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Ce pasteur qui
veut la mort d'Obama
Dans un climat de haine croissante contre le président, Steven
Anderson prie pour qu'il « aille en enfer. Nous l’avons rencontré.
"Voilà
pourquoi je hais Obama. Voilà pourquoi je ne vais pas prier pour lui mais au
contraire, je vais prier pour qu’il meurt et qu’il aille direct en enfer".
Le pasteur Steven L. Anderson ne renie pas une de ces paroles prononcées le 16
août dernier, devant un parterre de fidèles enthousiastes. Au contraire, assis
en équilibre, au bord de son canapé à son domicile de Tempe, le genou qui
tressaute nerveusement, le pasteur de la Faithful Word Church, une branche
dissidente de la maiso-mère, l’église baptiste, le pasteur vous regarde droit
dans les yeux, et réitère cette prière insensée: "Je suis la voix de
Dieu, je prie…".
La
haine, la religion et l’Amérique. Une longue histoire. Avec le départ de Bush,
on croyait en avoir fini avec ces délires spirituels. Il semble au contraire
que l’arrivée au pouvoir du premier candidat afro-américain, Barack Obama à la
Maison Blanche, ait plus que jamais déchaîné les passions et les antagonismes.
Certes, le pasteur Anderson n’est pas le premier à vouloir la mort du
président. En juin dernier, un autre homme d’église, le révérend baptiste Wiley
Drake priait lui aussi pour la disparition du chef d’Etat américain. Mais ce
qui différencie Anderson, c’est la précision de sa pensée. "Je voudrais
qu’il meurt de causes naturelles. Je ne veux surtout pas qu’il devienne un
martyre, nous n’avons pas besoin d’un jour supplémentaire de vacances. Je
voudrais le voir mourir comme Ted Kennedy, d’une tumeur au cerveau".
Et son absence absolue de remords ou de contrition. "Obama est un
meurtrier. Et la Bible le dit : celui qui répand le sang doit périr par le sang".
Cinq mille mails
d’insultes et des colis remplis d’excréments
Rien
ni personne n’empêchera Anderson et ses macabres imprécations. Que ce soit les
cinq mille mails d’insultes, les centaines de menaces de mort, les innombrables
magazines de pornographie homosexuelle ou encore les colis remplis d’excréments
envoyés à son domicile, rien ne le fera lâcher. "J’ai dû mettre ma
famille à l’hôtel quelques temps, je sais que mes téléphones sont sur écoute
mais je ne suis que le messager de la parole de Dieu". Le pasteur a
toute sa tête et s’empresse d’invoquer la liberté d’expression américaine.
"Soyons réaliste, assène-t-il, il y a un mot qui revient sans cesse
dans la Bible: l’enfer !! Et il existe cinq termes différents pour exprimer la
haine. Ce n’est pas parce que les Chrétiens aujourd’hui essaient de faire
croire que Dieu n’est qu’amour, qu’il faut suivre sans réfléchir. L’enfer
existe et Obama y a sa place".
Anderson
boy est né à Sacramento, en Californie, où il passe une enfance sans histoire,
le troisième d’une lignée de quatre enfants. Ses parents forment un couple
solide, (le divorce n’arrivera qu’il y a trois ans après plus de 34 ans de vie
commune) et fréquentent de manière décontractée l’église baptiste. Anderson,
lui, sait très vite qu’il fera de la religion sa vie et son destin. Il passe un
diplôme d’électricien dans la tradition familiale mais s’inscrit aussi au
collège baptiste de Sacramento, qu’il quitte ensuite pour celui d’Indiana, afin
de parfaire sa connaissance de la Bible. Collège qu’il quitte avec fracas, quelques
mois avant de passer son examen de fin d’études. "J’ai délibérément
refusé d’être diplômé de ce collège. Sur la fin, le directeur interprétait la
bible d’une façon…, avec des interprétations sexuelles insupportables, dit-il
le visage révulsé. Je n’ose même pas vous répéter ce qu’il osait affirmer".
Un site
internet qui diffuse 90 000 sermons par mois
C’est
au cours de cette période, alors qu’il est envoyé par son église dans les
quartiers sud de Chicago afin de prêcher la bonne parole, que sa vie croise
celle d’un certain sénateur de l’Illinois. "Obama ne faisait rien mais
les télés, déjà, le montaient en épingle, se rappelle avec une colère curieuse
le pasteur. On le préparait, c’est certain". Simples souvenirs d’un
jeune homme qui s’est trouvé par hasard à arpenter le territoire d’un homme qui
deviendra plus tard Président des Etats-Unis ? Ou embryon d’une haine qui
éclatera dix ans plus tard, lors d’un sermon particulièrement violent ?
Anderson tourne la page de Chicago et part en Europe quatre mois, rencontre sa
femme, et rentre au pays bien décidé à établir sa propre église. Il nous
épargne le "j’ai entendu la voix de Dieu" pour une approche,
pense-t-il, plus scientifique de la conversion. "C’est simple, je
demande aux gens : comment savez-vous que vous irez au paradis ? Bien sûr
qu’ils ne peuvent répondre à cette question. Alors, je leur donne la solution,
en leur citant la Bible dans le texte".
C’était
il y a trois ans et demi. Il a aujourd’hui, 28 ans, cinq enfants, une
cinquantaine de fidèles et un site internet qui diffuse 90 000 sermons par
mois! Ce féru de la Révolution française, cet adorateur de Victor Hugo,
parfaitement capable de réciter la Bible huit heures d’affilée, a l’intime
conviction qu’il lui fallait commencer comme les pionniers d’antan, comme ceux
qui, téméraires, s’aventurèrent dans un Ouest fascinant et sauvage. Ce sera
donc l’Arizona, à Tempe, une banlieue de Phoenix. Une maison modeste dans un
quartier qui flirte avec la pauvreté. Et sa nouvelle église sera son salon.
C’est
chez lui qu’il accepte de me recevoir. La maison est légèrement décrépie, la
pelouse décolorée par le soleil et négligée par ses propriétaires. On le
devine, l’essentiel n’est pas dans l’apparence chez les Anderson. Le pasteur a
revêtu un costume marron et une chemise blanche. Dans une heure, il donnera son
sermon du mercredi. Il en fait trois par semaine. Le pic étant bien sûr celui
du dimanche matin. Sa femme Szuszanna, d’origine hongroise, prépare le dîner.
On mange à six heures. Les trois garçons ont eux aussi mis leur petit costume.
La famille compte trois garçons et deux filles. "J’ai 28 ans, ma femme
en a 30, dit en riant le pasteur, alors on ne va pas s’arrêter là".
Le pasteur est
de toute évidence un homme en colère
Chez
les Anderson, bien sûr, l’école se déroule à la maison. Pas question de laisser
les enfants se polluer la tête, en apprenant à l’extérieur. Une situation assez
normale aux Etats-Unis, où un enfant sur dix est scolarisé à la maison. Ce
soir, comme il y a une invitée, les garçons mangent dans la salle de classe.
Ils sont d’une obéissance exemplaire. Seule la plus grande des fillettes (4
ans) s’agite un peu dans tous les sens et virevolte dans sa robe jaune déjà
salie par la sauce tomate. Le couple est soudé, la femme du pasteur très admirative
et aussi calme que son mari est agité.
Le
pasteur Steven Anderson est de toute évidence un homme en colère. "Notre
pays est entrain de changer de façon dramatique. La clique Bush et Cheney nous
avait déjà entrainé dans le malheur mais Obama a accéléré le mouvement et nous
entraine clairement dans le socialisme". Et d’affirmer que les Pères
fondateurs des Etats-Unis d’Amérique n’ont jamais voulu d’une démocratie mais
d’une république. "Une révolution est en train d’avoir lieu en Amérique
et nous sommes les contre-révolutionnaires", s’enflamme Anderson. Ses
arguments sont ceux que l’on peut entendre un peu partout : socialisme,
communisme, un gouvernement trop interventionniste, le mensonge de la guerre en
Irak et le 11-septembre. Que le pasteur Anderson met sérieusement en doute.
"Je ne crois absolument pas à la version officielle. Je suis sûr que le
gouvernement fédéral était impliqué dans cette histoire". Peut-être le
tournant dans la tête d’Anderson. "J’ai toujours sûr que je voulais
servir Dieu. Avant le 11-septembre, j’avais dans l’idée de devenir
missionnaire, de quitter le pays et puis Bush a envoyé des innocents périr en
Irak. J‘ai compris que l’Amérique avait besoin d’une nouvelle église".
"Obama
est l’Antéchrist, il mérite la mort"
Depuis,
la Faithful World Baptist Church a grandi et possède désormais ses propres
locaux, à quelques encablures en voiture du domicile des Anderson. Seuls les
baptêmes sont encore pratiqués dans la petite piscine, à l’arrière de la
maison. "Un vrai baptême", s’empresse-t-on d’ajouter, pas
quelques gouttes d’eau sur le visage, mais une bonne immersion dans l’eau
chlorée. Il y a plus de 300 000 églises aux Etats-Unis. Selon un récent sondage
du Pew Forum, 75% d’Américains affirment prier au moins une fois par semaine mais
de façon surprenante, seuls 39% fréquentent un lieu de culte une fois par
semaine ou plus. "En un sens la prière est devenue une religion en soi",
explique Steven Waldman, le rédacteur en chef de Belief.com. Il y aurait donc
depuis quelques temps, une véritable tendance à une sorte de spiritualité
sur-mesure qui touche toutes les confessions. Et certains tentent leur chance,
comme Steven L Anderson. "Notre église est un retour aux sources, nous
ne gagnons pas d’argent (la quête du sermon du mercredi soir sera effectivement
nulle) mais le pays a besoin de ce retour aux Pères fondateurs de la Nation. A
cause d’Obama, martèle le pasteur Anderson, l’Amérique glisse vers le
socialisme. Cet homme est l’Antéchrist, un mass murderer, il mérite la mort".
"Amen" dira Amanda qui fut l’une des premières à rejoindre la
congrégation du pasteur, il y a trois ans. "Je ne vois pas où est le
problème. Notre pasteur n’a dit que la vérité".
Les
propos d’Anderson ont fini par attirer l’attention des services secrets
américains qui lui ont rendu visite début septembre. Mais le pasteur était
absent. Les agents ont laissé leur carte et Anderson, bon citoyen, a appeler
Washington un peu plus tard. "Ce fut rapide, ils m’ont remercié d’avoir
pris contact et j’ai eu la nette impression qu’ils étaient venus par pure
routine, en sachant parfaitement que je n’allais pas sortir un jour et tirer
sur le président". Lui sans doute pas, mais que dire de cet homme qui
arrive à son sermon ce mercredi soir, un révolver à la ceinture? Ou de cet autre,
caché quelque part, et qui un jour, galvanisé par les propos haineux du pasteur
Anderson, passera à l’acte? Que dire de ces bombes humaines à retardement?
"Je ne suis que la voix de Dieu. Ne tirez pas sur le messager",
conclut le pasteur, avec un sourire d’un charme diabolique.
Karen Lajon, à Tempe (Arizona) -
Source
25 Septembre 2009
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