|
|
Jean F. Brierre, poète humaniste
Le mouvement indigéniste n'était pas une simple
réaction littéraire face à l'occupation américaine et aux exactions de
l'étranger, selon certains critiques. Ce fut aussi un vaste choix littéraire,
politique et humain, qui, par la voix de son initiateur Jean-Price Mars,
invitait les écrivains haïtiens à « cesser d'être des pasticheurs pour devenir
des créateurs » tout en restant attachés aux racines africaines. De ce
mouvement, né en 1915, s'édifiera en effet une littérature afro-haïtienne aux
accents de révolte et bouillonnant d'espoir. Une littérature guidée par des
écrivains de renom. L'histoire retiendra dans la liste le nom de Jean Fernand
Brierre, un Afro-Haïtien, défenseur farouche de la race noire.
Le
23 septembre 2009 ramène le centenaire de la naissance de Jean Fernand Brierre,
icône de la littérature afro-haïtienne. Le poète et romancier est connu pour
son oeuvre épique et intimiste, empreinte d'un profond patriotisme. Le docteur
Eddy Arnold Jean écrira à son propos : « Au point de vue littéraire, Jean
Brierre nous laisse une oeuvre d'une rare valeur tant par la richesse des
images que par l'émotion religieuse, patriotique et sociale (in Anthologie de
la littérature haïtienne, un siècle de poésie, édition mémoire d'encrier).
Le poète indigéniste révolté
L'oeuvre de Brierre, Jérémien d'origine, comme Emile Roumer et Etzer Vilaire,
porte les fragrances de son pays. Bon nombre de ses textes sont de longs cris
de souffrance et de révolte contre les injustices, les abus et les humiliations
de l'étranger. La fusillade du 6 décembre 1929 d'un groupe de paysans à
carrefour Marchaterre par des soldats américains l'a profondément marqué. Son
roman intitulé « Province » et son texte dédié à « La Croix- Marchaterre » sont
particulièrement inspirés de ce triste événement.
L'Afro-haïtien s'est également montré sensible face aux souffrances de la race
noire. Dans Black-soul, un poème écrit en prose rythmé, l'écrivain retrace les
calamités de ses compatriotes victimes du commerce triangulaire.
« Après que des soldats des Etats-Unis
Vous eussent chassés avec René Maran
D'un café de Paris
Vous êtes revenus sur des bateaux
Où l'on mesurait déjà la place
Et refoulait à la cuisine
Vos outils...votre amertume
A Paris, à New York, à Alger
Au Texas, derrière les barbelées féroces...
Le poète engagé, auteur de nombreuses pièces de théâtre, s'est farouchement
opposé aux mauvaises pratiques des gouvernements de son époque. Les actes
d'oppression perpétrés contre bon nombre de citoyens, dont le poète Massillon
Coicou, ont soulevé sa colère. « Non, Coicou, tu n'es pas mort gratuit
Tu es le témoin de la République d'Haïti immortelle »
Le romancier paiera ses prises de position d'un très long exil et connaîtra
même la prison en 1961.
Le poète intimiste
L'oeuvre de Jean Brierre n'a pas seulement une
portée héroïque. Le poète est aussi un amoureux d'une profonde sensibilité. Son
recueil de poèmes « Chansons secrètes », publié en 1933 en trois sous-titres -
« Tendresses et intimités », « Nostalgie » et « Prés d'une coupe vide et de
flambeaux éteints » - est un creuset où se fondent amour et douleur, rêves
esquissés ou ternis. Brierre est un homme de coeur qui se confie. Lisez ces
quelques vers croisés, pleins d'images et de souffle tirés du recueil «
Chansons secrètes ».
« Je voudrais que mon coeur fleurit à ton balcon
Tel ce bougainvillier qui te tend ses corolles
Afin que tes doigts blancs, les soirs d'ennui profond
Effeuillent mes pensées en rouges feuilles folles »
Jésus dans l'oeuvre de Brierre
Jean Brierre est un poète de talent, au verbe riche, varié et étincelant. Il
aborde avec la même passion et la même imagination l'univers biblique. Paul F.
Laraque a certainement raison, quand il écrit à son sujet : « Poète de l'amour,
mais aussi poète nationaliste; poète de la négritude mais aussi poète de la
fraternité ; poète de l'enfance, mais aussi poète de l'exil » (In un siècle de
poésie, Mémoire d'encrier).
L'apparition de l'homme sur terre, d'Adam à Jésus, sa continuité, ses aspirations
spirituelles, font partie des oeuvres de ce romancier qui semble avoir une
perception mitigée de la vie de Jésus sur terre.
« Vivant, tu soulevais les foules
Tu laissais à César ses palais où dansait la charnelle Hérodiale...
Pour vivre,
Tu choisis une barque dangereuse sur la mer de Gallilée
Et pour rêver, Béthanie et Bethfagée... » (Jésus, in La Source)
Né à Jérémie le 23 septembre 1909, Jean Fernand Brierre est reconnu comme l'un
des poètes les plus en vogue de son époque. C'est un homme de métier. Il en
porte l'étoffe. Grace à son verbe étincelant et à son patriotisme authentique,
certains critiques le placent au rang des écrivains qui ont marqué la
littérature haïtienne et surtout le mouvement indigéniste.
Même s'il a connu plus d'un quart de siècle d'exil, il n'a pas pu nier ce pays
qui l'a vu naître, grandir et mourir dans la nuit du 24 au 25 décembre 1992.
Richard Constant, qui a préfacé le recueil du poète intitulé "Chansons
secrètes", trouve peut-être les mots appropriés quand il écrit : « Un bien
joli nom de poète que celui de Jean Brierre et qui semble fait, tout exprès,
pour rimer avec lierre : le lierre fidèle qui meurt là où il s'attache ».
Jean Max St Fleur
|
Philome Obin
«
A l'indigénisme, courant littéraire des années trente, se rallie une
partie de la jeune peinture. Dans la même période, au Cap Haïtien, un
peintre autodidacte, Philomé Obin, né en 1891, peignait des cérémonies
maçonniques, et des évènements historiques. »
Né au Limbé, près du Cap Haïtien en 1892. Il commence à peindre, alors
qu'il est tantôt coiffeur, tantôt acheteur de café.
Quand le Centre d'art est fondé il y envoie un tableau, sa première
"vrai" oeuvre, ainsi qu'il la définit lui-même, décrivant avec une
stupéfiante précision l'arrivée de Franklin Roosevelt au Cap-Haïtien
pour mettre fin à l'occupation américaine combattue par le peuple
haïtien.
Cette découverte est pour Dewitt Peters et ses collaborateurs la
révélation de la peinture naïve qui couve dans le pays. Ils comprennent
alors qu'il faut la faire connaître à tout prix et la stimuler.
Dès septembre 1945, s'ouvre au Cap-Haïtien sous la responsabilité de
Philomé Obin une annexe du Centre d'art qui regroupe des peintres
encore inconnus. Le style de Philomé Obin a profondément marqué
la peinture du Nord.
Il a peint deux fresques à la cathédrale Sainte-Trinité.
Profondément porteur des aspirations de son peuple, il est aussi
célèbre par son tableau La démocratie en marche.
Son rôle pour le développement de l'art dans sa région a été tel que de
nombreux membres de sa famille se sont également mis à peindre.
On dénombre aujourd'hui huit Obin dont les oeuvres sont
particulièrement appréciées des collectionneurs : Sénèque, Antoine,
Télémaque, Henri-Claude, Michaëlle, Michel, Othon et Jean-Marie Obin.
Source : La peinture haïtienne - Haitian arts - Nathan Paris - MJ Nadal et G. Bloncourt.
|