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La pêche
interdite dans les rivières et plusieurs baies

photo : Pascal Peyrache
La
contamination au chlordécone a conduit le préfet à prendre deux arrêtés, pour
un an.
«
La pollution par le chlordécone doit retenir l'attention » . Cette petite
phrase aurait-elle été prononcée hier, lors d'une conférence de presse à la
préfecture ? Non, elle a été écrite en 1980, par un chercheur de l'INRA, Alain
Kermarrec. Il est le premier à avoir mis en évidence la contamination du milieu
aquatique par le chlordécone.
Presque
trente ans après, l'attention de l'administration semble avoir été retenue...
Par arrêté préfectoral, « la pêche est désormais interdite sous toutes ses
formes » dans les rivières. La démarche ne s'arrête pas là : « la pêche et la
commercialisation en vue de la consommation humaine » de certaines espèces sont
interdites dans plusieurs baies semi-fermées, situées en aval de bassins
versants contaminés par le chlordécone (voir encadré). Langoustes, tilapia et
thazards vont désormais pouvoir vivre en toute quiétude. Contaminés mais
libres!
Contamination
générale des rivières
Concernant
les rivières, les résultats des dernières études sont sans appel. Sur 40
stations examinées, 96% des échantillons de poissons et crustacés sont
contaminés, dont les deux tiers à plus de 50 microgrammes par kilo (1).
Certains
crustacés ont montré des taux à plus 8000 microgrammes par kilo... Des animaux
contaminés ont été retrouvés à des endroits qui n'étaient pas soupçonnés, comme
au Carbet ou à l'Anse Céron par exemple.
Les
quelques aquaculteurs d'eau douce qui restent (la moitié des aquaculteurs ayant
été obligés de mettre la clé sous la porte, contamination au chlordécone
oblige) peuvent continuer à produire, vu qu'ils nourrissent leurs poissons et
crustacés de granulés du commerce.
Les
efforts se concentrent actuellement sur la poursuite des études et la recherche
de cours d'eau non contaminés.
Les
baies victimes de la pollution terrestre
Aux
embouchures des rivières et des baies concernées par le deuxième arrêté
préfectoral, les résultats ne sont pas vraiment brillants. Cela fait déjà
quelques années que l'on savait les produits de la mer contaminés et toutes les
études continuent à aller dans ce sens. La direction des services vétérinaires
a mis en évidence plus d'une dizaine de poissons et crustacés chlordéconés au
delà de 50 microgrammes par kilo, sur 145 prélèvements effectués en 2008. Les
fonds marins vaseux de ces zones seraient d'excellents vecteurs de la pollution
venue de terre et les animaux se nourrissant de cette vase de bons clients pour
le chlordécone.
La
baie du Galion semble particulièrement touchée et présente des crabes, un
thazard, une crevette et une langouste blanche qui battent des records de
contamination.
Vu
les fortes contaminations enregistrées, les « mesures de précaution » (un terme
qui ne manque pas de piquant, avec trente ans de retard) ont donc été prises
avant qu'un nouvel avis de l'Afssa soit émis, concernant les recommandations de
consommation, ainsi que le renforcement des plans de surveillance et de
contrôle. Cet avis devrait intervenir fin novembre.
Par
ailleurs, la préfecture assure que « les espèces dans ces zones font l'objet
d'une exploitation très marginale par la pêche professionnelle » . Une vision
que ne partage pas le Comité régional des pêches. Prévenue il y a peu de temps
de la mise en place des arrêtés, Marie Adémar maugrée que « ce n'est pas aux
marins pêcheurs de payer pour ceux qui ont pollué. Certes, une étude
socio-économique va voir le jour, mais il aurait fallu la faire avant. On met
encore la charrue avant les boeufs! »
Après
les agriculteurs et les aquaculteurs, ce sera donc au tour de certains pêcheurs
de se retrouver sur le carreau à cause du chlordécone. Toutefois, certaines
zones désormais interdites à la pêche se confondent avec les zones de
cantonnements (le cas du Robert).
Pour
la préfecture, « il convient pour le consommateur de s'assurer de la provenance
des produits achetés en veillant notamment à effectuer des achats de produits
de la mer locaux issus des points de débarquement identifiés auprès des
professionnels de la pêche » .
(1)
Limite que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments, Afssa,
considère comme tolérable pour protéger la population du risque lié à une
exposition chronique. Depuis l'an dernier, les denrées commercialisées ne
doivent pas dépasser 20 microgrammes par kilo de produit frais.
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Liste des secteurs d'interdiction
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Toutes les rivières
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Baie du Galion : zone délimitée par Pointe à Chaux et Pointe Banane
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Baie du François : zone délimitée par pointe Cerisier, pointe ouest de l'ilet
Frégate, pointe ouest de l'îlet Métrente, Pointe est de l'ïlet Lavigne, Pointe
la Rose
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Baie du Robert : Pointe Royale, îlet Petite Martinique, Pointe Melon.
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Baie de Fort-de-France : POinte du Bout et Pointe des Sables.
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Embouchures des rivières entre Grand-Rivière et Marigot et de Roxelane à
Saint-Pierre
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Liste des espèces concernées
Baie
du Galion, Baie du Robert et Baie du François à Baie du Simon, incluant la Baie
de Frégate : crabe draguenelle (cirique de mer), langoustes blanche et
brésilienne, thazard franc, tilapia, crevette, barbures de flaque ou argenté.
Baie
de Fort-de-France : Crabe draguenelle, langoustes blanche et brésilienne, sarde
à queue jaune, tilapia, barbures et crevette. Embouchures des rivières entre
Grand-Rivière et Marigot : Tilapia, barbures, gorette charbonnier Embouchure de
rivière Roxelane à Saint-Pierre : Tilapia et barbures.
C. E. France-Antilles Martinique 23.09.2009
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