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Cessons de nous ruiner pour
sauver les riches

Bob
Herbert, éditorialiste du New York Times, s’insurge devant le scandale de
l’insolente richesse retrouvée par ceux qui n’ont dû leur survie qu’au prix
d’un sauvetage qui a ruiné l’Etat, alors même que la grande majorité de ses
concitoyens lutte pour parvenir à joindre les deux bouts ou à conserver un
toit.
«
Nous ne pouvons pas continuer à transférer la richesse de la nation à ceux qui
sont au sommet de la pyramide économique - ce que nous avons fait depuis
environ trente ans - tout en espérant qu’un jour, peut-être, les avantages de
ce transfert se manifesteront sous la forme d’emplois stables et d’une
amélioration des conditions de vie de millions de familles qui luttent pour y
arriver chaque jour, » s’exclame-t-il, avant de conclure qu’aujourd’hui, il
faudrait être « fou » pour continuer à croire à ce « conte de fée. »
Les
gros titres qui faisaient la première page du New York Times samedi 17 octobre
résumaient sans le vouloir la situation terrible dans laquelle nous avons
permis que notre pays s’enfonce.
A
droite, le titre de Une annonçait : « Les déficits US s’élèvent à 1 400
milliards de dollars - les plus importants depuis 1945. »
Celui
situé à proximité disait : « Le renflouement permet la renaissance des
banques et des bonus. »
Nous
avons passé ces dernières décennies à couvrir les riches d’argent, comme s’il
n’y avait pas de lendemain. Nous avons abandonné les pauvres, étranglé
économiquement la classe moyenne, et mis en faillite le gouvernement fédéral -
tout en donnant à peu près tout ce qu’ils voulaient aux banques, aux
méga-entreprises, et à ceux qui sont au sommet de la pyramide économique.
Mais
nous ne semblons toujours pas en avoir tiré les leçons qui s’imposent. Nous
avons laissé tant de gens tomber dans le terrible abîme du chômage, que
personne - ni l’administration Obama, ni les syndicats, ni certainement
quiconque au Parti républicain - n’a la moindre idée sur la façon de leur
redonner du travail.
Pendant
ce temps, Wall Street tutoie les sommets. Je suis étonné de voir à quel point
la population reste passive face à ce scandale qui perdure.
Au
moment même où des dizaines de millions de travailleurs Américains se battent
pour garder leur emploi et conserver un toit sur la tête de leurs familles, les
petits malins de Wall Street se lèchent les babines avec un nouveau festin
obscène de plusieurs milliards de dollars de bonus - cette fois-ci grâce aux
milliards du plan de sauvetage fournis par l’Oncle Sam, en contrepartie de bien
peu de contraintes.
Peu
importe que l’économie éprouve toujours de graves difficultés. Comme le Times
le notait samedi, pratiquement tout Wall Street « imprime de la monnaie. »
C’est
une forme de magie noire qui a un air de déjà vu. J’avais écrit un article,
trois jours avant Noël 2007, qui mettait l’accent sur la déconnexion
profondément dérangeante entre Wall Street qui récoltait un niveau record de
primes - entassant milliards sur milliards de dollars - alors que les familles
de salariés arrivaient difficilement à joindre les deux bouts.
Nous
apprendrions plus tard que c’est en décembre 2007 que cette grande récession
avait commencé. J’avais écrit que « alors même que Wall Street se réjouit et passe
des commandes record de champagne et de caviar, le rêve américain est en salle
de soins intensifs. »
Nous
avons donc assisté à une orgie de bonus lorsque la récession s’installait,
suivie aujourd’hui par une nouvelle orgie (aux frais des contribuables) qui
n’est ni plus ni moins qu’une arrogante provocation en direction de tous ceux
qui ont souffert, et continuent de souffrir durant cette récession.
Que
P.T. Barnum [1] l’ait réellement dit ou non, il y a bien un pigeon qui nait à
chaque minute. Les contribuables américains pourraient vouloir se regarder dans
le miroir, pour vérifier si ce nom d’oiseau leur convient ...
Nous
devons procéder à quelques changements fondamentaux dans la façon dont vont les
choses dans ce pays.
Les
joueurs et les escrocs du secteur financier, ces mêmes clowns qui ont tant fait
pour mettre l’économie à genoux, poussent des hauts-cris sur leur bon droit
lorsqu’on évoque la perspective de règlements visant à lutter contre les pires
aspects de leur comportement excessivement risqué, afin de les empêcher de
provoquer une nouvelle crise économique.
Nous
devrions aller encore plus loin. Nous avons institutionnalisé l’idée selon
laquelle il existerait des entreprises qui sont trop grandes pour être laissées
faillir et que par conséquent, « nous, le peuple » serions tenus de veiller à
ce que cela n’arrive pas - même si cela entraîne la ruine des finances de
l’Etat et met en péril le niveau de vie des gens ordinaires. Quel sens tout
cela a-t-il ?
Si
une société est trop grosse pour faire faillite, alors c’est qu’elle est trop
grosse pour exister. Démantelons-la.
Pourquoi
l’opinion publique devrait-elle se soucier constamment qu’un faux pas des
équilibristes de haut vol de Goldman Sachs (pour prendre l’exemple le plus
évident) puisse mettre en péril l’économie toute entière ?
Ces
acrobates financiers retirent des avantages extraordinaires de leur
extravagantes prises de risque - des chèques de paie de plusieurs millions de
dollars, des maisons grandes comme des châteaux - mais le public doit être là
pour absorber les chocs les plus douloureux lorsqu’ils font une terrible chute.
Assez !
Goldman
Sachs s’enrichit alors que le pourcentage total du chômage et du sous-emploi
atteint le chiffre stupéfiant de 20%. Les deux tiers de l’ensemble des augmentations
de revenus entre 2002 et 2007 - les deux tiers ! - sont allés aux 1 %
des Américains les plus riches.
Nous
ne pouvons pas continuer à transférer la richesse de la nation à ceux qui sont
au sommet de la pyramide économique - ce que nous avons fait depuis environ
trente ans - tout en espérant qu’un jour, peut-être, les avantages de ce
transfert se manifesteront sous la forme d’emplois stables et d’une
amélioration des conditions de vie de millions de familles qui luttent pour y
arriver chaque jour.
Cet
argent n’atteindra jamais le bas de la pyramide. C’est un conte de fées. Nous
sommes fous de continuer à y croire. Note :
[1]
Le créateur du cirque Barnum (note du traducteur)
Source
Traduction
en langue française :
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