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PRATIQUES DE LA DEPIGMENTATION : Le «khessal» jusque dans la cour des foyers religieux

 

visageIl y a trente ans de cela, lorsque le phénomène du «xessal » était visible, personne au Sénégal, n’aurait cru qu’il allait prendre une telle ampleur. Les temps ont changé et les mentalités ont évolué. Ce qui était considéré comme une honte, devient un objet de séduction. Toute femme aspirant au cercle des «driankés » a recours à cette pratique. Pourtant, l'idée de l'interdire avait été émise par des autorités religieuses mais en vain.

Apparu au Sénégal au début des années 1970 surtout dans le milieu des prostituées et autres femmes de mœurs légères, ce phénomène s'est ancré dans nos habitudes comme l’est notre plat national.

Au début, les adeptes le pratiquaient avec les moyens de bord. Les produits utilisés alors étaient le fruit de leur imagination. Une mixture appelée «laax» faite de mélange de savon local, d'eau de javel, de jaune d’œuf, d'ammoniac et autres produits chimiques dangereux d'où les risques de contracter le cancer de la peau.

A titre expérimental, seul le visage était traité. Au résultat, certaines femmes étaient épouvantables à voir. Qu'à cela ne tienne, la pratique du «xessal » a gagné du terrain. Ce ne sont plus ces femmes à la moralité légère qui le font, ni ces produits locaux utilisés. La dépigmentation artificielle de la peau a été depuis quelques années «modernisée » par les véritables «driankés».

Flairant la bonne affaire, les industries cosmétiques ont vite fait d'investir le créneau. Une gamme de produits envahie le marché africain et séduit la gente féminine : crème lumière, «dermo-gel», «movate », «néoprosone lait Edgard».

La vente du «xessal » est le secteur le plus productif parce que le prix varie selon les produits et les marchés. Et il faut 10.000 Fcfa ou 15.000 Fcfa pour avoir l'effet recherché. «Le «xessal » coûte cher » souligne une dame qui se réclame de la haute société (sic). Informaticienne de profession, elle juge son salaire très maigre et s'est convertie dans les affaires. Lorsque nous lui avons demandé ce qui motive sa pratique du «xessal», sa réponse nous désarma : «N’est-ce pas que les hommes préférez les claires?».

Notre interlocutrice nous a fait savoir qu'à l'image des chefs de famille qui à chaque fin de mois se ravitaillent en denrées de première nécessité. Il y a des femmes qui ont un budget mensuel spécial pour entretenir leur teint.

Le «xessal » a même fait irruption dans la cour des marabouts. Nous ne sommes plus au temps où les adeptes de la dépigmentation sont désignées du doigt comme étant les futures candidates à l'enfer. Notre télévision nationale confirme souvent ces propos en nous montrant des femmes responsables politiques membres d'associations religieuses, des femmes et des filles de toutes classes sociales adeptes du «xessal » à l'occasion des meetings ou chants religieux. Dans le milieu des affaires, toutes les femmes Vip pratiquent le «xessal » ou le « leeral ».



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