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Le spectacle est terminé
La culture est loin d’être une
priorité nationale. La fermeture prochaine du dernier cinéma en est
l’illustration. Pour certains, il s’agit de l’acte de décès du septième art
dans l’île.
Haïti ne finira pas de
nous étonner. Deux nouvelles totalement contradictoires prouvent une fois de
plus que la réalité haïtienne est comparable à l’absurdité kafkaïenne. D’un
côté, on apprend que la fermeture du cinéma Impérial est imminente.
De l’autre, on sait que la première édition du Festival du film d’Haïti s’est
déroulée du 20 au 23 août dans cette même salle.
Ainsi, dans un pays où les loisirs sont réduits à presque rien, après le Rex,
le Capitol et le Paramount, la dernière salle de cinéma du
pays va fermer ses portes. La nouvelle a été annoncée par Mario Célestin,
directeur du groupe Capitol et Loisirs, qui gère la salle. Cette fermeture
s’explique par “la baisse de fréquentation, la diffusion illégale des
dernières productions hollywoodiennes par les chaînes locales et le piratage de
films haïtiens”. Mario Célestin a aussi précisé : “Les démarches pour
confier le complexe cinématographique à un autre gérant n’ont pas abouti”.
Cette fermeture se comprend facilement, dans un pays où le Bureau haïtien des
droits d’auteur (BHDA) n’existe que de nom. En revanche, il est inconcevable
qu’aucune institution, aucun groupe privé ou aucun individu ne soit intéressé
par le rachat de ce complexe.
Comment expliquer que personne ne soit interpellé par la nécessité de conserver
dans le pays au moins une salle de cinéma ? Ce qu’on appelle pompeusement
le cinéma haïtien a toutes les faiblesses qu’on lui connaît. Les films sont en
général autofinancés, avec des budgets peu élevés. Seuls quelques longs
métrages ont dépassé les 100 000 dollars [69 000 euros] de
budget. Les salles sont en général informelles, et fonctionnent en dehors de
tout réseau de distribution. Le marché le plus rentable est le DVD, qui touche
la diaspora. Avec la dévaluation de la gourde, ces rentrées en dollars sont
importantes pour l’industrie.
Si le cinéma haïtien est à mille lieues du septième art, il n’en demeure pas
moins que le public haïtien a montré son engouement pour le cinéma local. “En
Haïti, le cinéma est une espèce de bébé qui est menacé d’être tué dans l’œuf”,
avait déclaré le réalisateur haïtien Arnold Antonin lors du 20e Festival
panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) en 2007. “Je suis en train
de discuter en tant que président de l’Association haïtienne de cinéastes avec
le ministre de la Culture pour qu’il y ait une aide plus décisive au cinéma
haïtien. Notamment avec la création d’un fonds d’appui à la production
cinématographique dans notre pays et avec la mise à disposition d’une salle où
l’on pourrait passer des films haïtiens, des films africains et quelques films
venant de France, pour qu’on cesse de ne voir que les films hollywoodiens dans
notre pays”, avait-il ajouté. Mais, avec 1 % du budget du
gouvernement alloué au ministère de la Culture en 2009-2010, on voit
difficilement comment cette démarche pourrait aboutir. D’ailleurs, “la
culture n’est pas au centre des urgences gouvernementales”, comme l’a
récemment rappelé le ministre Olsen Jean Julien. Que va devenir le cinéma en
Haïti sans aucune salle de projection ? La fermeture de la dernière salle
de cinéma du pays constitue-t-elle l’acte de décès du cinéma haïtien, comme
l’avait prédit Arnold Antonin ? Invité le 19 août sur Radio
Métropole, le ministre de la Culture a annoncé que des négociations étaient en
cours entre le gouvernement et les différents opérateurs pour le rachat du
cinéma Impérial.
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