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Genève doute et s'interroge sur son identité


Selon des sociologues suisses, la Genève ouverte et cosmopolite abrite tant d'organisations et de sociétés internationales qu'elle rencontre un problème d'identité.

geneve -- photo perter van delavoirDans une étude de l'Université de Genève, 92,7% de la population dit aimer vivre dans la cité de Calvin, mais une grande majorité affiche aussi son manque de motivation pour s'investir sur la scène politique, sociale ou culturelle.

Ce travail a servi de base de discussion pour le Congrès de la Société suisse de sociologie. Placé sous le thème «Identité et transformation des modes de vie», il s'est ouvert lundi à Genève.

«La population genevoise aime vivre à Genève. C'est une jolie ville où il fait bon vivre, mais elle ne fait rien pour s'y investir», explique Sandro Cattacin, professeur de sociologie à l'Université de Genève.

Pas d'identité

«Cette ville est un centre de services de haut niveau, mais sans identité.» Sandro Cattacin et son équipe ont réalisé une enquête auprès de 425 personnes sur le thème «Genève existe-t-elle vraiment?»

Parmi les réponses, 30% seulement des personnes connaissent le lieu de naissance du réformateur Jean Calvin, 20% combien de membres compte le gouvernement cantonal et 2% le nom de son président.

Les gens habitent Genève mais ne la connaissent pas, et sa réputation d'ouverture peut s'avérer problématique, explique le sociologue. «C'est très facile d'arriver ici, vous êtes immédiatement considéré comme un citoyen genevois et personne ne vous demande rien. Mais cette ouverture crée une sorte de distance entre les gens.»

«Pas d'âme»

L'étude souligne également combien il est difficile de faire de nouvelles connaissances et de créer des liens sociaux à Genève, puisque 50% des personnes sondées ont répondu que la ville était «froide».

«Sans centre urbain, ni lieux où la population se réunit ou fait la fête, Genève n'a pas d'âme ni de cœur battant pour une destinée commune», écrit encore Sandro Cattacin.

Seuls 29,1% de la population locale dit avoir une occupation bénévole, alors que ce chiffre atteint 38,2% à Bâle, 40,4% à Zurich et que la moyenne suisse atteint 40,8%.

L'activité politique n'est pas non plus très prisée à Genève. Parmi les personnes interrogées, 42,2% se disent intéressés, plutôt les plus âgés et les hommes actifs. En 1999, Genève a enregistré un taux d'abstention de 37% lors des différents scrutins populaires, soit l'un des plus bas du pays.

Bien qu'il existe environ 300 associations locales, celles-ci sont instrumentalisées par l'Etat. La ville est faite d'une juxtaposition de nombreuses communautés fermées qui n'intersagissent pas entre elles, ajoute le chercheur.

«L'élite genevoise est complètement isolée sur ses lieux de travail et de vie. Si vous vous promenez dans le quartier riche de Cologny, vous n'y verrez pas des gens discuter avec leurs voisins. Dans le quartier populaire de la Jonction, vous verrez des gens bavarder dans la rue , mais ce sont toujours des personnes d'une même communauté: les Noirs avec les Noirs, les Arabes avec les Arabes ou les étudiants avec les étudiants. Nous vivons tous dans la même cité, mais nous ne savons rien des autres», explique Sandro Cattacin.

La seule métropole suisse

Carine Bachmann, chargée de l'organisation territoriale et des relations extérieures de la Ville de Genève, se dit frappée par le contraste entre l'amour des gens pour leur cité et leur manque d'investissement personnel.

«Mais Genève a toujours été un endroit chaotique, fait de mondes parallèles, contradictoires et difficiles à gérer, indique-t-elle. Peut-être que Genève est la seule métropole de Suisse.»

Chaque année, 50'000 personnes s'installent ou quittent Genève. Et, chaque jour, 500'000 personnes traversent la frontière de la France voisine ou du canton de Vaud. «Je me suis toujours sentie étrangère ici, et j'apprécie cela», ajoute Carine Bachmann.

«Discours parallèle»

Les chercheurs ne manquent pas de relever le hiatus entre la réalité locale et le «discours parallèle» que constitue l'image touristique vendue à l'étranger: le lac, le jet d'eau, le mur des réformateurs, les banques, les boutiques de luxe, la Genève internationale... Un décalage qui ne fait évidemment rien pour arranger le problème identitaire.

Pour tenter de combler ce fossé, la ville doit développer un «marketing urbain» pour la population locale, comme le fait Bâle, qui semble avoir mieux compris le problème, relève Sandro Cattacin.

«Bâle a investi dans le marketing et les initiatives locales. Cela crée un espace où vous vous sentez bien et où vous investissez la ville puisque vous la ressentez comme vôtre. Vous ne jetterez pas de déchets par terre, ce qui est courant à Genève, et vous respecterez mieux des choses comme les transports publics.»

«Si vous voulez une ville qui devienne innovante, créative, il faut des gens qui pensent que c'est important de s'y investir , de lui donner quelque chose et pas simplement de l'utiliser», conclut le sociologue.

Simon Bradley, swissinfo.ch- photo P. Van  Delavoir

(Traduction de l'anglais: Isabelle Eichenberger)




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