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A 21 h 30 apparaissent les « zombies »

crackLa poignée de main s’attarde, le « caillou » change de main, marché conclu. La jeune femme, en minijupe, virevolte, laisse tomber un billet au sol et repart, direction la gare de Saint-Denis. Accoudé aux barrières des berges du canal, un jeune, casquette à l’envers et bermuda XXL, esquisse un mouvement de breakdance et d’une main preste ramasse l’argent.

Cette scène va se répéter des dizaines de fois. Avec un grand Blanc. Un grand Black. Une petite brune… 

« C’est simple, ils sont là tous les jours, devant ma porte. Je n’ose même plus inviter des amis. Vous m’imaginez leur dire : Venez chez moi, dans le ghetto des toxicos ? », raconte une habitante, écoeurée par cette descente aux enfers.

« La rue leur appartient. Ils sont chez eux »

En un an et demi, le quartier de la gare est devenu un véritable supermarché à ciel ouvert de la drogue. On y trouve de tout, du crack surtout, mais aussi de la cocaïne, de l’héroïne, de l’herbe, du cannabis… Inutile de s’enfoncer dans les ruelles étroites ou de pénétrer dans un des innombrables taudis pour en acheter. Les dealers sont partout, le long des berges, sur le parvis de la gare, devant le café Kilimandjaro, devant l’agence de voyages.

Assis sur des transats, au soleil, un petit groupe fume du crack. De temps à autre, l’un d’eux se lève pour aller acheter de l’alcool à la supérette du coin. Quelques mètres plus loin, un autre groupe a investi la station de vélos en libre-service. Un camion de CRS est posté à côté. Quatre policiers en descendent. Ils effectuent une brève patrouille avant de se calfeutrer à nouveau dans leur camion.

Il est 18 heures. Il y a désormais beaucoup de monde sur le parvis de la gare. La casquette bleue vissée sur la tête, deux agents SNCF surveillent les allées et venues. Les dealers poursuivent leur trafic, sur les bancs ou derrière le camion de fruits et légumes. Les usagers, eux, se dépêchent de rentrer chez eux, les yeux baissés.

« Tous les soirs c’est comme ça. Je fonce en regardant mes chaussures. L’association Aides nous a dit qu’il ne fallait pas regarder un cracker dans les yeux car le crack rend parano et violent. Alors, j’essaie d’être transparente », explique Malika*. « Au début, ils se cachaient. Ils étaient sous les ponts des berges. Mais maintenant la rue leur appartient. Ils sont chez eux. Et nous, on est des otages », résume une maman. Alors qu’il fait un temps radieux, les berges sont désertes ou presque. « Il faudrait être vraiment fou pour y aller ! » commente Jérôme, d’un éclat de rire. Une femme s’y est aventurée mais c’est une prostituée. Elle a les yeux révulsés, deux hommes l’accompagnent. Des clients ? On fait comme si on n’avait rien vu. Les policiers font de même. La nuit commence à tomber.

Devant l’immeuble où vit Christine, les « pousse debout », comme elle les appelle, ne vont pas tarder à sortir la table, les chaises et la sono. Les habitants se cloîtrent chez eux. A 21 h 30, il n’y a déjà plus âme qui vive et il fait nuit noire le long des berges. Les « zombies » investissent les rues.

* Les prénoms ont été modifiés.

Nathalie Perrier

Le Parisien

15.09.2009


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