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Le quartier de Trénelle, à Fort-de-France, illustre le délabrement de l'habitat en outre-mer

 quartier trenelle
photo : Juanita972

Elles se sont entassées dans des habitats de fortune érigés au fur et mesure à l'assaut de la colline du quartier de Trénelle. Au plus fort de la crise sucrière des années 1980, les familles victimes de l'exode rural ont trouvé refuge dans des cases, des cabanes, des baraques en bois ou en tôle, dont il reste encore quelques vestiges.

Pas de rue, à peine des impasses et un escalier rectiligne, le seul axe qui transperce, de bas en haut, cet entrelacs de bâtisses provisoires qui ont fini par durer. Certaines ont été reconstruites en dur, sur pilotis, pour résister aux cyclones et aux secousses. Ici faute de certificat dûment établi, propriétaires, locataires, occupants sans droit et marchands de sommeil se côtoient dans ce lieu de relégation et de grande pauvreté qui compte 7 000 habitants dans 2 200 logements.

Le quartier de Trénelle, que la municipalité a entrepris de réhabiliter, n'est qu'un parmi les 16 sites déclarés d'habitat insalubre ou indigne dans cette cité de 90 000 habitants. Pour y parvenir, la municipalité s'est engagée dans un grand projet de ville qui devrait s'échelonner jusqu'en... 2020.

"La situation est extrêmement grave. Des opérations qui ont commencé il y a plus de dix ans sont bloquées ou inopérantes. Dans les départements et territoires d'outre-mer, le droit constitutionnel à un logement décent n'est pas respecté et les procédures sont totalement inadaptées", s'insurge Serge Letchimy, maire et député (Parti progressiste martiniquais) de Fort-de-France. Dans un rapport remis mardi 13 octobre au gouvernement, le successeur d'Aimé Césaire dresse un constat dramatique de la réalité de l'habitat. Selon lui, les quatre DOM - Guyane, Guadeloupe, Martinique et Réunion - comptent près de 50 000 logements reconnus insalubres ou indignes, abritant 150 000 personnes, soit 10 % du parc immobilier - 25 % en Guyane -, alors que le taux est tombé à 2,5 % dans l'Hexagone. "Ce devrait être une priorité nationale", s'exclame l'élu, qui dénonce les échecs des politiques successives pour ces quartiers qui concentrent risques sanitaires et sociaux.

M. Letchimy ne réclame pas un nouveau plan d'urgence alimenté par une injection massive de crédits. Parmi les 14 propositions retenues, il préconise de "revisiter de fond en comble la politique urbaine" et de "réécrire" l'ensemble des procédures, des normes et des réglementations en vigueur, ainsi que le mode de pilotage et de conduite des opérations.

En visite dans les quartiers de Fort-de-France comme sur les chantiers d'habitat social des anciens bidonvilles de Baie-Mahault en Guadeloupe, Marie-Luce Penchard, secrétaire d'Etat à l'outre-mer, a confirmé que "le logement, après le pouvoir d'achat, est une priorité majeure pour prévenir les risques d'explosion sociale." A l'issue d'une rencontre avec les responsables du secteur, lundi 12 octobre, elle a tracé quelques pistes pour tenter de faire sauter les obstacles de la maîtrise du foncier, notamment accompagner un nombre croissant de familles en situation d'impayés, relancer l'activité du bâtiment. La ministre a surtout assuré que le logement serait un axe essentiel du comité interministériel convoqué le 6 novembre, à l'issue des etats-généraux de l'outre-mer.

Michel Delberghe

 

LE MONDE | 15.10.09



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