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À Miami,
Little Havana se rapproche de Cuba
Charline Vanhoenacker, Miami

«La pequena Havana», quartier presque à 100 % cubain situé
à l'ouest de Miami.
Depuis que
Barack Obama a levé en avril les sanctions imposées par Bush sur les voyages et
l'envoi d'argent, les Cubains-Américains renouent avec leurs familles restées
sur la grande île des Caraïbes.
Un pinceau à
brosse plate dans la poche de sa chemise, Gilberto Casanova est venu bichonner,
comme à son habitude, les statues de «Calle Ocho», l'artère principale de
Little Havana. Mais aujourd'hui, le vieil homme au regard aussi bleu que la mer
des Caraïbes est en colère. Le buste qu'il a financé pour rendre hommage à son
ami Manolo Fernandez, «pour son patriotisme», a disparu. Volé. Un outrage à la
communauté cubaine de Miami, sur cette petite place symbolique où brûle la
flamme du mémorial érigé en l'honneur des 94 Cubains morts en 1961 dans
l'invasion de la baie des Cochons. «C'est un coup des communistes ! Cette
ville est infiltrée de plein de gens aux ordres de Castro !», s'exclame
Gilberto, qui bénéficie d'un petit auditoire de passants curieux. «Je ne peux
pas imaginer que des immigrés cubains qui luttent pour la liberté totale du
peuple cubain puissent laisser voler cette œuvre, qui représente un chanteur
chéri par Cuba.»
À 82 ans,
Gilberto est un pionnier de Little Havana, grand quartier situé entre le centre
de Miami et le très chic Coral Gables. Les Cubains y ont ouvert la voie aux
autres Latino-Américains. Depuis une décennie, les 600 000 exilés qui ont
refait leur vie à Miami se sont disséminés dans tout le comté, laissant
derrière eux le mythe de la Petite Havane, dont la population n'est plus qu'à
48 % cubaine. L'est du quartier a même été rebaptisé «Little Managua»,
pour sa majorité nicaraguayenne.
C'est pourtant
à Little Havana qu'on vient prendre le pouls de la communauté à chaque
soubresaut de l'actualité sur la grande île. Même si aujourd'hui, le quartier
presque à 100 % cubain, c'est Hialeah, faubourg middle class à l'ouest de
Miami. «La pequena Havana», elle, demeure pittoresque avec ses façades aux
enseignes peintes à la main et ses haut-parleurs crachant la salsa et le
merengue. Gilberto y vit depuis quarante-huit ans. Le vieil homme est
secrétaire général d'Accion cubana, association anticastriste radicale, classée
à l'extrême droite. Sa virulence anticommuniste est tempérée par une passante :
«Ce buste était en bronze, non ? Alors, je ne pense pas qu'il s'agisse de
communisme, mais plutôt d'un vol crapuleux, le bronze se vend à bon prix.»
L'intervention
de Gloria, 45 ans, illustre une fissure de la communauté cubaine dans son
opposition au régime castriste. Gilberto est un «réfugié politique», Gloria est
une «réfugiée économique». L'un a pénétré sur le sol américain au lendemain de
la révolution de 1959, en avion, et il a tendance à regarder de haut sa
compatriote, qui a fui la misère, dans les années 1990, en traversant le
détroit de Floride sur une embarcation de fortune. Elle appelle ça «brincar el
charco» («sauter la flaque»).
«Obama est
trop mou»
À l'angle de la
rue, des hommes gouailleurs font claquer les dominos, munitions pour tuer le
temps, dans le parc José Marti rebaptisé «Domino's park». Depuis des décennies,
ils attendent le renversement du Lider Maximo. «Ici, vous ne trouverez que des
Cubains !», lance Mariano, qui trouve qu'«Obama
n'a pas l'envergure d'un président des États-Unis. Trop mou», comparé à la
fermeté de George Bush envers Cuba.
Les Cubains de
Miami ont voté républicain durant trente ans. Lors de la dernière campagne,
John McCain ne s'est même pas donné la peine de les courtiser. Mais les
immigrés de la première heure se font vieux, et le profil de la communauté a
changé. Barack Obama, lui, a promis de lever les sanctions qui avaient été
imposées par Bush sur les voyages et l'envoi d'argent dans l'île. Et il a
remporté le vote hispanique en Floride.
En avril
dernier, il a tenu promesse : il a assoupli les conditions sur les retours
des Cubains-Américains vers l'île, ainsi que sur les envois de matériel et
d'argent. C'est ce qui ne plaît pas à Mariano et à ses amis joueurs de dominos.
Leurs enfants et petits-enfants sont nés à Miami : «À Cuba, je ne connais
plus personne.» De leur point de vue, la volonté de reprise du dialogue est une
concession à Castro, bien que l'embargo soit maintenu.
Hors de ce
petit carré d'irréductibles, le discours est différent. Arrivée en 1981,
Nicolasa parle avec enthousiasme de la levée des sanctions : «Maintenant,
je peux rentrer plus souvent à Cuba, où vit tout le reste de ma famille, et je
vais pouvoir l'aider davantage ! Je pourrai envoyer plus d'argent. Tout ce
que je peux apporter contribue à les rendre plus forts face au régime.» Sous
l'Administration Bush, Nicolasa ne pouvait envoyer que 300 dollars par trimestre
et rentrer une fois tous les trois ans dans l'île - contre 300 dollars par
mois et un voyage par an sous l'ère Clinton.
«Que Fidel
termine de mourir !»
Les autres
immigrés s'amusent des combines des Cubains : «Ils sont toujours rentrés à
Cuba quand ils voulaient ! Avec un vol via Mexico ou les Bahamas, ils
contournent la loi. Dans les faits, la levée des sanctions par Obama ne change
rien», assure Carlos, un Uruguayen qui habite depuis douze ans à Little Havana.
Mais chez le voyagiste Marazul, les vols directs quotidiens
Miami-La Havane sont davantage sollicités. «On m'a fait un visa sur
place : avec le billet, j'ai payé 600 dollars», explique Fernando,
qui sort de l'agence. Il est né à Miami, et c'est la première fois qu'il se rend
à Cuba. «J'y vais pour rencontrer la famille, quinze jours de vacances»,
raconte-t-il.
Lester, lui, ne
tient plus en place. Il rentre la semaine prochaine, pour la deuxième fois, et
il a hâte de revoir sa femme et sa fille. Il est arrivé il y a quatre ans à
Miami : «J'ai mis deux mois pour arriver, en barque, en sautant d'île en
île.» Aujourd'hui, il loue des vélos sur Key Biscayne. «Rentrer tous les trois
ans, c'est long ! Tu quittes un enfant, et tu le retrouves
adolescent ! Cette mesure décidée par Bush était injuste. Heureusement,
notre président a amélioré ça ! Obama, c'est le meilleur que j'aie connu
ici», dit-il dans un éclat de rire.
Mais Lester, avec son accent ondulant comme la
salsa, place ses véritables espoirs dans la disparition du Lider Maximo :
«J'attends que Fidel
termine de mourir !»
source
13/08/2009
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