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VOTONS CACHES POUR VOTER HEUREUX
Les informations rapportent
qu’un terrible tsunami aurait ravagé les côtes de la Martinique, ce dimanche 20
septembre 2009. En effet, 91 % des membres de la Fédération Socialiste ont, ce
jour là, voté leur soutien indéfectible à
« l’immuable » article 73 de la constitution française. Un
score «à la soviétique », aurait certainement ironisé une certaine presse
en d’autres temps… Sauf que ces 91 % d’attachement
touchant à l’immobilisme représentent plus prosaïquement, en tout et pour tout,
72 personnes (soixante douze). Pas de quoi donc ébranler les assises du
monde…
Quant à l’inconstance et à l’inconsistance
politiques des élus « socialistes », elles semblent –à la suite du
revirement de Jean CRUSOL en décembre 2003- s’inscrire dans le parcours naturel
de ce parti et, tout compte fait, cette répétition de l’histoire relève
davantage de la comédie que de la tragédie.
Mais, au-delà de ces péripéties secondaires, si catastrophe il y a eu, il faut la
chercher dans la déclaration de Louis-Joseph MANSCOUR : « Si
le vote au Congrès avait été à bulletin secret, le résultat en aurait été
différent ».
Sans doute, dans un autre contexte, n’aurions-nous
pas pris la peine de mettre en relief l’inanité –à l’évidence sonore- des propos
du député du Nord-Atlantique. Mais ces petites phrases que certains égrainent à
dessein, avec un gloussement pathétique d’autosatisfaction lâche, créent une
énorme confusion là où c’est la bataille des idées qui aurait dû prévaloir. On ne saurait en conséquence, par
coquetterie intellectuelle ou par obsession de donner de soi une image lisse et
consensuelle, laisser « glisser ».
L’objectif de MANSCOUR consiste incontestablement à
jeter la suspicion et à répandre des rumeurs d’irrégularité sur le processus
qui a conduit les élus à proposer à la
population un nouveau cadre statutaire. Certes, il est absolument incapable
de fournir un début de démonstration de ses affirmations péremptoires d’autant
que, pour lui, il ne s’agit pas de démontrer mais de salir.
D’abord
-à moins qu’il ne jouisse de dons de clairvoyance que personne ne lui connaît à
ce jour- que sait notre prévisionniste d’une incertaine météo des résultats qui
seraient sortis d’un vote à bulletin secret ?
Ce que l’on peut par contre facilement imaginer
c’est que les détracteurs de tous poils se seraient alors précipités (et
peut-être avec raison cette fois-ci) pour stigmatiser des « élus
martiniquais irresponsables », amants de l’opacité, qui n’ont pas le
courage de leur décision et à qui on aurait promis on ne sait quelle jarre
d’or que le diable et ses comparses
caresseraient dans les profondeurs des jardins du Conseil Général et du Conseil
Régional. D’ailleurs, rapportant les récriminations de Louis-Joseph MANSCOUR,
France-Antilles du lundi 21 septembre avait écrit, avant de changer sa
formulation le mardi 22 : « Si le vote au Congrès avait été à
main levée, le résultat en aurait été différent ». Clairvoyant
journaliste !
Mais allons au fond de la question puisque
Louis-Joseph MANSCOUR se cantonne paresseusement à affirmer sans démontrer et, ce faisant, nous prive de
ses lumières : En quoi le vote à
main levée serait-il plus illégitime que le vote à bulletin secret ?
Le discrédit que tente pernicieusement de jeter
Louis-Joseph MANSCOUR sur le vote à main levée est symptomatique d’une vision
archaïque de la démocratie fondée sur le secret des prises de décisions des
élus, surtout sur des questions importantes aux yeux de la population.
Or, aujourd’hui, à travers le monde, les votes sont
généralement publics et s’opèrent le plus souvent à main levée. Ainsi, à
l’Assemblée Nationale française –où siège pourtant le député du Nord-, à
l’exception des votes portant sur des nominations personnelles, les votes sont
publics et peuvent avoir lieu à main levée, par scrutin public ordinaire, par
scrutin public à la tribune ou encore dans les salles voisines de la salle de
séance. Le vote à main levée y est la
procédure normale de vote. A titre d’exemple, c’est ainsi qu’a été adopté,
en juillet 2008, le projet de loi constitutionnel réformant les institutions.
Ce sont les mêmes procédures qui se voient mises en
œuvre dans les parlements nationaux d’Europe. Quant au Parlement Européen,
l’article 159 de son règlement intérieur dispose que le parlement vote normalement à main levée. En outre, dans les
procès-verbaux des délibérations de cette instance, une annexe précise comment
a voté chacun des parlementaires. On pourrait encore citer quantité d’autres
exemples de l’adoption de ce mode de prise de décision par les instances
politiques asiatiques, africaines, américaines ou encore internationales.
Les
procédures publiques de vote, le vote à main levée, la publicité des votes
correspondent donc à une exigence démocratique forte des citoyens à travers le
monde. Ces pratiques posent les principes de la responsabilité des élus, de la
transparence politique et du droit des citoyens à être informés des activités,
des actions et des positions des
personnes à qui, par leurs suffrages, ils ont confié un mandat électif. C’est
une question fondamentale d’éthique et de respect des citoyens. C’est aussi le
résultat des conquêtes démocratiques des peuples.
Et Louis-Joseph MANSCOUR, lui, propose aux élus
martiniquais de « voté séré… », à bulletin secret ! Comme si les
élus devaient dissimuler leurs choix au peuple… Comme si le citoyen
martiniquais n’avait droit qu’à une démocratie du secret, de bal masqué, avec
son lot de manœuvres, de « wèlto », de « ou wè-y ou pa
wè-y », du « je te donne ça, tu me donnes ça et c’est bon comme
ça… ».
Les
martiniquais ne veulent plus de ces dérives d’un autre âge. Le Congrès des élus
martiniquais a donc eu raison de voter à main levée une proposition d’évolution
institutionnelle (qui sera soumise à l’appréciation des électeurs) de manière
publique et visible pour toutes les martiniquaises et tous les martiniquais..
Et tant pis si Louis-Joseph MANSCOUR est privé du confort des masques ! Le
peuple sait au moins qui pense quoi. C’est déjà une victoire de la
transparence, de la responsabilité, du courage et de la démocratie… dans
l’attente d’autres victoires.
Francis
CAROLE
Clément
CHARPENTIER-TITY
Le PALIMA
25, rue Gabriel
Péri – Les Terres-Sainville – 97200 FORT DE FRANCE
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