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La généalogie de Mme Obama, "une formidable histoire"

michelle obama

Le titre proclame "Révéler les racines de l'héritage esclavagiste enchevêtré de la Première Dame", Michelle Obama. L'enquête exclusive publiée par le New York Times, jeudi 8 octobre, retrouve les ancêtres de l'épouse du président américain sur cinq générations du côté paternel, et six du côté maternel. Le quotidien a fait appel à une généalogiste, Megan Smolenyak, auteure d'un récent Retrouvez vos racines grâce à l'ADN, et auparavant d'un Comment trouver vos ancêtres immigrants (en anglais).

Ce que la généalogiste a décelé fut jugé suffisamment éloquent pour figurer à la "une" du quotidien. On y apprend qu'au commencement était une esclave noire, nommée Melvinia, apparemment née en 1844 et décédée Melvinia Shields McGruder à 94 ans, en 1938. Que, à 15 ou 16 ans, cette adolescente a donné en Géorgie la vie à un enfant mulâtre, à la peau "faiblement colorée" (ce dont une photo atteste), baptisé Dolphus T. Shields, né d'une union – volontaire ou imposée – avec le seigneur du lieu, ou l'un de ses enfants.

La mère de Michelle Obama, née Marian Shields, est l'arrière-arrière-petite-fille de Melvinia. Les pérégrinations des Shields amèneront Robert, fils de Dolphus, à Chicago, dans les années 1920, bien avant que le président Roosevelt abroge l'interdiction faite aux Noirs de travailler dans les industries dites "sensibles". Une décision qui, dans les années 1940, les vit massivement affluer du Sud ségrégationniste vers les grandes cités industrielles du Nord, Chicago, Detroit, etc. Bref, aux lointaines origines des Shields, il y a un sang-mêlé, à moitié blanc, et peut-être issu d'un viol.

Du côté paternel, les familles noires Robinson (branche du père) et Johnson (la mère) ressortent d'esclaves affranchis. Le grand-père, Fraser Robinson Jr. (1912-1996), s'installa à Chicago à une date non spécifiée. Le lignage apparaît donc plus simple, quoique… L'arrière-grand-père, Fraser Robinson (1884-1936), qui tenait cantine à Georgetown, en Caroline du Sud, ne se maria-t-il pas en 1911 ou 1912 avec une Rosa Ella Cohen ? Et l'article du New York Times n'assure-t-il pas que "le pedigree de la femme [du président] inclut aussi des traces indiennes américaines" ?

"EMUS"

Qu'importe si des "traces" de sang blanc, indien, juif ou autre apparaissent ou non dans le sang de Mme Obama ? Ne savait-on pas que durant la longue nuit esclavagiste, des femmes noires, en proportion gigantesque, ont été violées par leur maître ? Dans un pays qui n'a qu'une histoire très récente, la "question raciale" reste terriblement présente avec les fantômes du passé. Esclavage, massacre des Indiens et autres manifestations de racisme (antisémite, antinippon, anticatholique, etc.) aux conséquences moins abominables ont jalonné la courte histoire de cette nation. Le "généalogisme", lui, a connu ces dernières années aux Etats-Unis une grande vogue.

La mise au jour des ancêtres de la Première Dame réunit ces deux passions. Sur le site du quotidien, les commentaires se sont multipliés. Beaucoup se disent "émus". "Une formidable histoire, uniquement américaine", aux yeux de Ken, de Saratoga. Pearl Duncan, de New York, rappelle les propos de Barack Obama dans son discours sur la race, le 18 mars 2008 : "Je suis marié à une Américaine noire qui a en elle du sang d'esclave et du sang de propriétaires d'esclaves –un héritage que nous transmettons à nos deux filles adorées."

Sylvain Cypel




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