Le PPM et la stratégie de l'égo.
Au moment où la Martinique se trouve
dans un marasme économique et sociétal, confrontée à plus de 37'000
chômeurs, plus de 20 % de pauvres, un recours sans cesse accru d’une frange
de la population à la banque alimentaire, une pauvreté
tendant à se généraliser auprès des couches moyennes, une paupérisation de
l’ensemble de la société, hormis bien sûr les possédants, nous croyons
que nous étions en droit d’attendre autre chose de la motion de synthèse
«POUR UNE CONSTITUTIONNALISATION DE L’AUTONOMIE», émanant de la convention du
Parti Progressiste Martiniquais s’étant déroulée à Rivière salée, le 12
septembre 2009.
Le PPM se devait d’apporter un
début de réponse à la crise qui nous frappe, une ébauche de solution aux
problèmes que rencontre nos compatriotes ou même prendre part aux débats sur
l’évolution statutaire de façon sincère et franche et non de manière serpentale
ou serpenteuse.
Il ne nous apparaît pas que le PPM joue le
rôle qui lui est imparti, ces louvoiements ne sont pas dignes du parti de feu
Aimé Césaire, il ne s’agit de sa prise de position à travers la synthèse, si
tentée que ce soit la sienne, mais de la manière dont elle est présentée.
Nous nous sommes questionnés quant à savoir
l’opportunité de ce texte allant en porte à faux avec les éloges que nous avons
pu lire ou les glapissements des louangeurs entendus.
Ce texte est un brouillamini indigeste se
donnant une apparence savantasse en utilisant un jargon ou un charabia
juridico-administratif, incompréhensible pour le commun, et quant on connaît la
base électorale du PPM on se demande s’il ne se moque pas du monde.
Est-ce si difficile d’écrire un texte qui soit
à la portée du plus grand nombre ? Comme cela n’a pas été fait nous nous
proposons de le déchiffrer, démonter les mécanismes et artifices
sémantiques de la motion de synthèse, car ce texte à nos yeux mérite d’être
explicité:
CONVENTION
DUPPM 12 SEPTEMBRE 2009 : MOTION DE SYNTHÈSE
«POUR UNE CONSTITUTIONNALISATION
DEL’AUTONOMIE»
PRÉAMBULE
L’évolution institutionnelle voulue par les élus du Congrès et
votée à la majorité les 18 décembre 2008 et 18 juin 2009 contient deux
objectifs liés à une même ambition:
la création d’une collectivité unique;
le changement de régime politique vers l’article 74 de l’actuelle
constitution française.
Nous, Parti historique de l’émancipation martiniquaise réuni en
convention, le 12 septembre 2009 à Rivière Salée,
Le PPM utilise un argument d’autorité, il fait prévaloir une
légitimité de l’histoire, celle d’une antériorité historique. Mais le simple
fait d’être le plus ancien ne fonde pas une légitimité, ni la justesse des
propos.
Considérant que la Constitution Française ne reconnaît pas
l’existence de la personnalité collective Martiniquaise et nie la notion de
Peuple;
C’est une technique qui n’a pas de matérialité. Imaginez que
vous reprochez à votre enfant pas encore né, d’être un garçon. Si l’un de vos
proches avait cette attitude probable que vous vous poserez des questions sur
sa santé mentale.
La constitution française ne reconnaît qu’un peuple, le peuple
français puisque c’est la constitution française.
Toutefois, supposons que la constitution française veuille
reconnaître le peuple martiniquais, il eut été souhaitable au préalable de
définir la notion de peuple martiniquais, ce qui jusqu’à maintenant n’a pas été
fait.
Qu’est-ce qui fonde le peuple martiniquais, le droit du
sol (jus solis) ou le droit du sang (jus
sanguinis) ou est-ce une combinaison des deux.
Il ne peut y avoir de peuple que s’il y a filiation, symbolique
ou étatique.
Considérant la nécessité de respecter la personnalité collective du
Peuple Martiniquais ;
Comment respecter ce qui n’a aucune réalité légale, pas de
réalité sociologique, ni même historique car indéfinie ?
Considérant que pour opérer un changement de statut et de régime
politique, le peuple doit être parfaitement informé avant le vote, ce qui ne
peut être le cas aujourd’hui;
Il appartient aux partis politiques en premier lieu, tels le PPM
et autres, d’informer les populations de leurs projets, si ce n’est pas fait,
on peut leur imputer directement la responsabilité.
Considérant la nécessité d’une Autonomie garantissant les règles
démocratiques d’une nouvelle gouvernance;
Cette phrase est un non-sens. L’autonomie infère subséquemment
de nouvelles règles de gouvernance, car on change de modèle sociétal.
Considérant que le danger serait d’accéder à une autonomie sans
pouvoir, une autonomie de dépendance;
Deux prépositions antinomiques. La définition de l’autonomie est
justement d’acquérir une indépendance, mais il est probable que l’autonomie
politique ne débouche pas sur une autonomie économique, si c’est le cas, c’est que
le projet politique a été mal défini et nous pouvons parler d’autonomie carencée.
Considérant la nécessité du maintien du principe de l’égalité des
droits et des acquis sociaux gagnés de haute lutte par le Peuple Martiniquais;
Lesquels, sont-ils indépendants des acquis sociaux gagnés par
l’ensemble des Français, entre autres les acquis de 1936 ?
Considérant l’impérieuse nécessité de privilégier une Autonomie qui
permet de conjuguer l’égalité des droits avec droit à l’initiative et à la
différence; laquelle autonomie que tout changement de statut dans la précipitation
ne ferait que compromettre;
L’autonomie n’est pas l’indépendance, nos droits sont garantis
par la constitution de 58, la spécialité législative générée par le changement
de statut n‘implique pas une remise à zéro des acquis sociaux, mais l’ajoutance
de compétences dévolues à l’assemblée unique.
Considérant, par rapport à l’urgence de la situation actuelle, que la
consultation prévue par la Constitution doit se tenir dans les meilleurs
délais, permettant ainsi d’éviter une incertitude, trop longue, préjudiciable à
la relance économique et à la paix sociale;
C’est le passage à l’article 74 qui sera susceptible de garantir
la paix sociale et la relance économique, nous eûmes aimé connaître les
déterminants de cette relance?
Ce qui aujourd’hui menace la paix sociale, c’est le chômage
endémique, l’accroissement de la misère tendant à se généraliser, la
paupérisation, et le fait que des dizaines de milliers de personnes aient
recours à la banque alimentaire pour se sustenter, la violence et le fort sentiment
d’être dans une colonie avec des droits différenciés, donc une inégalité des
droits de fait.
Considérant que tout report de cette consultation à la demande des
tenants du 74, n’aura, en outre, pour conséquence que de bafouer tous les
principes démocratiques alors que rien ne justifie le report de la consultation
du Peuple Martiniquais et encore moins le report des élections régionales;
Encore faudrait-il qu’une date ait été retenue pour la
consultation du peuple toujours indéfini.
Nous réaffirmons la position prise par les élus du Parti
Progressiste Martiniquais, lors des débats du congrès des élus :
Nous
proposons :
De faire bloc dans un consensus qui s’inscrit dans le temps, dans le
cadre d’une démarche globale et d’un accord entre le Peuple Martiniquais et le
Peuple Français.Un processus qui serait compatible avec les réalités politiques
du moment.
Le peuple martiniquais ne serait pas le peuple français ?
L’autonomie n’est pas censée nous faire étranger à la France.
Ce processus comporterait deux étapes:
- Une consultation immédiate du peuple visant à la mise en place
d’une collectivité unique disposant de compétences élargies au titre d’une
expérimentation par habilitation pour six ans, à partir d’un mode de scrutin
intégrant la représentation territoriale.
A première vue, un processus difficile à mettre en œuvre, il
faudrait une modification de la constitution, opération relativement lourde.
Enclencher un tel processus, revient à ouvrir la boite à Pandore, chaque
département, chaque région voudra son assemblée à la carte, ce qui sera
ingérable.
Ceci est un leurre politique ou un moyen de renvoyer à
Mathusalem des questions à régler.
– Une seconde consultation, au bout de cette période de six ans,
destinée au changement de statut, sur la base des propositions concrètes que
notre expérimentation nous aura permis d’élaborer.
Le changement de statut s’opérera après l’établissement de
l’assemblée unique, dans le cas où l’assemblée unique serait repoussée comme ce
fut le cas en … le changement de statut ne s’imposera car lié à la proposition
Cette période de six ans sera une période d’expérimentation,
d’apprentissage et d’auto-institution des responsabilités nécessaires à une
gouvernance globale, transversale et cohérente.
Quelles sont les modalités de cette expérimentation ?
Quel est le protocole défini ?
La grille permettant la lecture de cette expérimentation ?
Pendant cette période, notre réflexion active, éclairée par
l’action, permettra une négociation responsable avec l’Etat Français, en vue du
changement de statut, ce qui constituera une méthode imparable pour éviter tous
les dangers et toutes les incohérences d’une aventure mal préparée.
Qu’est-ce une réflexion active ? Que l’on ne me réponde pas une
réflexion qui débouche sur une action.
L’autonomie fusse-elle négociée ou imposée, n’évitera pas le
risque ou les incohérences.
Ce qui doit préluder à l’autonomie est un plan de développement
économique, susceptible de créer des emplois et faire reculer la misère. Si
cette condition n’est pas respectée la population n’échangera pas la proie pour
l’ombre.
Cette période permettra également la mise en cohérence des
politiques publiques, la fusion des deux collectivités locales, l’organisation
des outils de gouvernance locale, la détermination des moyens de cette
gouvernance.
Ainsi, c’est en pleine connaissance de cause que le peuple se
prononcera et comme le dit Aimé CESAIRE: «le droit de s’autodéterminer et de
s’autogouverner dans un cadre constitutionnel démocratiquement débattu et
librement accepté.»
Il faut laisser feu Aimé Césaire en dehors de tous ces
salmigondis politiques.
Pourquoi ne pas dire tout simplement que le PPM n’est pas
favorable à l’article 74 ?
Et qu’il sera favorable à l’autonomie que dans 14 ou 15 ans, une
fois que les présidents de département et de région ne seront plus ?
Sous couvert de l’intérêt d’un pseudo peuple martiniquais, ce
texte a été pesé à l’aune de l’ambition d’un homme ou juste pour nous endormir.
La Martinique n’est pas censée être le terrain de jeu des
ambitions de pouvoir d’untel ou d’une telle, il me semble qu’il est temps
d’abandonner la mentalité du «sauve qui peut», afin qu’ensemble nous trouvions
les voies d’un développement concerté, respectueux des hommes et de notre
environnement.
Que la population choisisse le 74 ou se satisfasse du 73, ce
n’est pas le plus important, ce qui importe c’est que la Martinique ne devienne
pas un champ de ruine, un pays violent ou la misère prédomine et que tout un
chacun n’aie qu’un rêve, c’est de la quitter, ma foi ce qui se passe avec une
certaine intensité dans quelques pays caribéens voisins.
Voilà notre
vrai défi, et la question à se poser: est-ce que le vivre ensemble sera-t-il
possible dans cinq ans en Martinique ?
Tony Mardaye
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