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"Le mieux qu'on puisse faire est d'éduquer les gens. Et puis faire des petites choses"

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photo F. Palli

Au sixième étage du Musée des sciences de Boston, la salle bruisse : autour de douze tables, quatre-vingts habitants de la région discutent du changement climatique. Après avoir lu chez eux une brochure expliquant quelles pourraient en être les conséquences, puis avoir regardé ensemble de courts films sur le sujet, ils réfléchissent à ce qu'il faudrait faire. En fin d'après-midi, ils formuleront des recommandations.

Hommes, femmes, Noirs, Hispaniques, jeunes, vieux, la diversité américaine est représentée. Mais les personnes préoccupées par l'environnement sont plus nombreuses que ce n'est le cas pour la moyenne de la population des Etats-Unis : la moitié des participants sont là sur une base volontaire. Les organisateurs ont cependant veillé à refléter l'équilibre sociodémographique indiqué par le dernier recensement.

Les discussions se poursuivent sans relâche jusqu'en fin d'après-midi. "Cela marche toujours bien, dit Richard Sclove, qui a co-organisé l'événement, parce que les gens ont envie de se faire entendre, de s'exprimer." Les paroles recueillies donnent une idée de ce que pensent les habitants de la première puissance de la planète.

D'abord, la perception que les Etats-Unis sont à part. Pour Barbara, une femme noire d'une soixantaine d'années : "En Amérique, les gens ont d'autres soucis que le réchauffement global." Mais selon Yvonne : "En Europe, les gens sont plus actifs. Ils ont le sentiment d'une obligation par rapport au reste du monde. Chez nous, la mentalité est différente." Eric, un jeune homme : "En Amérique, le système de valeurs est fondé sur l'individualisme. Et on est conditionné par les publicités."

Que faire ? Eduquer, informer. Athena : "Ma famille est très conservatrice, elle ne croit pas au changement climatique. Le mieux qu'on puisse faire est d'éduquer les gens. Et puis faire des petites choses, moi, je débranche le plus souvent possible mon téléphone pour économiser l'énergie."

Mais cela ne suffira pas : "Il s'agit de faire, estime Quinton, une mutation aussi importante que celle qui a fait passer l'agriculture d'un secteur majoritaire dans l'économie au XIXe siècle à presque rien au XXe." Problème : cela ne peut se réaliser sans la politique. Or, selon Danilo, un jeune homme d'origine brésilienne, "on a donné le pouvoir aux politiciens, mais comme ils travaillent avec les grandes compagnies, ils demandent l'avis des compagnies, pas celui du peuple".

Et concrètement, si on augmentait le prix de l'essence ? La question suscite une discussion des plus animées. Pour Anoop, d'origine indienne, "ça va surtout accroître les profits des grandes compagnies". Et puis, constate E'fran : "Si vous n'avez pas de voiture, vous êtes perdus. On est obligés d'avoir une voiture. Alors plutôt que de faire payer les consommateurs, on devrait faire payer les pollueurs". "Oui, répond Anoop, mais de toute façon, cela retombera sur le consommateur." Bruce : "Aujourd'hui, il est indispensable d'avoir une voiture. Mais c'est justement ce qu'il faut peut-être remettre en cause."

Il est 18 heures. La longue journée est finie. Dehors, c'est l'embouteillage d'un samedi soir.

Hervé Kempf

Source
28/09/09





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