et autres envisagent-ils l’aliyah,
l’immigration en Terre sainte ? « Les Lembas juifs occupent souvent de
hautes positions sociales. Je n’en ai pas rencontré qui parlaient d’émigrer,
témoigne Bruder. On ne peut pas schématiser. Mais il faut faire la différence
entre l’aliyah et le rêve que représente Jérusalem. » Une terre promise,
sans doute.
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