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Ô Maloya
Maloya !

Ô Maloya
Maloya ! Tous les Hommes sont Frères !!!
Ferme les yeux, Frère et écoute. La
musique accompagne ma lettre. Un
Frère c’est une épopée, un grand voyage. Je traverse ta peau, couleur
de tous les continents… et m’unis à ton
sang, rouge comme le mien. Je regarde dans tes yeux et je
parcours ce lieu : La Montagne.
Saint-Bernard. Léproserie. Les pierres pleurent encore. Souffrances des
chairs en lambeau, de la honte, du
rejet. Joie des Frères, des Sœurs acharnés à les aimer, à les soigner.
Ô Maloya
Maloya ! Frère rouleur avec le bobre, le triangle, le kayamb, la
guitare
et autres… vibrez pour honorer Frère Raimbaud, Filles de Marie, Marie
Madeleine de la
Croix (avec pour la première fois des sœurs noires et blanches
anciennes
esclaves et filles d’ex-maîtres), Raoul Follereau. Vibrez pour honorer
les cœurs
de fraternité et de justice : tant et tant, dont le
notre, dont
ceux des Anciens, de tes Transmetteurs, oh Maloya, à travers les
siècles.
J’écoute ton
cœur Maloya. Tu m’emportes. Avec toi, je redescends à la mer….
jusqu’aux fonds
de cales. L’enfer fait aux noirs. Je suis leurs larmes, leurs silences.
Lourd
silence. Je perds jusqu’à mon nom, ma lignée, suis esclave en
plantation ou en
maison.
Ô Maloya
Maloya ! Délivre-moi de la haine et de la rage. Gandhi, Martin
Luther
King, Angéla Davis, Bob Marley, Steve Biko, ramenez nous au Pays !
Comme
un éclair dans un orage étrange, je remonte le temps, je retrouve
l’Afrique mon
origine, ma civilisation, tout aussi importante, riche que l’indienne,
l’européenne, la
chinoise. Je respire enfin. Je reprends toute mon envergure.
La Réunion
aussi.
Je trace des lignes de mémoire sans interruption, du présent à tous les
passés, traversant les enfers esclavagistes et
tyranniques pour rejoindre mon village d’antan, les ancêtres, la Grande
Sagesse.Ces lignes de mémoire me rendent ma Vie avec un grand V. Je
peux être enfin mon présent, Frère du village planétaire.Alors
je redonne à ma main sa réalité complémentaire : son ouverture
totale des devoirs avec partage-soins et son poing
serré des droits
avec respect-égalité de valeur–égalité de chances.
Ô Maloya
Maloya ! Tu accompagnes le chant, le mot. Frère mot oh combien
quand il
est au service du Beau, du Bon, du Vrai, du Juste, du Doux…
Tu es la note aussi, quand une note noire vaut une note blanche, quand
la note
écarte les carapaces pour toucher la conscience de chacun, de chaque
chose, de
chaque mémoire.
Ô Maloya
Maloya ! Cœur de résistance et de paradis,
éveille-toi
davantage au présent. Réveille le Frère qui sommeille encore en
nous :
femmes et hommes, de l’enfant au vieillard. Secoue jusqu’à nos pensées
parfois si basses. Libère-nous des esclavages modernes :
consommation, porno, prostitutions,
maltraitance, violence, irrespect, alcool, drogues, communautarisme,
apathie,
égoïsme, sexisme, racisme, sectarisme, élitisme, eugénisme,
manipulation,
préjugés, domination-soumission…
Ô Maloya
Maloya ! Une dernière fois, tu m’entraînes. Où ? Là haut dans
le
ciel. Vers quelle compassion ? Vers quelle action ? C’est
notre île
qui t’importe. Je descends en son âme et j’entends sa plainte. La
Réunion a
mal : mal à ces tunnels sans autorisation, aux pollutions, aux
animaux
massacrés, à la nature bafouée, pressurée jusqu’à la mort, aux avidités
qui
font croire à certains que tout leur appartient.
Ô Maloya
Maloya ! Tu nous réunis en Fraternité et en vigilance, comme ici à
l’ancienne léproserie. L’île a chaud au cœur, à nouveau.
Oui ici et ailleurs, dans toutes nos couleurs, toutes nos religions ou
philosophies, toutes nos origines, toutes nos conditions riches ou
pauvres,
tous nos états de santé, dans tous nos âges,
tu nous secoures. Tu nous inspires des pensées, des gestes, des
créations, des mots, des actes
radieux de Justice, de Paix, d’Égalité et de Partage….
Frère maloya maloya sois-en un des garants,
comme toi, comme moi, comme nous.
Michèle
P.
1 – Texte lu au Festival Ô Maloya
(8-7-2007) Saint-Bernard La Montagne, avec
Tibwa.
source
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Photo : Metyserver
Le Maloya, patrimoine
de
l’humanité
Depuis le 1er octobre,
le Maloya est inscrit au
patrimoine de l’Unesco. C’est une reconnaissance internationale pour la
culture
réunionnaise. C’est en 2008, sur initiative de la MCUR (Maison des
Civilisations et de l’Unité Réunionnaise), la Région Réunion, avec le
soutien
du PRMA (Pôle Régional des Musiques Actuelles) et de nombreux artistes
réunionnais que le dossier de candidature avait été transmis au
Ministère de la
Culture dans le but d’inscrire le Maloya sur la liste représentative du
“patrimoine culturel immatériel” de l’humanité. C’est maintenant chose
faite.
Charlotte Rabesahala, anthropologue a répondu à nos questions.
Que représente à vos
yeux la reconnaissance du
Maloya ?
Avant d’en
venir à la
signification de cet acte de reconnaissance, il faut remercier celles
et ceux
par qui elle est arrivée, c’est-à-dire l’équipe de la MCUR. Dans sa
dimension
historique, l’intégration de notre Maloya au patrimoine global par
l’UNESCO
signifie la fin d’un cycle de combat. En effet, cet acte fort signifie
que nous
sortons aujourd’hui définitivement de la période de refoulement de
cette
culture, et que nous pouvons désormais passer à un stade nouveau :
celui
de la reconnaissance des services, de cette religion des Noirs, des
descendants
d’esclaves, qui a encore tant de mal a être considérée.
Pourquoi selon vous la
dimension sacrée du Maloya
n’est-elle pas autant soulignée que sa forme chant et danse ?
Pour des
raisons pratiques tout
d’abord : il est plus facile de populariser des chants et des
danses, que
de mettre le sacré, et Tout ce qu’il sous-tend en partage. Néanmoins,
la mise
en lumière de cette dimension sacrée est au cœur du second combat pour
le Maloya,
qui s’inscrit dans le mouvement de recouvrement de l’identité de
l’identité
noire des Réunionnais. Kabaré, servis kaf, servis
malgas
constituent une véritable religion : or, cette religiosité des
descendants
d’esclaves n’est pas encore socialement admise ; elle est encore
stigmatisée par la société et par les religions dites “dominantes”, qui
rejettent leur composante syncrétique.
Quelle perspective
ouvre la reconnaissance du
Maloya pour l’avenir ?
C’est une
avancée majeure, qui en
appelle d’autres. Le Maloya d’aujourd’hui est devenu profane, et est
partagé à
l’échelle de toute notre société. Mais cela ne doit pas occulter sa
part
sacrée, qui demeure au cœur des pratiques du Maloya, le font vivre, et
vit dans
le cœur des gens. Il reste un long chemin à parcourir, pour que ces
expressions
sortent elles aussi du fénoir. De nouveaux combats doivent être livrés,
pour
assurer à cette forme d’expression populaire et religieuse, l’accès
sans
préjugé à l’espace public et pour être reconnue pour ce qu’elle
est : une
religion réunionnaise… Sans pour autant la noyer dans le folklore et la
transformer en bien de consommation. Plus profondément encore, il reste
à
révéler ce qu’il y a de philosophie, de conception du monde derrière
les servis
Maloya.
Geoffroy Géraud
source
06/10/09
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