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La situation en Martinique et aux Antilles
La
situation en Martinique et dans les Antilles Par Nemo
(Fort-de-France, 13/09/2009)
Que
s’est-il passé depuis la fin du conflit de février-mars ? On se rappelle que ce conflit s’était terminé par
une victoire, où, parmi les avantages conséquent arrachés aux patrons et à
l’Etat, les travailleurs avaient obtenu une augmentation conséquente des
salaires (jusqu’à 200 euros) et le « gel » ou la baisse des prix de 400
articles.* Remâchant leur déroute, les puissants au pouvoir n’avaient plus que
la désinformation, la manipulation,- notamment celle des médias - , ainsi que
la peur, à distiller (« Vous êtes allés trop loin »…). La première manœuvre
pour « reprendre la main » aura été l’organisation des « Etats-Généraux de
l’Outre-mer » . Puis, dans la foulée, l’annonce d’un référendum modifiant le
statut de l’île. Et toujours dans le même fil, la tentative de remettre en
selle les « politiques » discrédités pendant le mouvement social de
février-mars, aussi bien en Martinique qu’en Guadeloupe. Dans l’autre camp,
celui des salariés, il s’agissait de veiller à ce que les accords Jacques Bino
et 5 février soient vraiment appliqués malgré l’écran de fumée et l’esbrouffe
médiatique des « politiques » et des journalistes autour des « articles 73 et
74 »(1). Plusieurs grèves sectorielles se sont succédés se terminant souvent
par la victoire des grèvistes et donc les acquis demandés : salariés des
stations-service, urgentistes… Les comités de contrôle des prix, constitués par
quartier ou par commune, ont continué à se mobiliser pour veiller au grain...
L’état
de l’économie L’argument de certains est de dire que la grève a cassé
l’économie antillaise et que, si l’on réclame trop, notamment la claire
application des accords signés, on irait droit à la catastrophe. Il est vrai
que les faillites se succèdent, que les entreprises n’embauchent plus, que le
Bâtiment, pour ne prendre que cet exemple, tourne au ralenti. De quelques 22%,
le chômage serait passé aujourd’hui à 24%. Mais qu’est-ce que cette économie
antillaise dans des régions, anciennes colonies, colonies de toujours, où l’on
a refusé systématiquement d’investir dans la création d’un tissu industriel ?
Tout produit manufacturé ne doit-il pas venir de métropole ? En contre partie
ne sommes-nous pas condamnés à produire de la canne à sucre et de la banane ?
Pourtant à y regarder de plus près, la crise a bon dos. Dans ces départements
d’outre-mer où les investisseurs, dans le bâtiment notamment, sont en grande
partie les administrations de l’Etat ou les collectivités publiques, on
s’aperçoit par exemple, qu’ en Guadeloupe « la commande publique bat son plein,
avec notamment un effort de la Région et de l’Etat : 1400 logements
sociaux, 600 millions d’euros de projet sur trois ans, dont deux hôpitaux, la
rénovation de Pointe-à-Pitre, une usine de traitement des déchets, un lycée….
»(2). La Martinique n’a pas droit au même traitement. La question de la
corruption et des détournements de fonds est toujours un problème récurrent.
Actuellement Le syndicat CGTM dénonce la gestion de l’AFPA. Mais bien d’autres
institutions, où les politiques sont « mouillés », pourraient ici se sentir
concernés Si donc des entreprises ferment il faut souligner que ce mouvement
s’est accentué dès octobre 2008, prenant son ampleur en janvier 2009. Les
grévistes n’y sont pour rien et dans les régions du monde où il n’y a pas eu de
grève, les entreprises ont aussi fermées et elles ont licencié tout autant
sinon plus. Mais cet argument développé par la droite, porte sans aucun doute
et est destiné à contrer toute nouvelle mobilisation.
Le
retour des « politiques » Les
« Etas-Généraux de l’outre-mer » auront été un défouloir général médiatisé pour
les conservateurs et les « politiques » revenus de leurs craintes provoquées
par le mouvement social. L’idée du gouvernement était de revenir sur le débat
institutionnel, de discuter sur le nouveau statut des îles, de provoquer une
consultation référendaire, toute manœuvre qui permettrait d’éluder les
revendications sociales avancées par des milliers de manifestants pendant
plusieurs semaines. Et à ce jeu, les « politiques » ne pouvaient qu’être
partenaires. Discrédités par leurs déclarations leur pusillanimité, leurs
atermoiements, ils pouvaient bientôt se retrouver, se rassurer, se congratuler,
à Cayenne à l’intérieur d’un « rassemblement martiniquais » créé pour la
circonstance. On allait se battre pour deux articles de la Constitution
Française, dans « l’intérêt général des Martiniquais »… Mais bien sûr. Ah le
beau combat de politiciens en perspective ! Manquaient cependant à l’appel
les élus de la Guadeloupe, sans doute plus prudents. Ainsi que la droite « présidentielle
» c’est-à-dire l’UMP dont l’affaiblissement est patent. Qu’en dira le peuple ?
En 2003 la tentative de changement institutionnel, se termina par un fiasco
référendaire : le non l’emporta alors que tous les « politiques » avaient
appelé à voter « oui ». Comparativement, ce genre d’attitude, ne
préfigurait-elle pas celle qui a prévalu en Europe, notamment en France, lors
du référendum sur la Constitution Européenne ? Le vote est parfoisun instrument
qui se retourne contre ceux qui ne veulent pas parler des vrais problèmes, les
problèmes sociaux.
Meeting
de rentrée du Collectif du 5 février (K5F) à la Maison des Syndicats le 11
septembre. Dès la fin du mois
d’août le LKP, en Guadeloupe, rassemblait plusieurs milliers de personnes lors
d’un meeting. Les sujets de mécontentement ne manquaient pas. La répression
syndicale et politique y figurait mais aussi l’augmentation annoncée du prix
des carburants. Et sur ce point, dénonçant les fantastiques profits d’une
entreprise comme Total, et le nécessaire audit d’une société pétrolière comme
la SARA, la mobilisation du LKP sera totale, nous annonçaient les orateurs de
l’organisation guadeloupéenne présents à la Maison des Syndicats de
Fort-de-France en ce 11 septembre. Tous les deux jours, devant les stations-services
et ailleurs, des manifestations seront organisées. Bien des rumeurs avaient
circulé concernant ce 11 septembre : journée de grève générale, reprise
des blocages… La presse, présentant longtemps le K5F comme moribond, préférait
aujourd’hui le black-out : cette soirée de meeting n’était annoncée dans
aucun grand média. C’est que Michel Monrose, en prenant la parole pour la
dernière fois en tant que président du Collectif du 5 février, commença par
dénoncer (3). Tour à tour les orateurs qui se succédèrent, tout en soulignant
les injustices, les licenciements et la répression, ont appelé à une stratégie
prudente, constituées essentiellement du renforcement et de l’action des
comités de contrôle des prix. La nouveauté, porteuse d’espérance, résida dans
la déclaration annonçant la formalisation d’une coordination étroite
LKP/K5F/Guyane. Cette initiative fut rapportée par les orateurs du LKP présents
sous les ovations des nombreux militants et manifestants présents en la
circonstance. De plus une relation étroite et une solidarité seront établies
avec tous ceux qui luttent dans les dernières colonies françaises, et notamment
avec l’USTKE. La solidarité avec les salariés en France fut réaffirmée,
notamment ceux de France-Télécom, chez qui les suicides pouvaient être
considérés comme des actes criminels dont les fauteurs s’inscrivent dans la
logique de l’exploitation capitaliste. Le caractère internationaliste des
interventions méritent ici d’être souligné. Une journée d’action est prévue
pour le 3 octobre.
*Pour
une relation des évènements, je vous conseille évidemment, mon petit ouvrage «
Matinik Doubout » Editions d’Alternative Libertaire – 6 euros (en vente sur le
site d’Alternative Libertaire). Contact en Martinique :
matinik@alternativelibertaire.org
(1)
Journal « France-Antilles » du 10/09/2009
(2) Ces articles, qui sont inscrits
dans le Constitution, permettent aux départements d’outre-mer, en respectant
certaines formes, de légiférer et même de changer de statut.
(3) Il est
remplacé, comme prévu, de par l’organisation du Collectif, par Philippe
Pierre-Charles de la CDMT.
15/09/09
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