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Criminalité : le podium dont on se serait passé...

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M.A. France-Antilles Guadeloupe 26.10.2009

La Guadeloupe est le département le plus criminogène de l'Outre-mer. Premier rang pour les homicides, tentatives d'homicides, braquages et même... violences sur enfants

Il y a des premières places dont on se passerait volontiers. Parmi ces podiums indésirables, celui de la criminalité et, plus singulièrement, de la violence. Les chiffres 2008, récemment révélés par le Conseil de sécurité et de prévention de la délinquance, sont tristement révélateurs. Non seulement, la Guadeloupe est la championne de la violence en Outre-mer, mais encore, c'est le premier département français pour les violences physiques non crapuleuses, c'est-à-dire celles qui sont commises hors d'un contexte de vol. « Les violences physiques constituent l'une des problématiques majeures de la sociologie criminelle locale » , précise le Conseil de sécurité.

Problématique d'autant plus grave que les faits de violence ne cessent d'augmenter, dans tous les domaines ou peu s'en faut. Les atteintes volontaires à l'intégrité physique suivent une évolution continue à la hausse depuis 2003. Les violences et mauvais traitement à enfants augmentent significativement, tout comme les faits de harcèlement et d'agression sexuels (hors viols).

Ni crainte, ni respect

Face à ce constat et à « l'augmentation de la gravité et de l'intensité du recours à la violence » , les autorités réagissent avec leurs moyens, réactivité et coordination de l'action. « La réaction de la société doit s'exercer dès la première violence et dès ses premiers signes, car la violence va toujours crescendo. La sanction, même si elle est petite, doit être immédiate » , affirme, à cet égard, Jean-Michel Prêtre, procureur de la République, dont les services s'attachent à traiter les dossiers en temps réel, avec une prise de décision très rapide.

Pour autant, stopper cette dynamique sera très délicat, d'autant plus délicat que cette tendance à l'extrême violence touche des gens de plus en plus jeunes, organisés en bandes structurées dès l'adolescence. Récemment, un officier de gendarmerie ne cachait pas un certain pessimisme, alimenté notamment par le fait que « ces gamins n'ont ni respect, ni crainte des forces de l'ordre » . Sentiment conforté par les statistiques : entre 2007 et 2008, les violences sur dépositaires de l'autorité publique ont explosé (+ 52%).

(1) Service départemental d'information générale


- REPÈRES

Le palmarès guadeloupéen

La Guadeloupe est au 1er rang des Dom pour :

- les homicides et tentatives d'homicides, qu'ils aient lieu pour voler ou pour d'autres motifs ;
- les coups et blessures volontaires entraînant la mort ;
- les vols à main armée (armes à feu et armes blanches) ;
- les vols violents, sans arme, contre des particuliers ;
- les violences, mauvais traitements et abandons d'enfants, ainsi que les non-versements de pension alimentaire ;
- les violences à dépositaire de l'autorité,
- les cambriolages, tant de locaux commerciaux que de résidences principales ;
- les ports et détentions d'armes prohibées ;
- le travail clandestin ;
- les infractions au droit de l'urbanisme et de la construction. La Guadeloupe se situe au 2e rang pour une kyrielle d'autres crimes et délits, notamment sexuels : viols sur mineurs et majeurs, atteintes sexuelles, harcèlement et agressions sexuelles sur mineurs et majeurs.

- JEAN-MICHEL PRÊTRE, PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE

Sur la violence, il ne faut rien lâcher. Elle est devenue un moyen d'action, un moyen de prise de possession d'un territoire, mais de possession d'un territoire économique, pour pratiquer une économie souterraine, notamment de trafic de drogue.

- 2 755

En 2008, 2 755 coups et blessures volontaires (non mortels) ont été enregistrés, soit un taux de 6,9 faits pour 1 000 habitants. C'est le taux le plus élevé de France. Chaque jour, en moyenne, 7,5 faits de ce genre sont commis à travers l'archipel...

- La mutation des bandes

L'archipel doit faire face à une nouvelle organisation de la criminalité. Le lieutenant Florent Bouvier, en charge, au sein du Sdig (1), des phénomènes de bandes, a constaté, au cours des dernières années « une mutation des bandes traditionnelles vers des gangs organisés » .

« On avait l'habitude de bandes de quartier, qui occupaient géographiquement un secteur, rappelle Florent Bouvier. Mais cette dynamique est aujourd'hui totalement dépassée. Nous sommes désormais confrontés à des groupes dont le terrain d'action va de Baie-Mahault à Saint-François. Ils recrutent très tôt : les plus jeunes rentrent chez les « yen-yen » , adolescents, ils passent chez les « microbes » , adultes chez les « chyen-lari » . Ce sont des groupes qui cultivent une extrême violence, et qui commettent des infractions graves, dont du trafic de drogue. Enfin, ils affichent un refus certain de l'identité locale : ils sont calqués sur les gangs américains, adulent des chanteurs américains et américanisent leur créole. »



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