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AFRIQUE:
Le quéléa, l’oiseau le plus redouté d’Afrique
JOHANNESBOURG, 21 août 2009 (IRIN) - Depuis des
milliers d’années, les agriculteurs de subsistance d’Afrique subsaharienne sont
à la merci du quéléa à bec rouge (quelea quelea en latin) ; les essaims de ces
oiseaux voraces surnommés les « criquets à plumes » continuent à venir
obscurcir le ciel et dévaster les cultures à travers tout le continent.
« Sa principale caractéristique est de se déplacer en
très grand nombre », a dit Clive Elliot à IRIN. Avant de prendre sa retraite,
ce spécialiste des quéléas a passé la plus grande partie de ses 31 ans de
carrière à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
l’agriculture (FAO)
à essayer d’aider les agriculteurs et les gouvernements africains à combattre
ce fléau.
Ces super-colonies nomades peuvent atteindre des
millions d’oiseaux, ce qui fait du quéléa non seulement l’espèce la plus
nombreuse du monde, mais aussi la plus destructrice.
Petit oiseau, énormes dégâts
Bien qu’ils préfèrent les graines des herbes sauvages à
celles des plantes cultivées, ces oiseaux représentent, du fait de leur grand
nombre, une menace constante pour les champs de sorgho, de blé, d’orge, de mil
et de riz.
Le quéléa mange en moyenne 10 grammes de graines par jour
– environ la moitié de son poids – ce qui signifie qu’une colonie de deux
millions peut dévorer jusqu’à 20 tonnes de graines en un seul jour.
La population adulte capable de se reproduire étant d’au
moins 1,5 milliard, la FAO estime les pertes agricoles attribuables au quéléa à
plus de 50 millions de dollars par an.
Un oiseau résistant
Le quéléa est une espèce connue pour sa résistance ; des
millions d’oiseaux sont tués chaque année, mais « réduire leur nombre est très
difficile – ils sont extrêmement mobiles, ont peu de prédateurs naturels et se
reproduisent particulièrement vite. L’homme n’a pas réussi à avoir un impact
significatif malgré la grande diversité des stratégies mises en place », a
expliqué M. Elliot.
« Une nouvelle population peut s’installer très
rapidement dans une zone où vous venez d’éliminer une colonie… [et] comme ils
se reproduisent trois fois par an, avec une moyenne de trois œufs par nid, un
couple de quéléas peut donner naissance à jusqu’à neuf oisillons par an ».
Ces oiseaux, qui sont des migrateurs au long cours,
sont présents sur une surface de plus de 10 millions de kilomètres carrés dans
les régions africaines semi-arides, de brousse, de prairies ou de savane. «
C’est un fléau qui touche de nombreux pays africains, de l’Afrique du Sud
jusqu’au nord du continent, en passant par des pays comme la Tanzanie, le Kenya
et l’Ethiopie, ainsi qu’à travers tout le Sahel, jusqu’en Mauritanie », a
indiqué M. Elliot.
L’agriculture intensive et l’augmentation de la
production céréalière dans tout le continent ont conduit à une multiplication
exceptionnelle du nombre de quéléas ; d’après des estimations, l’espèce serait
aujourd’hui 10 à 100 fois plus nombreuse que dans les années 1970.
Depuis début 2009, des organisations humanitaires ont
signalé une présence massive de quéléas, avec un impact direct sur la sécurité
alimentaire au Kenya en janvier, au Zimbabwe en avril, au Malawi et en Tanzanie
en mai, en Mozambique, en Tanzanie et au Zimbabwe en juin, et en Namibie et en
Tanzanie en juillet.
Il est difficile de compter sur des programmes
d’éradication nationaux, car les oiseaux ne se soucient pas des frontières et «
les destructions sont très localisées – à l’échelle d’un pays, les pertes
s’élèvent à seulement cinq pour cent [des cultures] au plus, mais ce n’est pas
d’un grand réconfort pour l’agriculteur qui perd l’intégralité de ses récoltes
», a commenté M. Elliot.
Incontrôlable
La technique la plus utilisée pour contrôler le fléau
est de traiter à grande échelle les zones infestées, « en général en
pulvérisant du Fenthion, un produit chimique également connu sous le nom de
Queletox – dans les zones de reproduction ou de nidification » a indiqué M.
Elliot.
« Une autre technique consiste à poser des bombes
incendiaires ou de la dynamite dans les endroits où les oiseaux sont
particulièrement nombreux ». Dans certaines régions, on a également tenté de
brûler les nids au lance-flamme, mais cela s’est avéré peu efficace.
D’après l’Institut des ressources naturelles, une
organisation de développement basée au Royaume-Uni, quelque 170 opérations de
contrôle sont effectuées chaque année en Afrique du Sud, permettant de tuer 50
millions d’oiseaux en moyenne.
Cependant,
selon une encyclopédie consacrée à la protection des cultures, Encyclopaedia of
Pest Management, « malgré la destruction annuelle de millions de quéléas par
l’utilisation de pesticides, les dégâts continuent à augmenter d’année en année
». M. Elliot a en outre observé qu’en plus de n’avoir qu’une efficacité
marginale, les méthodes modernes de contrôle sont très néfastes pour
l’environnement.
La plupart des petits agriculteurs, qui n’ont ni avions,
ni combustibles, produits chimiques, dynamite ou lance-flammes, ont recours à
des méthodes traditionnelles ancestrales qui sont plus efficaces et
certainement plus écologiques, mais qui nécessitent énormément de temps.
« La principale technique traditionnelle est d’effrayer
les oiseaux. Les gens se rendent dans les champs quand les cultures sont
vulnérables, et utilisent tout ce qu’ils ont à leur disposition, des catapultes
aux tambours, en passant par tout ce qui permet de faire du bruit. Cette
méthode est assez efficace dans la majorité des cas », a commenté M. Elliot.
« Une personne seule peut protéger un hectare, mais cela
représente un travail considérable » car les cultures sont exposées du matin au
soir et auraient besoin d’être surveillées pendant un mois entier, a-t-il dit.
Les manger, à défaut de s’en débarrasser
Récemment, les discussions au sujet du fléau des quéléas
se sont orientées vers la prévision de la reproduction en fonction des schémas
météorologiques, les outils de dissuasion tels que les filets, le renforcement
des populations de prédateurs naturels, et même la création d’un virus destiné
à frapper le quéléa.
Chasser les oiseaux pour les exploiter comme toute autre
ressource naturelle permettrait de « faire d’une pierre deux coups », a suggéré
M. Elliot. « Nous essayons d’élaborer des stratégies pour attraper les oiseaux
et en faire un nouvel aliment pour la population – cela constituerait une
source importante de protéines ».
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