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TROIS QUESTIONS A DOUDOU DIENE, RAPPORTEUR A L’ONU : « Il y a une actualité du racisme »  

racismeDoudou Diène travaille à l’Unesco depuis une trentaine d’années où il a dirigé, entre autres, le département Dialogue interculturel et religieux. Ces six dernières années, il est rapporteur général de l’instance onusienne sur les questions raciales. Ce qui l’a conduit dans plusieurs pays, à travers le monde. Il explique la nécessité d’actualiser la question du racisme.

Pourquoi pensez-vous que la question du racisme doit faire partie des domaines revisités par l’Unesco ?

Pour deux raisons. La première, c’est que l’Unesco a fait un travail considérable en investissant le front intellectuel du racisme, c’est-à-dire en déconstruisant scientifiquement et intellectuellement les fondements du racisme et en prouvant qu’il n’a aucune base scientifique. Nous savons que le racisme est un mythe et qu’il a une grande vitalité actuellement. La vitalité par les génocides. Nous savons que tous les dix, quinze, vingt ans, une communauté entière est liquidée physiquement. La dernière, c’était au Rwanda. Si on prend l’Europe par exemple, la lecture raciale et ethnique de l’immigration, mais des communautés entières, notamment les immigrés, sont en danger. Donc, il y a une actualité du racisme et c’est là que j’ai estimé qu’il fallait que l’Unesco revisite son mandat en se basant sur le travail extraordinaire, intellectuel et scientifique de déminage du racisme et aborde trois fronts nouveaux qu’elle n’a pas su faire dans le passé.

Et quels sont ces nouveaux fronts ?

La première chose, c’est de prendre en compte la profondeur culturelle et historique du racisme. Le paradigme racial ne se réduit pas au champ culturel de l’Occident par rapport au reste du monde ; le paradigme raciste se trouve dans toutes les cultures. J’ai cité l’Inde ou le Bon Dieu indien est noir, Krishna. Le paradigme racial est présent chez les Keswa des hauts plateaux d’Amérique du Sud où le noir est un être divin des profondeurs. La notion de race est également présente dans la cosmogonie dogon où le noir est considéré comme un être solaire, donc dominant, et le blanc comme un être lunaire, c’est-à-dire faible. Tant qu’on ne prend pas en compte ces profondeurs culturelles, dans les analyses, on risque d’occulter la prégnance du racisme dans les mentalités et les consciences.

Le deuxième front est celui scientifique, avec toutes les recherches, notamment la génétique et les études sur l’Adn. Si on les approfondit, et ça va se faire dans les années à venir, cela va montrer que le reste n’a aucune base profonde, parce que deux communautés qui semblent ethniquement différentes et vivant à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, génétiquement partagent les mêmes Adn.

Et, enfin, la contradiction que l’Unesco n’a pas pu aborder, c’est comment l’humanisme anti-racisme s’est accompagnée par les mêmes peuples et les mêmes gouvernements occidentaux, de pratiques racistes dans les colonies contre d’autres peuples notamment les noirs, les asiatiques et les arabes.

Peut-on combattre le racisme par le savoir scientifique ?

Oui, on peut le combattre. Il est fondamental, parce que le racisme s’est basé et continue à se baser sur des considérations scientifiques.

Propos recueillis par Aly DIOUF
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