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La fécondité
baisse chez les riches comme chez les pauvres

Chute de la fécondité,
urbanisation croissante : comme dans d'autres pays du monde, ces tendances, au
cours des trente dernières années, ont été très actives dans les pays du
Maghreb. Plus étonnant : comme le souligne une étude publiée, mardi 22
septembre, par l'Institut national d'études démographiques (INED), elles ont
donné lieu à une évolution à peu près similaire en Algérie (35 millions
d'habitants en 2008), au Maroc (31 millions) et en Tunisie (10 millions). Un
constat à première vue paradoxal, puisque ces trois pays n'en sont pas au même
stade de développement économique.
Entre les
années 1980 et les années 2000, le taux annuel d'accroissement démographique a
reculé de 1,7 % en Algérie, 1,5 % au Maroc et 1,4 % en Tunisie. Dans le même
temps, la proportion de la population vivant en ville a crû de 15 % en Algérie,
10 % au Maroc et 11 % en Tunisie. Une homogénéité des comportements démographiques
qui cohabite avec de fortes disparités socio-économiques.
En 2007, le
revenu national par habitant était ainsi de 5 200 euros en Algérie, 4 859 euros
en Tunisie et seulement 2 756 euros au Maroc. De même, l'amélioration de la
scolarisation a moins bénéficié aux Marocaines qu'aux Algériennes et, surtout,
qu'aux Tunisiennes : pour dix femmes nées autour de 1980, 9 savent actuellement
lire et écrire en Tunisie, 8 en Algérie, mais seulement 5,5 au Maroc.
Convergences
démographiques, contrastes socio-économiques : "Cette situation est à
souligner, car le niveau de vie et le niveau d'instruction sont des
déterminants classiques de l'évolution démographique", notent les
chercheurs de l'INED. En collaboration avec l'université Cadi Ayyad de
Marrakech, ils ont effectué, au Maroc, des analyses plus fines.
Deux enfants
par femme
D'une part
entre villes et campagnes, où les disparités socio-économiques sont plus
accentuées encore qu'entre les différents pays du Maghreb. D'autre part, entre
deux quartiers de Marrakech présentant d'importants contrastes dans leur
composition sociale comme dans leurs équipements : la médina et le quartier
moderne et plus aisé du Guéliz, où il y a 2,5 fois plus de bacheliers et 3,5
fois plus de logements avec bain ou douche.
Qu'elles soient
menées au niveau national, régional ou local, toutes ces comparaisons ont
abouti au même constat : "Alors que le taux de fécondité était
considéré, dans les années 1950-1960, comme le meilleur indicateur pour faire
le partage entre les pays riches et les pays pauvres, on observe désormais une
déconnexion croissante entre comportements démographiques et conditions de vie
des sociétés", résume Patrick Festy,
chercheur à l'INED et cosignataire de ces travaux.
Une évolution
d'autant plus significative qu'elle ne concerne pas le seul Maghreb. Que ce
soit au Vietnam ou en Azerbaïdjan (deux pays où le revenu annuel par habitant
est de l'ordre de 3 000 dollars), aux Etats-Unis ou en Norvège (où il est en
moyenne de 40 000 dollars), la fécondité avoisine aujourd'hui le seuil
symbolique de deux enfants par femme.
Catherine
Vincent
LE
MONDE
22.09.09
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